Accidentologie en Europe : ralentissement de la baisse du nombre de victimes

01/11/2017 Sécurité routière
Sécurité routière Accidentologie en Europe : ralentissement de la baisse du nombre de victimes

Le Conseil européen pour la sécurité des transports (ETSC) a publié son 11e rapport sur l’accidentologie en Europe*. Si certains états continuent à enregistrer une diminution des victimes de la route, dans d’autres pays, les chiffres stagnent, voire augmentent.

L’Union européenne avait fixé comme objectif de diviser par deux le nombre de victimes de la route en Europe entre 2001 et 2010. Le nombre de morts est ainsi passé de 55 092 en 2001 à 31 595 en 2010. Des résultats encourageants mais perfectibles.

Objectif 2010-2020 : diviser par deux le nombre de morts
C’est pourquoi, l’Union européenne a reconduit l’objectif de diviser par deux le nombre de victimes de la route pour la décennie comprise entre 2010 et 2020. Si d’importants progrès ont été effectués au début de cette nouvelle décennie, force est de constater un ralentissement de la baisse depuis 2013. En effet, 30 804 décès ont été dénombrés en 2011, puis 28 282 en 2012 et 26 025 en 2013. Mais en 2014, la baisse n’a été que de 5 personnes (26 020). En 2015, les chiffres sont repartis à la hausse avec 26 190 morts, soit 170 décès de plus en qu’en 2014. Enfin, en 2016, le nombre de morts sur la route a, à nouveau, diminué. Mais avec 25 671 décès, soit 519 vies épargnées, on est loin de la baisse espérée annuellement. Ce qui fait penser qu’objectivement il sera difficile de tenir l’objectif fixé pour 2020.

Fortes disparités d’un pays à l’autre
Le panel du Conseil européen pour la sécurité routière (organisation indépendante à but non lucratif fondée en 1993) regroupe 31 états pas forcément membres de l’Union (Norvège, Suisse...), mais situés géographiquement en Europe. À ceux-ci, s’ajoute un pays hors zone, à savoir Israël. Sur ces 32 états, 15 ont vu leurs statistiques augmenter, notamment Malte (100%, un chiffre à pondérer par le fait que le nombre de morts est faible, ce qui rend ce pays particulièrement sensible aux fluctuations sans que cela signifie une explosion du nombre de morts), le Danemark (19%, pourtant souvent présenté comme un exemple en matière de sécurité routière), la République d’Irlande (16%, l’Irlande du Nord étant comptabilisée avec la Grande-Bretagne) ou encore la Norvège (15%, qui avait été désigné comme meilleur élève dans le rapport 2015). Deux pays (la Bulgarie et la France) ont enregistré une stabilité entre 2015 et 2016. Enfin, 15 pays ont réussi à faire baisser de façon plus ou moins significative le nombre de victimes de la route sur leur territoire. C’est notamment le cas de Chypre (-19%), de la République tchèque (-17%) de la Lettonie (-16%) ou encore de la Suisse (-15%).

La Bulgarie, le mauvais élève
Si l’on ramène le pourcentage des morts sur la route au nombre d’habitants, arrivent en queue de classement, la Pologne avec 79 décès par million d’habitants, la Lettonie (80), la Serbie (86), la Roumanie (97) et enfin la Bulgarie (99). Inversement en tête de classement, on trouve le Danemark avec 37 morts par million d’habitants, la Grande-Bretagne (29) la Suède (27), la Suisse et la Norvège, ex æquo avec 26 morts par million d’habitants. À noter que la moyenne européenne se situe à 51 décès par million d’habitants et que la France est légèrement en dessous avec un score de 53.

La Suisse, un exemple à suivre
Grâce à une baisse de 15% des tués en un an et un nombre de morts par habitant très faible, la Suisse a remporté le trophée 2017 Road Safety PIN Award. En d’autres termes, elle a été désignée comme le meilleur élève en matière de sécurité routière. Pour obtenir ces résultats (- 60% de morts depuis 2001, passant ainsi de 544 décès en 2001 à 216 en 2016), la Confédération helvétique a travaillé sur plusieurs axes comme l’explique Jürg Röthlisberger, directeur de l’Office fédéral des routes (OFROU). Ainsi, la Suisse a mis en place le programme Via Sicura qui comporte 20 mesures parmi lesquelles la tolérance zéro en matière de conduite en état d’ivresse pour les conducteurs débutants et professionnels, l’obligation d’allumer ses feux de jour comme de nuit, l’amélioration des infrastructures routières, etc. De nouvelles mesures sont encore à venir comme l’obligation de repasser une formation pour les conducteurs dont le permis a été confisqué pour conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants et pour les conducteurs dont le permis a été confisqué à plusieurs reprises. La Suisse espère que cette mesure qui entrera en vigueur en 2019 permettra de diminuer encore plus le nombre des victimes de la route sur son territoire.
* 11th Road Safety Performance Index Report, by the European Transport Safety Council (June 2017).


Des études difficiles à mener sur les blessés
Si l’Union européenne veut diviser par deux le nombre de morts sur les routes, il en est de même pour les blessés. Malheureusement, les études comparatives sont plus difficiles à mener sur ces derniers. Pour une raison simple, la définition de blessés n’est pas homogène d’un état à l’autre. C’est pourquoi une classification du niveau des blessures a été mise au point. Le Abbreviated Injury Scale (AIS) classe de 1 à 6 le niveau des blessures (1 pour les blessures mineures et 6 pour les blessures irréversibles). Comme une personne peut avoir plusieurs blessures, il a été convenu de désigner le nombre maximum de blessures par MAIS (Maximum Abbreviated Injury Scale) suivi d’un chiffre. MAIS3+ étant considéré comme un niveau de blessure élevé. Lorsque tous les pays européens auront adopté ce système, des études comparatives précises pourront être menées à partir des données collectées.

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