La France auditée par la CIECA

01/12/2018 Formations/Examens
Formations/Examens La France auditée par la CIECA

La Commission internationale pour les examens du permis de conduire (CIECA) a pratiqué un audit des examens pratiques organisés en France et proposé quelques pistes d’évolution possibles.

S’il est intéressant de regarder ce qui se passe ailleurs, il l’est tout autant de se remettre en question en demandant à des acteurs extérieurs d’analyser et commenter votre propre activité. C’est ce qu’a fait la Délégation à la sécurité routière (DSR) en demandant à la Commission internationale pour les examens du permis de conduire (CIECA) d’effectuer un audit du système des examens pratiques en France. Ainsi, des responsables de l’organisation des examens du permis de conduire de différents pays européens (Allemagne, Belgique, Finlande, Norvège ou encore Suède) sont venus évaluer le système français.

Des points très positifs du système français
Cette étude critique a permis de mettre en avant des points très positifs. Si les experts étrangers ont trouvé que le temps de l’examen pratique (32 minutes) était très court par rapport à certains pays qui consacrent 45 minutes, voire plus d’une heure à chaque candidat, ils ont constaté une très grande diversité dans les parcours proposés. Un constat qui les a amenés à conclure que finalement, compte tenu de cette diversité de situations proposées par les parcours, 32 minutes étaient suffisantes pour juger correctement du niveau d’un candidat.
Par ailleurs, ils ont jugé que l’examen PL français était d’un niveau excellent. De même que l’examen moto, la France étant le seul pays en Europe où l’on demande de faire monter un passager sur la moto.

Quelques critiques
Par contre, à la question « faut-il arrêter l’examen si le candidat commet une erreur dès le début ? », les experts de la CIECA ont été unanimes : non ! La France a également été critiquée sur l’annonce différée qui, selon ces derniers, n’est pas du tout pédagogique puisque le candidat ne peut avoir d’explications de la part de l’examinateur qui pourrait lui permettre de s’améliorer.

Trois pistes d’évolution envisagées
Enfin trois pistes d’évolution ont été avancées. La première, qui devrait faire l’objet d’une expérimentation dans un département d’ici la fin de l’année, consiste à faire monter l’inspecteur à l’arrière du véhicule, l’enseignant prenant la place passager avant afin de gérer la sécurité via les doubles commandes en cas de problème. L’inspecteur peut alors se focaliser sur l’examen de la conduite du candidat tandis qu’un système de rappels lumineux lui indique quand l’enseignant intervient sur la conduite. Autre évolution possible pour l’examen pratique B : partir avec deux candidats. Cette formule qui était appliquée en France, il y a quelques années, permettrait d’avoir des parcours plus longs et donc de diversifier plus encore les situations de conduite. Une expérimentation dans deux départements, dont l’Île-de-France devrait être mise en place dès cet automne.
Enfin, les experts ont proposé une évolution concernant le permis moto qui consisterait à utiliser deux motos lors de l’examen, une pour le candidat et la seconde pour l’inspecteur. Le but étant de donner plus de mobilité à l’inspecteur, de lui éviter de rester coincé dans le trafic et donc de réaliser un examen plus complet. Cette mesure étant plus difficile à mettre en place, aucun test n’a été programmé pour le moment.

La profession dubitative
Et elle pourrait bien mourir dans l’œuf, tant elle fait sourire dans la profession. « Je trouve ça ridicule », s’exclame Philippe Colombani, président de l’UNIC, qui s’interroge : « Qui va fournir la moto de l’inspecteur et payer l’assurance ? ». De son côté, le Snica-Fo se dit totalement opposé à l’utilisation de deux motos. « Quelle est la valeur-ajoutée pour l’évaluation ? », se demande Pascale Maset, secrétaire générale pour qui cette pratique laisserait penser que le pilotage d’une moto n’est pas suffisamment exigeant pour permettre au pilote de faire autre chose que de se concentrer sur la conduite. C’est tout simplement dangereux ! » L’examen avec deux candidats ne remporte pas tellement plus de succès. « Je ne vois pas l’intérêt », affirme Patrick Bessone, président du CNPA-ER pour qui « les parcours sont assez diversifiés ». Seul le Snica-Fo défend l’idée. C’est même « une revendication du Snica-Fo qui date de décembre 2016, souligne Pascale Maset, car cela permettrait d’aller plus loin, de varier les parcours et d’éviter le bachotage. » Enfin la proposition de faire monter l’inspecteur à l’arrière du véhicule-école fédère plus. Si Bruno Garancher, président de l’ECF ne voit pas forcément d’intérêt majeur en termes de pédagogie, il concède que « cela permettrait au moins de clarifier la situation en cas d’accident ». Pour sa part, Philippe Colombani se dit « totalement pour cette évolution, non pas pour une question de pédagogie, mais pour une question juridique. C’est d’ailleurs une revendication de l’UNIC car chaque fois qu’il y a un problème de choc pendant un examen, c’est l’auto-
école qui paie. Au moins si l’enseignant monte à l’avant, il pourra intervenir via les doubles commandes. » Reste la question du système de rappels lumineux. « Qui va payer l’installation sur les véhicules ?, demande Patrice Bessone. L’État veut un permis moins cher pour l’élève et il va obliger les écoles de conduite à faire de nouveaux investissements... cherchez l’erreur ! »

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