Bourges : les auto-écoles roulent sans encombre

01/09/2017 Études/sondages
Études/sondages Bourges : les auto-écoles roulent sans encombre

À Bourges, les écoles de conduite se portent bien, malgré les changements réglementaires successifs. Elles restent toutefois prudentes, alors que Emmanuel Macron vient de s’installer à la présidence de la République.

À Bourges, la loi Macron semble avoir épargné les écoles de conduite. Tout du moins pour l’heure. Les auto-écoles en ligne sont toujours absentes du paysage et l’externalisation de l’ETG n’a pas laissé d’impact substantiel. La seule offre susceptible de menacer l’éco-système local – une entreprise de location de voitures à doubles commandes – a périclité avant même de fêter son premier anniversaire. Et, en marge, les enseignants indépendants se font discrets. Aujourd’hui, la préfecture du Cher compte une vingtaine d’établissements d’enseignement de la conduite, pour près de 70 000 habitants. La population locale y est vieillissante – 24,1% des habitants ont plus de 60 ans selon l’Insee –, tout comme les candidats au permis de conduire, qui tendent à se former plus tardivement. « La clientèle vieillit petit à petit », conçoit Béatrice Dinocheau, présidente de Malus formation.Son établissement est fortement ancré dans le tissu local. Il a été créé par son père, en 1960, à proximité de la place Malus de Bourges. Depuis, la structure a déménagé, mais a préservé son appellation, après avoir consulté ses clients. De quatre salariés, en 1994, lorsque Béatrice Dinocheau a endossé les fonctions de présidente, l’établissement compte aujourd’hui 35 personnes, réparties dans quatre bureaux. Et cumule 55 cartes grises. « Nous proposons tous les permis et nous avons développé de nombreuses formations », justifie-t-elle.

« Le nombre d’inscriptions est en hausse »
L’auto-école Malus a traversé les époques sans vaciller. Elle peut se targuer aujourd’hui de poursuivre sa croissance, à l’heure où les changements règlementaires déstabilisent de nombreux établissements. « Notre activité se porte bien. Le nombre d’inscriptions est en hausse, tout comme notre chiffre d’affaires. La croissance est surtout portée par l’activité moto, pour laquelle la demande est importante. » Pour prévenir toute sortie de route, elle tente de répondre avec souplesse au caractère volatile de la demande. Il y a près de quatre ans, un « labo-Code », doté d’une dizaine de postes individuels, a vu le jour. « Ainsi, les élèves viennent se former lorsqu’ils le souhaitent. Nous suivons leur progression à travers un logiciel et nous adaptons leurs séries au besoin. » En parallèle, un enseignant assure chaque semaine dans une salle collective une leçon théorique pour les élèves, qui bénéficient également d’un accès aux cours en ligne. La méthode semble payer. Depuis la mise en place de l’externalisation de l’ETG, les taux de réussite à l’examen théorique « sont en progression » et les élèves continuent de venir se former dans les locaux. L’auto-école a fait le choix d’optimiser l’accompagnement, en continuant d’inscrire les candidats à l’examen et de les y conduire. « Ils attendent un accompagnement personnalisé. Nous ne sommes pas dans la grande distribution. Le contact humain est primordial. » L’auto-école CER, elle aussi, a négocié avec habilité le virage de l’externalisation de l’ETG. L’établissement, créé en 1998, compte aujourd’hui trois bureaux, dont deux à Bourges, et onze salariés, qui assurent des formations voiture et moto. Dans son local du boulevard Juranville, l’un des plus passants de la ville, elle dispose également d’un « labo-Code », comme l’explique le responsable, Alain Camus.« Nous avons installé des postes individuels il y a près de six ans. C’était une demande des élèves. Ceux qui sont scolarisés dans le quartier peuvent venir plus facilement lorsqu’ils ont des creux dans leur agenda. » Bien qu’elle propose également une offre en ligne, l’auto-école continue d’assurer des leçons thématiques. Et ça marche. « Ça intéresse beaucoup les élèves. Ils ont énormément de questions. On se rend compte qu’il est nécessaire de revoir certaines règles de base. » Avant de se tester, Alain Camus oblige les élèves à suivre l’ensemble des cours de Code, pour éviter toute précipitation. Puis, quand vient l’examen, l’auto-école effectue l’inscription et assure l’accompagnement.

