Permis sur boîte automatique : Coup d’accélérateur pour les formations B78

La formation sur boîte automatique est de plus en plus demandée par les élèves. Du moins par ceux vivant en zone urbaine. Le B78 représenterait entre 20 et 30 % de l’activité des écoles de conduite françaises. Une part qui devrait s’amplifier dans les prochaines années, mais qui est actuellement freinée par l’allongement des délais de livraison des véhicules équipés de boîte automatique.

À Paris, l’auto-école Faidherbe s’est positionnée sur le permis B78, dès 2011. « La transmission automatique facilite l’apprentissage et réduit la facture des élèves. C’est d’ailleurs un permis qui a été encouragé par l’ancien Premier ministre, Édouard Philippe », rappelle Moncef Abizid, le gérant de l’entreprise. Ce que confirme Patrice Bessone, président de Mobilians-ESR. « La demande augmente depuis que le gouvernement a annoncé qu’il ne voulait plus de véhicules thermiques d’ici 2035. De ce fait, tout le monde veut se mettre au diapason et le secteur de l’automobile s’est tourné vers l’électrique. Nous allons tous finir par rouler avec des voitures automatiques », affirme-t-il.

Anticiper l’évolution de la demande en B78
Une évolution bien anticipée par l’auto-école Faidherbe. En 2011, elle avait deux véhicules de ce type. Aujourd’hui elle en possède dix sur un parc de dix-sept véhicules. Moncef Abizid a même spécialisé son bureau de la rue Chaligny, situé dans le 12ème arrondissement de Paris, dans la formation sur boîte automatique. Et quand un élève pousse la porte de l’une de ses deux autres agences parisiennes, le discours est le même : « Nous lui proposons systématiquement de préparer cet examen. Nous insistons parfois un peu lourdement car ils doivent comprendre que ce permis va dans le sens de l’histoire car ces véhicules sont plus écologiques et agréables à conduire. De plus, l’apprentissage de la conduite est plus court ». C’est d’autant plus le cas dans cette école de conduite qui inclut 5 heures sur simulateur dans le forfait Code. L’objectif : préparer ses élèves à la conduite. « Ce temps n’est pas compté dans les heures de conduite », précise le gérant.
À Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, Christine Chauvet, gérante de l’auto-école Gil et Chris constate, elle-aussi, une augmentation des demandes. Tout comme son confrère parisien, Christine Chauvet, propose elle-aussi systématiquement aux nouveaux inscrits d’opter pour ce permis qui représente aujourd’hui 30 % de l’activité globale. L’école de conduite compte trois véhicules automatiques sur dix. « Nous aimerions ne garder qu’un véhicule manuel pour assurer les passerelles », confie-t-elle.
20 heures de formation en moyenne Si la formation obligatoire impose un minimum de 13 heures, peu d’élèves sont présentés à l’examen au bout de ce temps. « Ils se comptent sur les doigts d’une main », note Christine Chauvet. « En Île-de-France, ils prennent entre 20 et 25 heures ». Ce qui reste inférieur d’environ un tiers par rapport au permis B où la moyenne est d’une trentaine d’heures. « Dès la première leçon sur une voiture automatique, ils ont la sensation de savoir conduire. Ce qui ne veut pas dire que c’est le cas, mais ils ont envie de revenir », constate Moncef Abizid. Dans son école, sur 386 candidats reçus à l’examen, 211 ont obtenu un permis B78.

La restriction à la boîte automatique est-elle un problème ?
Mais si les gérants d’auto-écoles savent que ce permis ne permet pas de conduire un véhicule équipé d’une boîte de vitesse manuelle, beaucoup d’élèves l’ignorent. « D’où l’importance de leur rappeler et de leur demander s’ils ont ensuite l’intention d’acheter une voiture automatique », rappelle Christine Chauvet. Cette restriction ne semble cependant pas être un obstacle dans l’ensemble. « Une fois qu’ils ont goûté à la voiture automatique, ils renoncent à suivre une formation pour conduire une boîte mécanique », assure William Lemaître, directeur de plusieurs auto-écoles éponymes implantées en Occitanie. « Ils reviennent uniquement si c’est une nécessité professionnelle. » Ce que confirme Bruno Garancher, président d’ECF : « Le parc des entreprises, surtout dans le bâtiment, n’est pas composé dans sa majorité de voitures automatiques. » Ce qui fait dire au représentant de ce réseau que « l’engouement pour le permis B78 reste encore un frémissement ». Actuellement, 70 % des adhérents d’ECF proposent cette formation. « Il s’agit d’entreprises de taille moyenne à supérieure. C’est plus compliqué pour les plus petites écoles de conduite car le véhicule automatique ne tourne que 10 à 20% du temps. » Néanmoins, le président d’ECF estime que ce type de permis progressera sur l’impulsion de la commission européenne. « Celle-ci semble assez favorable pour lever la restriction et réduire les délais de régularisation. »

