Classe virtuelle : une vraie opportunité pour les auto-écoles ?

01/01/2021 Formations/Examens
Formations/Examens Classe virtuelle : une vraie opportunité pour les auto-écoles ?

Suite au premier confinement, les éditeurs pédagogiques ont développé des outils qui permettent de dispenser des cours théoriques à distance. La classe virtuelle est-elle un danger pour l’école de conduite de proximité ou au contraire un moyen de se moderniser et de se démarquer des plateformes ?

Choqués dans un premier temps par l’annonce de la fermeture administrative des auto-écoles lors du premier confinement, nombre d’exploitants et d’enseignants de la conduite ont rapidement réagi et cherché à conserver un lien avec leurs élèves, malgré la fermeture des agences. Certains se sont filmés, avec les moyens du bord -souvent un simple smartphone- dans la salle de Code en train de donner un cours et ont diffusé des petites vidéos via leur site Internet ou leur page Facebook, ou encore ont organisé des conférences virtuelles via Jitsi, Zoom ou encore Webex. Du système D bien pratique pour dépanner en temps de crise, mais pas forcément adapté à un usage sur le long terme dans le cadre des formations initiales.

Des outils développés par les éditeurs pédagogiques
Toujours à l’affût de l’évolution des tendances de la société pour proposer de nouveaux outils d’apprentissage, les éditeurs pédagogiques se sont aussitôt mis à l’ouvrage pour développer des solutions intégrées aux systèmes utilisés au quotidien par les écoles de conduite. Ainsi, Codes Rousseau propose My Rousseau Visio qui permet depuis My Rousseau à l’enseignant d’animer des séances de tests ou de cours en visioconférence ; ENPC-EDISER a développé Virtuel’Class, un module intégré dans Center qui permet de lancer des sessions de classe à distance ; et Planète Permis a intégré la solution MASTERCLASS à ICIMEDIA pour organiser des séances de cours et de tests en visioconférence avec un nombre illimité d’élèves.

Interconnexion avec les autres outils auto-école
Le principal avantage de ces produits proposés par les éditeurs pédagogiques, c’est qu’ils sont interconnectés avec les autres outils de l’école de conduite. En accédant à la liste des élèves du logiciel de gestion, l’enseignant a juste à sélectionner ceux qu’il souhaite faire participer à sa classe virtuelle. Ces derniers reçoivent un message les invitant à se connecter à la date et l’heure de la programmation de la classe virtuelle. Puis, pendant la séance, l’enseignant peut s’adresser à ses élèves comme s’il était en visioconférence ou commenter en voix-off des cours ou des séries de tests. Quant aux élèves, ils peuvent répondre sur leur smartphone via leur application élève. Enfin, les résultats remontent automatiquement dans le système afin de permettre un suivi pédagogique. « C’est un moyen de tracer toute la vie pédagogique de l’élève, qu’il fasse des tests dans la salle de cours, des tests de Code en ligne ou encore en visioconférence, explique Antoine Beaudonnet, directeur commercial chez ENPC-EDISER. C’est important pour l’auto-école car cela permet de savoir quand l’élève est prêt à se présenter à l’épreuve théorique générale, mais aussi pour pouvoir travailler avec certains organismes de financement de formations comme les OPCO qui demandent de bilans aux entreprises avec lesquelles ils collaborent. »

Une société de plus en plus connectée
Mais si la classe virtuelle se révèle indispensable en période de confinement pour conserver un lien avec les élèves, a-t-elle vraiment un intérêt le reste du temps ? Oui, répondent d’une même voix les éditeurs pédagogiques ! Tout d’abord, si l’utilisation des webinars et autres visioconférences a, par la force des choses, littéralement explosé en période de confinement, puis fortement ralenti dès que les réunions en présentiel ont à nouveau pu se tenir, le pas est pris. Nombre de Français se sont familiarisés avec l’utilisation de logiciels permettant de discuter à distance en visio avec un ou plusieurs interlocuteurs. « Cela va dans le sens de l’évolution de la société, souligne Stéphane Amadeï, directeur commercial chez Codes Rousseau. Les jeunes sont habitués à utiliser leurs smartphones pour discuter en visio avec leurs amis ou faire des vidéos qu’ils postent sur les réseaux sociaux. Ils sont en demande de nouvelles technologies. Or, la classe virtuelle donne une image moderne de l’école de conduite et devrait séduire la plupart des jeunes. »

Une plus grande flexibilité des plannings
Surtout, la classe virtuelle présente certains avantages en termes d’organisation de planning. « Cela permet de proposer des cours tard le soir, sans que l’élève ait à se déplacer, ce qui est très intéressant pour des personnes qui sont déjà dans la vie active, expose Antoine Beaudonnet. Le soir, en rentrant du travail, il suffit de se connecter de chez soi, pour assister au cours à distance. Ça peut d’ailleurs créer un nouveau marché pour les écoles de conduite qui font des stages de conduite accélérés. On peut, par exemple, imaginer, qu’elles proposent des stages à distance de trois ou quatre jours, avec plusieurs heures de formation quotidiennes. Ce système de classe virtuelle devrait donc intéresser des adultes qui ont besoin de passer rapidement les examens pour obtenir leur permis de conduire au plus vite. » C’est également, « un moyen de dispenser un cours particulier sur une thématique précise pour un élève qui présente des faiblesses sur un sujet précis. Dans ce cas, on peut parler d’une sorte de coaching personnalisé », souligne Jean-Philippe Muck, directeur général adjoint de Planète Permis. Enfin, « cela peut permettre de faire simultanément un cours pour préparer l’ETG et un autre pour l’ETM lorsque l’on ne dispose que d’une salle de cours dans son établissement », remarque Antoine Beaudonnet.

