Rapport Dekra : comment maintenir la mobilité des seniors ?

01/01/2022 Sécurité routière
Sécurité routière Rapport Dekra : comment maintenir la mobilité  des seniors ?

Depuis 2008, Dekra étudie les facteurs d’accidents de la route en Europe et édite des rapports thématiques. Cette année, le rapport est consacré à la mobilité des seniors et est complété par une étude réalisée en France par OpinionWay.

Si les Seniors ne représentent que 19 % de la population française, ils ont été 643 à perdre la vie dans un accident de la route en 2020, soit 25 % de la totalité de la mortalité routière française. Et si l’on considère uniquement les catégories des piétons et des cyclites, les plus de 65 ans représentent 50 %. Cependant, « paradoxalement, cela ne signifie pas que les personnes âgées sont plus dangereuses sur la route et provoquent plus d’accidents, souligne Karine Bonnet, D-g de Dekra. Elles sont plus souvent victimes que responsables d’accidents mortels sur la voie publique ». En effet, selon les statistiques de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), les 65-74 ans sont responsables d’un accident mortel dans moins de 10 % des cas contre 19,2 % pour les 18-24 ans.

Une catégorie d’usagers plus fragile
Du fait du vieillissement qui engendre une diminution de la solidité des os et de la force neuromusculaire, les victimes présentent souvent des lésions plus graves que les usagers plus jeunes. Aussi pour 100 blessés, il y a quatre tués chez les moins de 65 ans, huit tués entre 65 et 74 ans et pas moins de 16 tués à partir de 75 ans. Et si le nombre de tués a diminué dans presque toutes les classes d’âge - jusqu’à -43 % chez les 18-24 ans -, entre 2010 et 2018, le nombre de tués dans des accidents de la circulation a augmenté de 5 % dans la classe d’âge des plus de 65 ans. « Le nombre croissant de seniors et leur mode de vie plus actif et mobile expliquent cette augmentation, et le vieillissement de la population au niveau mondial risque d’aggraver la situation, alerte Karine Bonnet. Une prise en compte de cette réalité et une amélioration des mobilités sont donc essentielles pour protéger les seniors sur nos routes. »

Prendre en compte les changements physiques dus à l’âge
La diminution des capacités physiques et cognitives rend certaines situations de conduite plus difficiles à maîtriser pour un senior que pour un jeune conducteur. D’où l’intérêt de suivre des stages de remise à niveau pour prendre conscience de ses faiblesses et trouver des parades à mettre en place pour éviter de devoir gérer des situations complexes. Autre piste : instaurer une visite médicale obligatoire à partir d’un certain âge. En effet, certains pays ont lié la prolongation de validité du permis au passage d’un examen médical régulier. Plus les conducteurs vieillissent, plus l’intervalle est réduit et cela peut commencer dès 40 ans comme c’est le cas en Hongrie, voire même dès l’obtention du permis comme en Roumanie. Selon l’étude OpinionWay réalisée pour Dekra, 79 % des Français sont favorables à la possibilité pour les seniors de s’évaluer sur un parcours avec un professionnel et 75 % à l’instauration d’un examen médical validant l’aptitude à conduire, obligatoire et renouvelable. Évidemment, les conducteurs directement concernés par ces mesures sont nettement moins d’accord et voient une restriction de leur liberté. Si 69% se prononcent en faveur de la possibilité de s’évaluer volontairement sur un parcours avec un professionnel, les mesures plus coercitives leur semblent bien moins souhaitables : 58 % sont favorables à un examen médical validant l’aptitude à conduire, 40 % à des stages de conduite spécifique, 28 % à la remise d’un permis de conduire à durée déterminée à partir d’un certain âge et seulement 8 % accepteraient le retrait du permis de conduire systématique pour les personnes les plus âgées.

Adapter les infrastructures
Des aménagements des infrastructures sont nécessaires pour s’adapter aux seniors. Il s’agit par exemple de repenser les emplacements de stationnement à l’instar des places réservées aux familles près des entrées des supermarchés, de mieux matérialiser les passages piétons avec une lumière bleue ou des bandes blanches en 3D, de développer des pistes cyclables sécurisées ou encore de revoir les aménagements pour assurer l’accès des seniors aux transports publics (bordures de chaussée, îlots centraux, entretien des chaussées...). Selon le sondage OpinionWay, seuls 59% des sondés sont satisfaits de l’adaptation des emplacements de stationnement à leur problématique, 58 % le sont des passages piétons et 50 % des aménagements pour accéder aux transports publics.

Développer des aides à la conduite
Enfin, le développement des systèmes d’aide à la conduite permet de faciliter la conduite (assistants d’intersection et de changement de voie, détecteurs d’angle mort, caméra de recul, freinage d’urgence, systèmes de vision nocturne, etc.). Pour autant, les écrans et les éléments d’affichage doivent être visibles dans toutes les conditions d’éclairage et facilement lisibles, sans être trop complexes. Trop d’info tue l’info. Les fonctions essentielles utilisées pendant la conduite, telles que la commande des essuie-glaces, le réglage du chauffage, de la ventilation ou de la radio, doivent pouvoir être manipulées simplement. En effet, une commande à bouton unique guidée par menu sur écran tactile entraîne rapidement une surcharge mentale ou une distraction dangereuse pour certains conducteurs âgés et devient source d’accident.

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