Circulation inter-files : Une nouvelle expérimentation à l’étude pour l’été

01/04/2021 Sécurité routière
Sécurité routière Circulation inter-files : Une nouvelle expérimentation à l’étude pour l’été

Si la délégation à la Sécurité routière a estimé que l’expérimentation de la circulation inter-files des deux-roues motorisés menée entre 2016 et 2020 n’a pas permis d’établir un bilan tranché, elle souhaite lancer une nouvelle expérimentation qui devrait débuter en juin prochain.

Entrée en vigueur le 1er février 2016, pour une durée de cinq ans, l’expérimentation de la circulation inter-files (CIF) a pris fin le 31 janvier 2021. Elle concernait onze départements (les 8 départements d’Île-de-France, ainsi que les Bouches-du-Rhône, la Gironde et le Rhône) et permettait aux deux-roues motorisés et scooters à trois roues d’une largeur maximale d’un mètre de circuler entre deux files de voitures, sous certaines conditions.

Des règles bien définies
Ainsi, n’étaient concernées que certaines routes (autoroutes et routes à deux chaussées séparées par un terre-plein central et dotées d’au moins deux voies chacune, où la vitesse maximale est supérieure ou égale à 70 km/h, entre les files de véhicules situées sur les deux voies, ayant le même sens de circulation, les plus à gauche d’une chaussée). En tout, l’expérimentation portait sur environ 3 000 kilomètres de réseau routier (807km dans les Bouches-du-Rhône, 768 km en Gironde, environ 1 000 km en Île-de-France et 531 dans le Rhône). De plus, la circulation inter-files n’était autorisée que lorsque le trafic était fortement ralenti et que la circulation s’établissait en files ininterrompues de véhicules sur toutes les voies autres que réservées à la circulation de certaines catégories de véhicules. Les motards devaient veiller à ne pas dépasser les 50 km/h, à laisser un espace suffisant avec les autres usagers de la route et les avertir de leur intention de débuter une CIF ou de se rabattre en fin de CIF. Enfin, la CIF était interdite en cas de travaux, de neige ou de verglas. De même que les dépassements d’autres véhicules en CIF n’étaient pas permis.

Augmentation de l’accidentalité sur les zones d’expérimentation
Cette expérimentation devait faire l’objet ou non d’une généralisation à l’ensemble des départements français, en fonction des résultats du bilan de l’accidentalité constaté à l’issue des cinq ans. Le Centre d’études et d’expertises sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) a donc rendu son rapport à la délégation à la Sécurité routière en début d’année 2021.
Selon ce dernier, « l’accidentalité des deux-roues motorisés (2RM) a diminué de 10 % sur la France entière entre l’état initial (2012-2014) et les années d’expérimentation (2016-2018). La mortalité des usagers 2RM qui était en baisse les années précédant le début de l’expérimentation, s’est stabilisée entre 734 et 786 usagers au cours de l’expérimentation. L’accidentalité des 2RM à l’échelle de l’ensemble des zones expérimentales (i.e. départements entiers) a également baissé de 10 % tandis qu’elle a augmenté de 12 % sur le périmètre des « réseaux routiers où s’applique la CIF expérimentale » et de la zone témoin », à savoir le département de Haute-Garonne.

Un bilan peu convaincant
à la lecture de ces chiffres, on pourrait être tenté de conclure que la pratique de la circulation inter-files est véritablement source d’une augmentation des accidents de la route et doit être purement et simplement interdite. Cependant, l’analyse des résultats complets de l’étude est plus complexe. D’une part, les résultats varient fortement d’un département à l’autre. Si le nombre d’accidents de deux-roues en zone expérimentale a fortement augmenté dans les Bouches-du-Rhône, il est en baisse dans le Rhône. Par ailleurs, la hausse des accidents peut s’expliquer par une augmentation générale du trafic comme c’est le cas en Gironde. Le rapport du CEREMA note que : « le nombre d’accidents 2RM relevant de la CIF ou de la RIF (remontée inter-files) sur le réseau expérimental a triplé (13 en 2015, 57 en 2018). Sur ce territoire, une forte augmentation annuelle du trafic routier est notée sur le périphérique, qui concentre 90 % des accidents de 2RM. Cette augmentation de trafic se traduit par une augmentation de la congestion, du nombre de 2RM et donc de la pratique de la CIF et de la RIF, pouvant expliquer en partie l’augmentation de l’accidentalité ». Difficile donc d’établir un bilan tranché, à l’issue de ces cinq années d’expérimentation.