Se démarquer des plateformes
On l’aura compris, la classe virtuelle offre une plus grande souplesse dans l’organisation des cours. Mais l’utilisation de cette technologie ne risque-t-elle pas d’avoir un effet pervers et de profiter aux plateformes ? Encore une fois, les éditeurs sont unanimes : c’est au contraire un moyen de se démarquer des plateformes. « Avec la classe virtuelle, le support utilisé change, mais la pédagogie continue de s’appuyer sur la présence et l’intervention d’un enseignant de la conduite », souligne Jean-Philippe Muck. En effet, l’enseignant intervient soit pour faire un cours à distance, soit pour commenter ou répondre aux questions des élèves lors des corrections des tests. L’enseignant constitue la valeur ajoutée à la formation. Même si l’élève est derrière son ordinateur, il n’est pas seul face à un programme. Il peut interagir avec son enseignant comme s’il était en salle de Code. C’est la différence essentielle avec ce que propose actuellement les plateformes et il est indispensable de continuer à proposer des séances pédagogiques avec une interaction humaine. D’autant qu’il y a « une vraie demande des élèves d’être accompagnés durant leur parcours d’apprentissage, estime Stéphane Amadeï. Il suffit de voir tous les élèves qui étaient inscrits sur une plateforme et qui poussent finalement la porte d’une école de conduite. »

Une solution complémentaire des cours en salle
Alors justement, si les élèves sont tout de même en demande d’encadrement, la classe virtuelle peut-elle remplacer définitivement les cours en salle ? Pour Jean-Philippe Muck, la réponse est claire : « les cours virtuels doivent venir en complément des cours en présentiel. L’aspect humain est très important. On peut apprendre à distance, mais l’on ne ressent pas les choses de la même manière que lorsque l’on est dans une salle de cours, en présence de l’enseignant et d’autres élèves. Cela doit rester une solution alternative ». Même discours pour Stéphane Amadeï : « La classe virtuelle va devenir indispensable si les écoles de conduite veulent se moderniser, mais il y a un piège. Avec la distance, la difficulté de compréhension s’accroît, la motivation des participants est moins importante et l’on remarque une réduction des interactions avec et entre les élèves. Ces derniers sont moins spontanés. Les jeunes ont beau être familiarisés avec les nouvelles technologies, ils ont encore besoin d’un enseignant de la conduite ». Et c’est sur ce point que les écoles de conduite ne doivent rien lâcher : un cours dispensé par un enseignant sera toujours plus bénéfique et valorisant qu’un programme informatique. C’est la force de l’école de conduite de proximité.

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Comment facturer un cours virtuel ?

Un cours virtuel peut-il être facturé au même tarif qu’un cours en salle de Code ? Jean-Philippe Muck constate que d’une agence à l’autre, les écoles de conduite ont des politiques très différentes. Pour certains, qu’il soit effectué à distance ou en salle, c’est le même cours qui nécessite de payer un enseignant : il est donc normal d’afficher un tarif identique. Pour d’autres, la classe virtuelle propose un apprentissage « en mode dégradé » car cela permet moins d’interactions entre l’enseignant et les élèves. C’est pourquoi, ils ont décidé de pratiquer un tarif inférieur. Antoine Beaudonnet conseille pour sa part, de bien valoriser ce service novateur. « Cela peut, par exemple, être proposé dans le cadre d’un forfait supplémentaire. Pour X euros en plus, l’élève a accès aux classes virtuelles. Ainsi, cela met en valeur ce nouvel outil pédagogique auprès de l’élève et permet de retrouver une marge pour l’auto-école. »

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Sept règles d’or pour organiser des classes virtuelles

Organiser des classes virtuelles nécessite un peu de préparation. Voici selon Antoine Beaudonnet, sept règles à bien respecter pour s’assurer de la réussite de la formation à distance :
►Déterminer les thèmes abordés dans les classes virtuelles,
►Planifier les sessions prévues,
►Communiquer auprès des élèves concernés par le thème abordé,
►Limiter le nombre de participants pour une session pour permettre une bonne interaction avec l’enseignant,
►Fixer une limite de temps de la session (comme on le fait pour un cours en présentiel),
►Fixer les règles d’intervention en début de classe pour optimiser l’interaction,
►S’assurer du taux de participation (classe virtuelle ne signifie pas open bar ! L’élève doit s’engager comme il le ferait pour un cours en salle de Code à être présent s’il s’y est engagé. C’est important afin de ne pas dévaloriser le concept de classe virtuelle. Par ailleurs, économiquement, l’auto-école ne peut mobiliser un enseignant pour finalement se retrouver au dernier moment sans participants).

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