Épreuve pratique : faut-il privatiser l’examen ?

01/09/2018 Formations/Examens
Formations/Examens Épreuve pratique : faut-il privatiser l’examen ?

La privatisation de l’ETG a permis de régler le problème du manque de places pour passer l’examen théorique. La privatisation de l’épreuve pratique serait-elle la solution pour résoudre définitivement les problèmes de délai ?

La privatisation de l’organisation de l’ETG en 2016 avait permis de réorganiser l’emploi du temps des IPCSR et ainsi de réduire considérablement le délai d’obtention des places d’examen pratique. Deux ans après, le constat est moins optimiste. Plusieurs départements tels que les Hauts-de-Seine, la Gironde ou les Yvelines enregistrent des coefficients inférieurs à 1 et se plaignent de devoir faire face à un manque criant de places d’examen.
Informé de la situation, Pierre Ginefri, sous-directeur de l’Éducation routière, tient à replacer les faits dans leur contexte : « Certes, je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes dans certains départements, mais la situation n’est pas aussi catastrophique qu’en 2012. Les causes des problèmes de manque d’effectifs dans certains départements sont multiples : inspecteurs en congés, arrêts maladie ou encore jeu des vacations. Ce sont des paramètres inévitables auxquels il faudra toujours faire face et ce, quel que soit le système d’examen mis en place ».

Réflexion de l’État sur l’amélioration du système
Sachant que l’augmentation du nombre de fonctionnaires n’est pas au programme, faute d’argent dans les caisses de l’État, l’idée de privatiser l’organisation de l’examen pratique semble cependant revenir régulièrement dans les discussions. « Le gouvernent réfléchit à d’autres formules que le système actuel », reconnaît Pierre Ginefri avant de préciser, « mais de manière générale dans le cadre de l’amélioration des services publics. » En d’autres termes, la privatisation de l’examen pratique n’est pas clairement envisagée par l’État.

L’UNIC nuancé sur la question
La privatisation de l’examen pratique serait-elle la solution miracle pour régler définitivement le problème de places ? Pour Philippe Colombani, président de l’UNIC, une chose est sure : « on ne peut pas continuer comme cela et défendre un service public qui ne fonctionne pas. Il est inadmissible qu’un chef d’entreprise en arrive à devoir quémander auprès de l’État de lui donner les moyens de travailler ». Si le président de l’UNIC ne se présente pas comme un défenseur à tout prix de la privatisation, il affirme souhaiter « un débat objectif et pragmatique sur ce sujet essentiel pour l’avenir de la profession. Nous ne sommes pas contre les inspecteurs, nous sommes contre un système has been qui ne répond plus au besoin de développement de nos entreprises ». C’est pourquoi en l’état actuel des choses, l’UNIC serait plutôt favorable à une privatisation de l’examen pratique. « Mais attention, prévient Philippe Colombani, si telle est la solution retenue par l’État, la privatisation de l’examen pratique ne doit pas se passer comme ce fut le cas pour l’ETG. Il faut que tout le monde soit gagnant et que les écoles de conduite soient entendues lors des négociations. Pas question que le gouvernement impose des mesures sans concertation avec la profession. »

Le CNPA et l’UNIDEC contre la privatisation
Le CNPA et l’UNIDEC se positionnent clairement contre la privatisation de l’examen pratique. Dans un communiqué commun, les deux syndicats expriment leur crainte sur la libéralisation du système qui pourrait « avoir un impact négatif sur la formation en baissant le niveau de celle-ci, dans la mesure où les élèves pourront se présenter à l’examen autant de fois qu’ils le souhaitent sans délai de prescription. Ils seront donc tentés de le faire sans écouter les conseils de leurs formateurs ». Au risque d’échouer et de devoir repayer autant de fois qu’ils se présenteront à l’examen. « Au final, le coût du permis pourrait augmenter », souligne Patrick Mirouse, président de l’UNIDEC. Par ailleurs, le CNPA et l’UNIDEC rappellent dans leur communiqué que « l’examen du permis de conduire est l’examen de masse le plus présenté en France » devant le baccalauréat. « C’est bien dans la mission régalienne de l’État de l’assumer au travers des fonctionnaires dédiés que sont les inspecteurs du permis de conduire et de la sécurité routière qui assument leur mission dans l’intégrité la plus évidente ». Une déclaration que ne désapprouveront pas les inspecteurs du permis et notamment le Snica-Fo qui estime pour sa part « indispensable que l’État conserve son rôle de garant et protecteur ».



Deux poids, deux mesures ?

En marge de la question de l’éventualité d’une privatisation de l’examen pratique, nombre d’écoles de conduite s’unissent pour dénoncer le traitement « de faveur » accordé aux candidats libres. En effet, si les coefficients sont faibles, voire très bas dans certains départements, les candidats libres obtiennent facilement les places demandées. Cette situation énerve passablement les auto-écoles qui ont du mal à présenter leurs élèves à l’examen. D’autant que comme le souligne Patrick Mirouse, président de l’UNIDEC, les candidats libres ont un taux d’échec plus important que les élèves de la filière classique et sont donc plus « consommateur » de places d’examen.

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