Le « low-cost » cache-t-il quelque chose ?

01/04/2014 Économie/Entreprise
Économie/Entreprise Le « low-cost » cache-t-il quelque chose ? Dans la région lilloise, l’association Soleil 59 – 62 met en garde les élèves contre les prix (a priori) attractifs pratiqués par une auto-école. Les établissements low-cost cachent-ils forcément quelque chose ?

Bernard Florczak, de l’association Soleil 59 – 62, à Lille, ne veut pas revivre ça. Il y a quelque temps, des jeunes étaient venus le trouver, désespérés par la liquidation judiciaire de leur auto-école, CAPermis. Mais depuis, c’est un autre sujet qui préoccupe le bénévole. L’auto-école Permispascher, ancienne société de location de doubles-commandes, a repris les locaux de CAPermis à Lambersart (commune limitrophe de Lille). Et Bernard Florczak s’inquiète d’une heure de conduite dite « low-cost » à 28 euros. Un tarif qui cacherait quelque chose ? « La liberté des tarifs, c’est important, reconnaît-il. Mais nous craignons que des auto-écoles pratiquent des prix d’appel très forts pour attirer les clients, sans être tout à fait transparents. »

Lire les « petites lignes »
Contacté par l’association, Philippe Colombani, président de l’UNIC, a écrit à la DSCR. Sans résultat pour l’instant. « Le low-cost, ça n’existe pas, juge-t-il. Il faut bien récupérer l’argent quelque part ! » L’heure à 28 euros de Permispascher n’est disponible qu’en heures « creuses ». En dehors de celles-ci, les tarifs sont dégressifs selon le forfait. L’heure supplémentaire sera facturée 36 € pour les élèves ayant au préalable opté pour un forfait 20 heures, et 34 € après le forfait 25 heures. Pour Guillaume Wryk, directeur, Permispascher est un « exemple de transparence des prix », et en aurait même été félicité par la répression des fraudes du département du Nord. Malgré tout, « sur leur site Internet, on est obligé de lire les petites lignes pour comprendre leurs tarifs », souligne une source préfectorale, tout en défendant la sacro-sainte « liberté des prix ». Contrairement à des sociétés low-cost qui aboutissent, faute de parvenir à l’équilibre, à une liquidation judiciaire, le patron de Permispascher assure « gagner de l’argent ». Même sur ses heures à 28 euros ? Invité à décortiquer le ratio dépenses / bénéfice sur son heure low-cost (essence, salaire des employés), Guillaume Wryk décline cependant. « Je préfère ne pas rentrer dans ce genre de détails, qui sont personnels. » De quoi laisser les curieux sur leur faim…

Une caution en question
La situation économique de l’entreprise semble, en tout cas, au beau fixe. En plus de deux établissements déjà existants dans le Nord, à Lille et à Lambersart, Permispascher devrait encore ouvrir un bureau prochainement entre Tourcoing et Villeneuve d’Asc. Puis un autre dans l’Aisne, à Saint-Quentin. Enfin, deux antennes de Permispascher devraient s’installer en région parisienne (une dans les Hauts-de-Seine, l’autre en Seine-Saint-Denis). « Je suis fils de commerçant, confie Guillaume Wryk. Tout se négocie, on m’a inculqué ça depuis tout petit. » Le patron de Permispascher le reconnaît lui-même. « Les prix attractifs, c’est un moyen de se faire de la pub. » Une « pré-inscription » en ligne est possible pour les clients. Un concept qui échappe à Claude Legond, avocat spécialiste auto-écoles. « L’inscription en ligne dans une auto-école est interdite depuis une note de Frédéric Péchenard, alors délégué interministériel à la Sécurité routière, en 2012. Quant à la pré-inscription, elle n’a aucun fondement juridique. » Des propos appuyés par la DSCR, qui exclut « tout autre lieu que le local auto-école » pour effectuer l’inscription, et ce en vertu d’un arrêté du 8 janvier 2001. Concernant les prix, c’est le principe de « libre détermination » qui s’applique, rabâche la DSCR. Chez Permispascher, les prix sont plus chers pour les élèves non-assujettis aux 20 heures (490 euros le forfait 5 heures, Code compris). Même la fameuse heure à 28 euros était accompagnée de conditions draconiennes. Elle était « payable d’avance avec une caution de 50 € non encaissée pour garantir les réservations », d’après le site permispascher.org. Une caution plus chère que le prix de la prestation ? Contacté le 1er avril, Guillaume Wryk assurait qu’il allait « l’enlever », reconnaissant son manque de pertinence. Et dans les cinq minutes, la notion de caution avait disparu du site. Comme par enchantement.

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