Enquête MMA : Pourquoi les hommes se tuent plus que les femmes sur la route ?

01/08/2013 Sécurité routière
Sécurité routière Enquête MMA : Pourquoi les hommes se tuent plus que les femmes sur la route ? Partant du constat que 76% des morts sur la route sont des hommes, MMA a publié un livre blanc intitulé « Les hommes et la route », dans lequel la parole est donnée à divers experts pour tenter d’expliquer ce phénomène. Éléments de réponse.

Sur les 3 645 personnes qui ont trouvé la mort sur les routes en 2012, 76% étaient des hommes. Et si l’on se penche sur les chiffres de l’accidentologie des deux-roues, les victimes ayant perdu la vie l’an dernier, sont à 92% de sexe masculin. Les hommes sont-ils totalement fous sur la route ? Avant de rentrer dans des considérations psychologiques et sociologiques, Jean-Yves Salaün, délégué général de l’Association Prévention Routière, constate que dans certaines catégories de véhicules, les hommes sont simplement surreprésentés. C’est le cas des deux-roues motorisés pour lesquels 75% des utilisateurs sont des hommes. Et lorsque l’on sait que la catégorie des deux-roues représente un quart des morts sur la route, on comprend que les victimes de la route soient statistiquement plus souvent de sexe masculin. Par ailleurs, Marc Bertrand, chargé de la mission sécurité routière à la Fédération française des motards en colère, souligne que les femmes ont plus une utilisation utilitaire du deux-roues en milieu urbain et optent essentiellement pour des petites cylindrées (48% choisissent des 80 cm3, voire moins), ce qui implique moins d’accidents très violents et entraînant la mort.

Une utilisation différente de la voiture
Autre élément purement factuel qui contribue à expliquer la surreprésentation des hommes parmi les victimes de la route : « Alors que les femmes réalisent des trajets urbains entraînant peu d’accidents mortels, les hommes sont majoritaires sur les déplacements de longue distance ou de nuit », souligne Jean-Yves Salaün. Surtout, constate Yoann Demoli, chargé de cours à Sciences Po, « les femmes roulent 20% de moins que les hommes en termes de kilométrage annuel ». Par ailleurs, Jean-Pierre Jurkowski, chef de service du traitement judiciaire des accidents, à la préfecture de police de Paris, remarque que « les femmes ont généralement des accidents matériels de faible gravité ».

Une conduite plus à risque pour les hommes
Si les hommes conduisent donc globalement plus et dans des conditions plus difficiles que les femmes, ils se placent également plus souvent dans des situations à risque que les conductrices. Grands excès de vitesse et conduite sous l’emprise de l’alcool sont, semble-t-il, plus une spécificité masculine. « Lors d’un accident grave où la vitesse est en cause, le responsable est un homme dans 75% des cas », constate Jean-Pierre Jurkowski. Les hommes seraient plus prédisposés à dépasser leurs limites et celles de la loi. Sans tomber dans les clichés, le sociologue Jean-Marie Renouard remarque que sur 40 conducteurs infractionnistes qu’il a rencontrés, il n’y avait que 4 femmes. Des propos étayés par Caroline Gastard, animatrice de stages de récupération de points : « Parmi les infractions avec perte de points, la vitesse est en général l’élément central de ces stages » souvent composés essentiellement d’hommes. Autre fléau sur la route : l’alcool. Pour Jean-Yves Salaün, les hommes sont impliqués dans 92% des accidents mortels où l’alcool est en cause, en général avec un taux dépassant 1,5 g/l.

La nature masculine en question
Ce goût pour la vitesse et cette tendance à conduire sous l’emprise de l’alcool chez les hommes s’expliquent-ils par une nature masculine distincte d’une nature féminine ? Pas facile de répondre. L’éducation joue incontestablement un rôle important dans la différentiation des deux sexes. Une chose est sure : les experts s’accordent à trouver la femme plus en retenue au volant, alors que l’homme veut prouver son courage et sa capacité à maîtriser la machine et la situation, quitte à prendre des risques justement non maîtrisés. Cette distinction comportementale homme/femme se retrouve jusque dans le choix du véhicule. Selon Yoann Demoli, « alors que l’homme va chercher l’exploit, la femme va privilégier le confort, le caractère utilitaire et l’esthétique ». Et même si 30% des conducteurs de 4x4 sont en réalité des conductrices, Yoann Demoli, pense que cette tendance peut être rapprochée des mères de famille qui sélectionnent un monospace pour se déplacer avec leurs enfants et qui cherchent un véhicule habitable, sécurisant et offrant une large visibilité.

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