Six questions autour du REMC

01/08/2014 Réglementation
Réglementation Six questions autour du REMC Le REMC tombe-t-il à pic ou, plutôt, comme un cheveu sur la soupe ? Alors que se profile une refonte du permis de conduire, le texte censé régir les comportements de tous les usagers de la route est encore très méconnu des professionnels, auto-écoles en tête. Et même si les livrets d’apprentissage se sont d’ores et déjà adaptés, avant même l’entrée en vigueur du REMC au 1er juillet, pas mal de questions restent en suspens.

Le REMC est-il un programme de formation ?
Non, ce n’est pas un programme, mais plutôt « une trame » qui doit servir à une réflexion sur la pédagogie des enseignants de la conduite. « Le REMC incite à prendre en compte la personnalité de chaque élève », indique Michel Schipman, vice-président du CNPA-ER et qui a contribué à sa rédaction. « C’est une coquille vide, à charge maintenant de la remplir », poursuit Gérard Hernja, docteur en sciences de l’éducation qui y a également participé. Le programme national de formation (PNF), qui prônait jusqu’alors une pédagogie par objectif, n’est donc plus d’actualité, même s’il n’est pas supprimé. Place au REMC et à la pédagogie « par compétence ». Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Que l’auto-école doit être perçue comme une étape de la vie du conducteur, qui lui permet d’assimiler certaines notions et de les comprendre. N’attendez pas du REMC qu’il vous dise comment enseigner. Si, comme le dit Gérard Hernja, « il aurait mérité d’être moins abstrait et complexe », il servira à une réflexion qui s’étalera sur plusieurs années. Le 1er juillet signifie « le début de quelque chose de nouveau », et constitue plus une évolution qu’une vraie révolution dans le mode d’apprentissage. Des « guides » du formateur seraient par ailleurs en cours d’élaboration pour vous aider à naviguer dans les méandres de ce REMC.

Les enseignants vont-ils recevoir une formation ?
En 1989, quand le PNF avait été adopté, les enseignants de la conduite s’étaient vus dispenser une formation de trois jours par l’administration. Cette fois-ci, dans un contexte de rigueur budgétaire, aucune formation ne sera organisée avec de l’argent public. En revanche, certains organismes comme l’Anper vont en proposer. Pour Gérard Hernja, « l’enjeu sera avant tout d’avoir des personnes qui ont elles-mêmes compris l’essence du texte, et capables d’assurer le rôle de passeurs ». En clair, le REMC n’est pas destiné à devenir votre « bible » campée sur votre table de chevet ou dans votre boîte à gants. « Le REMC en lui-même n’est pas dédié aux enseignants de la conduite, en tout cas pas brut de décoffrage. Ce ne sont pas des psychologues », rappelle Gérard Hernja. Il doit surtout engager une réflexion chez les enseignants. Les moments de formation, notamment la formation continue, doivent servir à cela. Mais Gérard Hernja a peur qu’une inégalité se forme entre les écoles de conduite, notamment en fonction de leurs « moyens financiers ». La seule obligation des enseignants est de suivre le programme des nouveaux livrets d’apprentissage. Pour le reste, c’est à chacun d’adapter sa formation. « La profession n’est pas encore prête pour accueillir le REMC, tranche Éric Demazoin, formateur et adhérent de l’UNIC qui a également contribué à l’écriture du texte. Il faut que les gens se forment ! »

Les auto-écoles doivent-elles revoir leur manière d’enseigner ?
Oui et non. Il ne s’agit pas de jeter par la fenêtre tout ce qui a pu être fait jusqu’à présent. Simplement, depuis quelques années, on a compris que la pédagogie par objectifs, prônée jusqu’à présent, montrait certaines limites. Elle a été remplacée par la pédagogie par compétences, qu’incarne le REMC. Le but est que le permis ne soit plus perçu comme une fin, mais comme une étape. « Les auto-écoles travaillent sans le savoir sur les niveaux supérieurs de la matrice GDE (ndlr : voir encadré), mais de manière informelle », note Gérard Hernja. Les enseignants individualisent beaucoup la formation, notamment quand un élève est moins bien psychologiquement. « Pour autant, il y a certaines notions qu’il est important d’aborder en groupe, ajoute Gérard Hernja. Tout est une question d’équilibre, entre l’apprentissage collectif et individuel, la théorie et la pratique. » Avec la réforme du permis et, semble-t-il, des heures théoriques obligatoires qui vont être instaurées pour faire la transition entre l’ETG et la pratique, il semblerait que la théorie en salle devienne une étape importante de la formation. « L’auto-école doit se professionnaliser », estime Michel Schipman. « Elle est à un tournant, et doit bien négocier le virage. Mais sans se mettre trop de pression », ajoute Gérard Hernja. Face aux concurrents (location de véhicules double-commande, auto-écoles high-tech ou low-cost…), les établissements de conduite ont tout intérêt à jouer leur principal atout : la pédagogie.