Le permis des agglos
De son côté, Patrick Crespo, président de CER, constate également, que les demandes progressent. Au sein de cette organisation professionnelle, 95 % des 300 adhérents proposent ce permis soit sur un véhicule thermique équipé d’une boîte automatique, soit sur un véhicule électrique. « Les jeunes voient bien que ces motorisations se développent et savent qu’un jour ou l’autre ils seront amenés à conduire de tels véhicules. » Notamment dans les agglomérations. Phénomène constaté par William Lemaître dans ses bureaux de Toulouse et de Montpellier. La raison : de plus en plus d’habitants se sont équipés de véhicules hybrides ou électriques. Dans ces métropoles, le gérant estime que les permis B78 pèsent pour la moitié de l’activité. Tendance également observée à Paris, renforcée par la présence sur la voie publique de véhicules électriques en autopartage. « Dans les secteurs ruraux, nous n’en sommes qu’aux prémices. Autant dire qu’à Laguiole dans l’Aveyron, les habitants estiment encore que le permis sur boîte automatique est réservé aux personnes en situation de handicap », explique William Lemaître. Une idée reçue qui s’atténue au regard du développement des ventes de voitures automatiques, mais aussi grâce au bouche à oreille entre élèves qui « démocratisent ce type de permis ». Même constat pour Sandra Carasco, présidente de l’UNIC : « Cet engouement n’est pas un effet de mode. Il est aussi lié au fait que le prix des voitures automatiques a baissé et qu’il existe désormais un marché de l’occasion ».

Un apprentissage moins stressant pour l’élève
Les élèves ont le sentiment que ce permis est plus simple à obtenir car ils sont « dégagés » de la partie mécanique. « Il n’est pas plus facile que le B », rappelle Patrice Bessone. « Dans l’apprentissage de la conduite, ce qui est le plus compliqué c’est d’éveiller son cerveau à l’environnement. Sur les 20 heures de conduite, la part la plus importante est donnée au cognitif ». Au sein de Mobilians-ESR, ce permis représente entre 20 et 25 % de l’activité des adhérents. Le B78 a l’avantage de « plonger » quasi immédiatement les élèves dans l’analyse des situations, la prise d’informations et de décisions. Ce qui implique pour les enseignants de la conduite d’adapter légèrement le contenu pédagogique de la formation. Notamment l’apprentissage du freinage qui, sur boîte automatique, demande plus d’anticipation que sur une boîte mécanique. Cette apparente simplicité d’apprentissage ne se traduit pas pour autant par des écarts conséquents des taux de réussite. « Ils sont un chouia plus élevés » en B78, observe William Lemaître. La raison : une charge mentale moins importante que sur une voiture manuelle. « Lors de l’examen, les élèves sont moins stressés à l’idée de caler ou de rater le passage des vitesses », rappelle Patrick Crespo.

Un enseignement plus agréable pour l’enseignant
Cette absence de secousses génère un plus grand confort pour les enseignants qui ne subissent ni freinages intempestifs, ni à-coups, ni calages au milieu de la circulation. Ils sont aussi « dispensés » de l’enseignement de la partie mécanique, souvent complexe à inculquer aux élèves. « Enseigner le démarrage et l’arrêt avec une boîte mécanique demande beaucoup de patience de la part des moniteurs », rappelle Patrick Crespo. Moncef Abizid constate de son côté que la fatigue nerveuse de ses salariés affectés à une voiture automatique est moindre. « Ils sont moins stressés car ils gênent beaucoup moins les autres automobilistes », indique-t-il. C’est d’ailleurs l’un des arguments mis en avant par le gérant pour recruter de nouveaux moniteurs. Argument qui ne fonctionne pas auprès de tous. « Les pros boîte automatique ne sont pas aussi nombreux que l’on pourrait le penser », souligne William Lemaître. « Il y a encore des réfractaires qui considèrent qu’enseigner sur boîte automatique revient à mâcher le travail des élèves. Ils ne comprennent pas que la voiture automatique correspond à cette génération qui veut se faciliter la vie. C’est la raison pour laquelle ce permis va se développer. »

Christine Cabiron