Causes et cartographie des accidents

01/10/2017 Sécurité routière
Sécurité routière Causes et cartographie des accidents

Au-delà du fait de comptabiliser les victimes de la route, l’Observatoire national interministériel de sécurité routière (ONISR) s’est penché sur les facteurs générant des accidents, ainsi que les lieux et moments de la journée les plus accidentogènes.

Les raisons des accidents sont évidemment multiples. Mais certains facteurs reviennent souvent parmi les causes.

La vitesse, fléau n°1
Ainsi, la vitesse excessive est identifiée dans un accident mortel sur trois. Selon la DSR, elle reste donc la première cause de la mortalité sur les routes de France. Et c’est notamment très préoccupant chez les jeunes conducteurs puisque le facteur d’une vitesse excessive apparaît dans 45% des accidents mortels chez les 18-24 ans.
D’une manière générale, la DSR pointe du doigt un relâchement général sur le réseau français. « Les vitesses moyennes pratiquées par les automobilistes témoignent d’un moindre respect des règles, avec + 6 km/h par rapport à 2012 sur les autoroutes limitées à 130 km/h et + 4 km/h sur les autoroutes limitées à 110 km/h. » Par contre, il est à noter que la vitesse est globalement stable depuis 2009 sur les routes limitées à 90 km/h et qu’elle a légèrement baissé en ville, en 2016.

L’alcool et les stupéfiants, seconde cause
L’autre fléau en matière d’insécurité routière est la conduite sous l’emprise de l’alcool. Cette dernière est présente dans 29% des accidents mortels. Selon les statistiques, parmi les automobilistes les plus impliqués, on retrouve deux tranches d’âges : les 18-24 ans et les 25-49 ans. Et cette particularité s’applique aussi aux piétons décédés dans un accident de la route. L’Observatoire national interministériel de sécurité routière (ONISR) observe une augmentation des accidents mortels de piétons ayant consommés de l’alcool. Ainsi, 17% des piétons impliqués dans un accident mortel présentaient un taux supérieur à 0,5 g/l. Même constat au niveau des cyclistes. Si le fait d’être alcoolisé peut freiner certains à prendre le volant d’une voiture, ils ne considèrent pas dangereux d’enfourcher un vélo. Ce type de transport peut même parfois être considéré par les personnes alcoolisées comme un moyen sûr pour rentrer d’une soirée après avoir trop bu !
Dans la même veine que l’alcool, la consommation de produits stupéfiants participe à une part importante des accidents mortels. Ainsi, 22% des personnes décédées l’étaient dans un accident impliquant au moins un conducteur sous l’emprise de produits stupéfiants. On remarque que 16% des 24-35 ans impliqués dans un accident mortel étaient positifs aux stupéfiants. Par ailleurs, rappelons que le cocktail explosif cannabis/alcool multiplie par 15 le risque de causer un accident mortel.

Comportements à risque
On notera que le non-respect de la priorité constitue 13% des causes d’accident et que l’inattention représente 8%. Ces comportements à risque sont souvent associés à une autre prise de risque comme l’excès de vitesse ou la conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants. On remarque également que le refus de priorité augmente nettement à partir de 65 ans, ce qui ne se traduit pas forcément par une attitude rebelle ou insouciante comme chez les jeunes, mais plutôt par une baisse de l’acuité visuelle et des réflexes.

Encore des réfractaires au port de la ceinture
Malgré l’obligation de mettre la ceinture de sécurité à l’avant comme à l’arrière, on constate encore que 20% des tués ne portaient pas de ceinture au moment du choc. C’est notamment vrai pour 27% des usagers de véhicules utilitaires et 25% pour les conducteurs de poids-lourd. Bien que le taux de non-port de la ceinture chez les professionnels de la route soit en régression par rapport à 2015, il reste encore trop élevé en 2016. Par ailleurs, l’ONISR souligne que lorsqu’un conducteur est alcoolisé, il adopte d’autres comportements non appropriés comme rouler plus vite et/ou ne pas porter la ceinture de sécurité. Or, selon une étude menée par l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (INSTAR), le non-port de la ceinture multiplie par 3,9 le risque d’avoir un traumatisme crânien en cas de survie après un accident de la route.
Enfin, 10% des cyclistes et 4% des motocyclistes tués en 2016 ne portaient pas ou avaient mal attaché leur casque. Toujours selon l’étude de l’IFSTTAR, le non-port du casque à vélo multiplie par 6,4 le risque d’être traumatisé crânien après un accident et par 18,1 pour les conducteurs de deux-roues roulant sans casque. De quoi réfléchir...