Une connaissance des règles qui pourrait être améliorée
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, « les conducteurs de véhicules légers déclarent une bonne acceptation des règles de l’expérimentation », souligne le rapport. Et signe encourageant, « des modifications de conduite de la part des 2RM sont déclarées au cours des années (recherche du regard des usagers, usages des feux) ». Par ailleurs, l’enquête menée par le CEREMA montre que « la CIF a été plus fréquemment abordée en 2016 dans les centres de conduite dans les zones expérimentales que sur le reste du territoire. L’expérimentation a donc permis de renforcer la pédagogie, mais des marges de progrès subsistent ». Rappelons que « le décret d’expérimentation prévoyait qu’afin de diffuser la connaissance de l’encadrement de cette pratique, les règles régissant la circulation inter-files soient intégrées à l’enseignement de la conduite de tout véhicule admis à circuler sur la voie publique. Ceci a été suivi d’effet pour l’examen théorique du Code de la route ». Pour autant, le CEREMA constate que « les facteurs d’accidents impliquant un 2RM en situation de CIF ou de RIF, concernent principalement une vitesse excessive ou inadaptée pour les conducteurs de 2RM combiné avec un changement de file inopiné ou sans respect des règles du Code de la route par les usagers non 2RM ». D’où l’importance de plus et peut-être mieux communiquer sur les règles de la CIF aussi bien auprès des motards que des autres usagers, même si, en 2016, la DSR avait effectué une grande opération de communication. Elle avait notamment distribué 500 000 dépliants CIF à destination des motards et des scootéristes ainsi que 300 000 à destination des autres usagers via les préfectures, les écoles de conduite ou encore les concessionnaires moto, et également mené des opérations de terrains à Lyon, Marseille et Paris.

Vers une nouvelle expérimentation
« L’objectif de cette expérimentation était de diminuer l’accidentalité des deux-roues motorisés en encadrant la pratique de la circulation inter-files dans les départements concernés, rappelle la déléguée à la Sécurité routière, Marie Gautier-Melleray. Or, le résultat n’est pas à la hauteur de nos espérances puisque le ratio d’accidents sur les réseaux de circulation inter-files par rapport aux autres réseaux a significativement augmenté dans une zone et est en légère hausse ailleurs. Une nouvelle expérimentation, avec des règles adaptées, est donc envisagée afin de pérenniser cette pratique en toute sécurité. » Des paroles qui ont été suivies d’actes. En effet, le 25 février dernier, la déléguée à la Sécurité routière recevait les fédérations de motards pour discuter des modalités d’une nouvelles expérimentation. à cet effet, Marie Gautier-Melleray envisage « d’élargir le nombre de zones concernées par l’expérimentation, pour bénéficier d’un recueil statistique plus significatif. Celle-ci serait donc reconduite dans les 11 départements précédemment concernés (ceux de l’Île-de-France, du Rhône, des Bouches-du-Rhône, de la Gironde) et de l’étendre à de nouveaux départements, en tenant compte des préconisations des représentants des usagers de deux-roues motorisés. La Haute-Garonne, qui était incluse dans l’expérimentation précédente comme zone témoin, rejoindrait également les départements où l’inter-files serait autorisée ». Surtout, la déléguée souhaite intensifier la communication et la formation afin de mieux faire connaître cette pratique. Par ailleurs, elle voudrait qu’un panneau soit implanté dans les zones de l’expérimentation pour informer les usagers que la pratique de l’inter-files est autorisée, afin qu’ils soient plus vigilants. Optimiste, Marie Gautier-Melleray a déclaré à l’issue de cette rencontre : « La qualité des échanges avec les représentants des fédérations de motards me conforte dans l’idée que nous réussirons à construire, ensemble, les conditions d’une pratique de la circulation inter-files apaisée et sécurisée. » Mais pour qu’elle puisse entrée en vigueur, cette nouvelle expérimentation doit être approuvée par le Conseil d’état. Si le projet de décret est validé, l’expérimentation pourrait être mise en place aux alentours du mois de juin.

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