Saint-Cyr-sur-Loire : une formation en langue des signes

01/07/2019 Formations/Examens
Formations/Examens Saint-Cyr-sur-Loire : une formation en langue des signes

Laure Ragueneau a ouvert une auto-école spécialisée pour les personnes sourdes et malentendantes. Cette ancienne aide-soignante, elle-même déficiente auditive, dispense les cours de Code et de conduite en langue des signes depuis avril 2019.

Laure Ragueneau a vu juste quand, en avril 2019, elle a ouvert une auto-école spécialisée pour les personnes sourdes et malentendantes à Saint-Cyr-sur-Loire, en Indre-et-Loire. Fin mai, elle comptait 11 élèves atteints de ces handicaps. Agée de 34 ans, Laure Ragueneau est monitrice d’auto-école depuis 6 ans. Cette ancienne aide-soignante s’est orientée vers l’enseignement de la conduite après avoir effectué un stage avec sa sœur, également monitrice. « Cela a été une révélation ! », explique-t-elle. Son Bepecaser en poche, elle a exercé ce métier au sein de l’auto-école Brunet de Tours. Jusqu’à ce que des problèmes de santé viennent changer son destin. « J’ai perdu une grande partie de mes capacités auditives ». D’où l’idée de se former à la langue des signes, « pour pouvoir communiquer au cas où je perde totalement l’audition ». Elle s’est donc inscrite à l’Ariéda de Montpellier pour suivre une formation pendant un an et
demi.

Étude de marché
C’est au cours de cette formation qu’elle a eu l’idée d’ouvrir une auto-école qui s’adresse aux personnes malentendantes, sourdes et atteintes de « troubles dys ». « Je n’avais pas envie d’arrêter d’enseigner la conduite ». De plus, au regard de son expérience professionnelle, elle avait constaté « qu’il était difficile de communiquer avec ces personnes ». Et ce « alors qu’elles sont tout à fait aptes à passer le permis de conduire ». Seule une visite médicale est obligatoire. Aussi pendant sa formation, elle a « gribouillé sur un cahier » des idées pour mener à bien son projet. Autrement dit, elle a réalisé une étude de marché, évalué les offres et les besoins, contacté les banques et les assurances. « Il y a seulement six établissements spécialisés dans ce type de handicap en France. Or, je constate qu’il y a de plus en plus de personnes atteintes de troubles auditifs, notamment en raison de l’utilisation prolongée d’écouteurs ». Elle a parallèlement contacté les associations en charge des personnes atteintes de ce handicap : la MDPH, l’Agefiph, l’Apajh et Cap emploi.

Pédagogie sur mesure
Au sein de son école de conduite « 2 mains en voitures », Laure Ragueneau propose un enseignement sur mesure. « Il faut plus de temps pour former les personnes sourdes ou malentendantes ». Notamment pour les préparer à l’ETG. « Les personnes sourdes ne lisent pas toutes correctement le Français », constate la monitrice. De plus, certains mots et expressions n’existent pas en langue des signes. C’est le cas d’intersection, angle-mort, incertitude, usager. « Il faut trouver des synonymes, décortiquer les questions du Code, trouver des illustrations ». Pour cela, elle utilise le dessin. Un moyen de matérialiser et de visualiser les situations. Elle a donc installé un tableau dans sa salle de cours. Ce travail minutieux d’explications fait que les cours de Code durent deux heures au lieu d’une. Elle ne s’est pas pour autant dotée de supports pédagogiques spécifiques. « J’utilise les séries de Codes Rousseau classiques ». Pour les personnes malentendantes, Laure Ragueneau s’appuie sur une boucle magnétique. C’est-à-dire qu’elle parle dans un micro connecté aux prothèses auditives de ses élèves. « Ils entendent mieux ma voix et ne sont pas perturbés par les bruits environnants ». Cette préparation au Code s’effectue par petit groupe, en fonction du taux de déficience. « Comme nous avons finement travaillé en amont, ces candidats n’ont pas besoin de temps additionnel le jour de l’examen, ni d’un interprète ».

Acuité visuelle
L’apprentissage de la conduite ne requiert aucun équipement spécifique pour la voiture. « Je leur conseille d’installer un rétroviseur additionnel et de le régler sur les angles-morts ». Pour le reste, l’enseignement ne diffère pas. Excepté qu’il est aussi dispensé en langue des signes. « Je signe sous le rétroviseur pour être dans le champ de vision des élèves ». Pour les personnes qui lisent sur les lèvres, l’enseignante se tourne vers elles. Lorsqu’une situation complexe requiert des explications détaillées, Laure Ragueneau s’arrête et opte pour le dessin, à l’aide d’une ardoise. Toutes les manœuvres techniques sont dessinées : rentrer sur une autoroute, aborder une intersection, une priorité à droite, tourner à gauche, se garer. « Je n’ai pas beaucoup changé de méthode d’enseignement depuis mes problèmes d’audition car je dessinais déjà beaucoup avant ». Du fait de leur handicap, les personnes sourdes ou malentendantes ont développé une grande acuité visuelle. « Elles sont beaucoup plus attentives, observatrices et s’imprègnent mieux de leur environnement. Par conséquent, elles vont plus anticiper, ce qui facilite l’apprentissage ».

Préparer les inspecteurs
En prévision de l’examen en juillet 2019, Laure Ragueneau a prévu de rencontrer les inspecteurs d’Indre-et-Loire. « Je souhaite leur apprendre les signes de base –bonjour, au revoir, s’il vous plaît– pour qu’ils puissent communiquer à minima ». Pendant l’épreuve, les inspecteurs utiliseront leur main pour indiquer les directions à suivre. « Pour la conduite autonome, ils écriront sur une ardoise et je traduirai les questions de vérification ».

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