« Nous avons du mal à recruter »
L’établissement préserve ainsi sa bonne santé, et continue de progresser de manière constante. Mais l’auto-école rencontre toutefois des difficultés pour étoffer son équipe, se désole Alain Camus. « Nous avons du mal à recruter, surtout des enseignants déjà formés au poste de secrétariat. C’est véritablement un frein à notre développement. » Alain Camus compte ainsi sur la formation au titre professionnel, la seule dans le département, lancée dernièrement par Malus Formation. « Nous espérons qu’elle aura un effet positif sur la demande. »

« La machine ne doit pas prendre le dessus »
À quelques centaines de mètres, à l’auto-école Riboulet, la plus vieille de Bourges, les problématiques sont diamétralement opposées. Guillaume Riboulet, le responsable, a repris la suite début 2017, après une expérience de quatre ans en tant qu’enseignant de la conduite. Sa structure, centrée sur l’apprentissage de la voiture, se veut familiale. Lui assure les leçons de conduite et les cours de code et sa mère occupe le poste de secrétaire. Ici, pas de « labo-Code ». En plus de l’accueil, le local comprend une salle collective, où sont proposées les leçons et diffusées les séries, et une pièce dans le prolongement, équipée d’un poste individuel, lequel est dédié aux examens blancs. Un dispositif qui répond à sa conception de l’apprentissage. « La machine ne doit pas prendre le dessus. Il est important de proposer des cours, pour apporter des explications. D’ailleurs, les élèves en réclament de plus en plus. » Depuis le lancement de son activité, Guillaume Riboulet a accueilli plusieurs élèves qui se sont présentés avec le Code en poche. Il a donc éclaté sa formule en deux, avec une partie uniquement théorique, qui comprend un accès en ligne, et une offre pour la conduite. S’il joue le jeu, en s’adaptant à la demande, il constate toutefois que les élèves déjà détenteurs du Code au moment de leur inscription présentent « un niveau plus faible. Ils ne vont pas connaître certains panneaux. Nous devons donc revoir quelques règles pour qu’ils aient une connaissance solide lorsqu’ils passent l’examen. C’est aussi notre réputation qui est en jeu. »

Le financement par le CPF pour se développer
À l’auto-école Riboulet, les débuts sont prometteurs, se félicite le responsable. « Nous avons dépassé les objectifs que nous nous étions fixés. » Pour continuer d’élargir sa clientèle, il souhaite pouvoir accueillir les élèves qui veulent mobiliser leurs heures CPF (Compte personnel de formation) pour financer la formation. Mais les premiers pas sont hésitants. « Nous avons une demande en cours, mais nous ne savons pas comment la traiter. Nous avons eu peu d’informations à ce sujet et personne n’est en mesure de nous orienter. Nous comptions beaucoup là-dessus. » Ce dispositif pour financer le permis, lancé au mois de mars, a aussi piqué l’intérêt d’Alain Camus. « Nous allons faire des démarches pour nous certifier comme organisme de formation. Il ne faut pas négliger cette opportunité. D’autant qu’il y a déjà des demandes. » Idem à Malus formation, où « il y a plusieurs devis en cours. C’est une réponse intéressante pour les élèves en difficulté financière », considère Béatrice Dinocheau.

« Les petites structures risquent d’être fragilisées »
Même si ce dispositif peut leur ouvrir de nouvelles perspectives, les auto-écoles restent prudentes pour la suite. D’autant plus en raison de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, près de deux ans après la promulgation de la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, qui avait chamboulé la profession. « Je m’attends à un quinquennat axé autour du développement de l’apprentissage par Internet, avance Guillaume Riboulet. Je pense que l’on va survivre, mais les petites auto-écoles risquent d’être fragilisées. » Alain Camus, aussi, redoute le nouveau quinquennat. « Je suis contre la dérégularisation totale, qui amène tous les excès. Nous devrons continuer absolument à jouer notre rôle social et éducatif, pour éviter toute catastrophe. »

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