Ne doit-on désormais travailler que sur le comportement ?
Le comportement va effectivement devenir une priorité, même si les auto-écoles travaillent déjà beaucoup dessus. « Travailler sur le comportement, c’est individualiser l’enseignement, insiste Gérard Hernja. Et il y a plein de choses originales à faire. Par exemple, j’ai rencontré des enseignants qui, pour mettre à l’épreuve un élève un peu tête brûlée, l’ont fait conduire avec une jeune fille à l’arrière. » Histoire de montrer au garçon qu’il modifiait son comportement de manière à « impressionner » la gent féminine. Mais si le REMC aborde l’enseignement sous un angle comportemental, il ne faut pas oublier que l’auto-école est aussi et surtout là pour enseigner « les bases techniques » aux élèves. Si celles-ci ne sont pas acquises, l’intérêt pour la sécurité routière sera nul, puisque les conducteurs ne maîtriseront pas suffisamment leur véhicule. Trois étapes sont donc importantes : la maîtrise, la compréhension et la prise de conscience. « Lorsque j’ai mené une étude sur les auto-écoles de Nancy, je me suis aperçu que beaucoup d’élèves avaient un déficit en termes de compréhension de la règle », relève Gérard Hernja. « Il faut donner du sens à la règle, confirme Michel Schipman. L’élève doit comprendre l’intérêt, par exemple, de s’arrêter à un stop plutôt que de le passer en glissé de première. Sinon, il va s’arrêter le jour du permis, mais pas après. »

La portée du REMC s’arrête-t-elle à l’auto-école ?
Le REMC n’est pas seulement destiné aux écoles de conduite et à leurs enseignants, ni même seulement à leurs élèves. Il concerne tous les usagers de la route, avant, pendant et après le permis, quel que soit le mode de transport utilisé. « On doit donner envie aux conducteurs de continuer à faire comme à l’auto-école après le permis », estime Michel Schipman. Plus question donc de « bachotage », place à la réflexion et au « savoir-être ». La mise en œuvre du REMC semblerait tout à fait compatible avec une formation post-permis, afin que l’examen ne soit plus perçu comme une fin. Le continuum éducatif est également une idée sous-jacente, et la future mise en place de l’ASSR 3 au lycée, attendue avec la réforme, ne semble pas totalement due au hasard. D’après Michel Schipman, cette nouvelle attestation de sécurité routière serait une « sensibilisation aux modes de déplacement, avec également une sensibilisation aux stupéfiants ». Autrement dit, le niveau 3 de la matrice GDE ! Une préparation intéressante aux problématiques de la route. « Le REMC va de pair avec la formation continue », juge d’ailleurs Michel Schipman. Si la notion d’auto-évaluation est autant mise en avant dans le REMC, c’est également dans le but de pousser l’élève vers l’autonomie, en pensant déjà à l’après-permis.

Les 20 heures obligatoires sont-elles obsolètes ?
La question est plus que jamais d’actualité. Le contenu du REMC est-il applicable dans le cadre actuel, à savoir les 20 heures obligatoires ? Pour Éric Demazoin, il y a deux alternatives : « soit on augmente le volume d’heures, soit on étale avec le continuum éducatif et le post-permis ». Bien-sûr les 20 heures sont un minimum, et peu d’élèves peuvent s’en contenter, déjà aujourd’hui. Mais il ne faudrait pas que leur quota de leçons augmente trop, au risque de les mécontenter. Il n’est d’ailleurs pas forcément nécessaire d’allonger la durée de formation. « Idéalement, il faudrait une formation beaucoup plus longue pour intégrer toutes les notions, analyse Gérard Hernja. Mais il faut être réaliste. Et je pense que dans le même volume d’heures, il est possible d’apporter des changements en profondeur dans la formation. Il ne s’agit pas forcément de faire plus, mais de faire différemment. » Il faut aussi rappeler, encore une fois, que le REMC ne s’arrête pas à l’auto-école. En conséquence, le conducteur a toute sa vie pour travailler son comportement !

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