Les circonstances des accidents de la route
L’analyse de l’accidentologie routière montre qu’en 2016, 35% des usagers se sont tués seuls, à savoir sans collision avec un tiers. C’est le cas de 38% des motocyclistes et de 46% des automobilistes. Tandis que 26% des usagers de véhicule de tourisme ont perdu la vie dans une collision avec un autre véhicule de tourisme. 61% des piétons ont été tués par un véhicule de tourisme (soit 56 personnes de plus qu’en 2015) et 15% ont été percuté par un poids-lourd ou un véhicule de transport en commun (soit 15 personnes de plus qu’en 2015). Enfin, 47% des cyclistes ont été tués par un véhicule de tourisme et 15,4% par un poids-lourd ou un véhicule de transport en commun.

Chrono-accidentologie
Si un accident peut survenir à n’importe quel moment, l’ONISR a mis en évidence certains jours et certains moments de la journée où les accidents sont plus fréquents. Ainsi, la probabilité d’avoir un accident est plus importante le vendredi et le samedi, tandis que le mercredi est le jour où l’on en enregistre le moins.
Dans la journée, on observe également des pics entre 7 et 9 heures lorsque les gens partent travailler ou emmènent les enfants à l’école et entre 22 heures et minuit lorsque la vigilance est en baisse. Mais le plus fort pic se situe entre 16 et 19 heures. Selon l’ONISR, cela correspond à l’heure de sortie du bureau et à une prise d’alcool entre collègues pour se détendre. On peut aussi imaginer qu’en sortant du bureau, on soit un peu fatigué ou encore plongé dans nos pensées professionnelles et donc moins attentif à ce qui se passe sur la route, sans pour autant avoir bu.

Le réseau routier
Sur les 3 477 personnes ayant perdu la vie en 2016, 2 188 ont eu un accident hors agglomération. La DSR souligne que « ce réseau, de loin le plus étendu de notre territoire, enregistre la majeure partie des décès (63%), avec cependant une mortalité en baisse de 16% par rapport à 2010. » Sur autoroute, 270 personnes sont décédées en 2016, ce qui représente 8% du nombre global de morts. La DSR attire l’attention sur le fait que sur les 270 victimes, 48 étaient des piétons et que ce pourcentage de morts est en hausse de 5,5% depuis 2010 alors que le trafic a augmenté de 7,5% sur cette période. On ne saurait rappeler l’importance de se mettre tout de suite à l’abri derrière la barrière de sécurité lorsqu’un véhicule doit s’arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence, mais aussi de lever le pied lorsque le personnel routier est en intervention... Enfin, en agglomération, la mortalité routière représente 29% du total des tués en 2016 (1 019 morts), soit une diminution de 10% par rapport à 2010.
Ainsi, la majorité des automobilistes tués (77%) l’ont été en dehors d’une agglomération. En revanche, 69% des piétons tués ont trouvé la mort en ville, tout comme près de la moitié des cyclistes tués (48%).

Classement par département
Si l’on observe une occurrence d’accidents plus ou moins forte en fonction du type de réseau routier, on remarque également d’importantes disparités d’un département à un autre (voir tableau pages suivantes). Ainsi, c’est en Nouvelle Calédonie que l’on enregistre le plus haut taux de mortalité avec 190 tués par million d’habitants, puis Saint-Barthélemy (172) à égalité avec le département de la Lozère (172). Viennent ensuite, la Guadeloupe (145), la Guyane (123), les Alpes-de-Haute-Provence (123), Saint-Martin (118), la Haute-Corse (114), le Gers (106), le Tarn-et-Garonne (106), l’Aude (103), le Jura (103) et le Loir-et-Cher (102). Inversement, c’est à Wallis-et-Futuna que l’on a le moins de risque de perdre la vie dans un accident de la route avec 16 morts par million d’habitants, tout comme dans les Hauts-de-Seine (16), Paris (18), le Val-de-Marne (19) et le Val d’Oise (22).
Des statistiques qui corroborent le constat précédent, à savoir que le réseau urbain enregistre moins d’accidents que les routes hors agglomération. À une nuance près : les DOM et les COM présentent globalement une accidentologie plus élevée qu’en Métropole. Cela s’explique notamment par le fait que la population est plus jeune qu’en France métropolitaine et que les deux-roues sont très utilisés comme moyen de transport. Cependant, la DSR n’entend pas accepter la fatalité et compte bien s’atteler
vigoureusement au problème prochainement.
S. A.

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