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map Vie des régions — Novembre 2026

Meaux : Un BER en première ligne, mais des places d’examen toujours insuffisantes

Il y a quelques mois nous étions déjà en reportage en Seine-et-Marne, et les gérants d’auto-écoles que nous avions rencontrés à Melun et à Bois-le-Roi, tiraient déjà la sonnette d’alarme sur le manque de places d’examen qui mettait en danger leurs entreprises. À Meaux, en ce début d’automne, leurs collègues font le même constat.


Meaux, avec ses 57 000 habitants, est la commune la plus peuplée de Seine-et-Marne. Située à 45 kilomètres de Paris, très facilement accessible, cette sous-préfecture doit à son maire, Jean-François Coppé, sa visibilité et son dynamisme. Elle fait partie intégrante d’un territoire économique majeur de l’est de l’Île-de-France, le Pays de Meaux, une communauté d’agglomération de plus de 110 habitants. Elle vit cependant surtout du tourisme. On vient ici se promener dans les rues et les ruelles de la vieille ville, un tissu urbain dense hérité du Moyen-Âge. On s’arrête quelques instants pour découvrir la cathédrale Saint-Étienne et l’on se rappelle qu’en 1681, Jacques-Bénigne Bossuet est nommé évêque de la ville. Cela valut à cet évêque qui fut aussi un prédicateur de grand talent, un écrivain français et le précepteur de Louis XIV, d’être surnommé l’Aigle de Meaux. Il aura ainsi marqué Meaux de son empreinte. Rien de plus normal par conséquent qu’un des sept lycées de la ville, un lycée privé, porte son nom. « Les jeunes, collégiens et lycéens, sont nombreux dans notre ville, affirme avec raison Clémentine Sobieski qui dirige le CER CEFORAS. C’est un public qui nous intéresse tous et disons-le sans se voiler la face, la concurrence à Meaux, est rude. » On le comprend parfaitement quand on sait qu’une vingtaine d’écoles de conduite se partage un marché qui ne cesse de se tendre. « Cash », Clémentine Sobieski avoue que, dans sa vie personnelle, elle doit faire des sacrifices pour ne pas mettre son entreprise en danger. « Oui, on gagne sa vie… à condition d’aimer avoir une vie très simple. Mais ce que nous faisons est tellement passionnant ! », dit-elle en retrouvant le sourire.


Reprendre le CER de Meaux, un défi de taille
Quand elle entre dans la vie professionnelle, Clémentine Sobieski est aide-soignante. Si elle a beaucoup aimé s’occuper des personnes âgées, le métier d’enseignant lui a toujours trotté dans la tête. « Un jour, raconte Clémentine Sobieski, je me suis rappelée que lorsque j’apprenais à conduire, j’avais questionné mon enseignante sur son métier. » Elle décide alors de passer le Titre Pro ECSR et l’obtient en 2017. De façon très classique, elle est embauchée comme salariée par son centre de formation. Elle y reste quelques mois avant d’être associée dans deux autres structures où elle a largement le temps de faire ses preuves et mûrir un nouveau projet. En 2025, Clémentine Sobieski saisit l’opportunité qui lui est offerte de reprendre le CER de Meaux. Le défi est de taille, mais elle le relève et ne le regrette pas. « Pouvoir s’appuyer sur le réseau CER, c’est une force, analyse-t-elle. Je me sens vraiment très bien accompagnée, toujours soutenue. Je sais qu’en cas de problème, il me suffit de passer un coup de fil pour être aidée, y compris par les collègues des alentours avec qui nous entretenons de très bonnes relations. » C’est sans doute rassurant pour Clémentine Sobieski qui constate que le monde de l’auto-école ne va pas bien. « Nous nous battons au quotidien pour le défendre, explique-t-elle, sereine. Ce qui compte, c’est la qualité de la formation : l’élève doit être content de nous avoir choisi. Il doit se sentir accompagné, écouté. Il doit comprendre qu’il est avec nous pour apprendre et se rendre compte qu’il apprend. Avec mon équipe, nous faisons de la transmission notre priorité. Nous souhaitons aussi que tout le monde puisse avoir une chance de devenir autonome et c’est pourquoi nous avons, dans notre parc, un véhicule équipé pour accueillir les personnes à mobilité réduite. »


Des cours de 90 minutes
Au CER Meaux, Clémentine Sobieski a opté pour des cours de 90 minutes, parfois en binôme, car « une heure, c’est trop court et deux heures c’est trop long. » Cette démarche s’inscrit dans sa « philosophie d’une école de conduite » qui se doit de chercher les meilleures solutions pour que ses élèves arrivent à l’examen pratique fin prêts. « Je ne peux former des élèves que si je suis sûre qu’ils pourront se présenter. Aujourd’hui, le nombre de places d’examen est nettement insuffisant. C’est pourtant le nerf de la guerre ! Cette situation nous est préjudiciable car nous ne pouvons pas remplir nos plannings. Cela a des conséquences sur notre chiffre d’affaires et, très clairement, cela fragilise l’entreprise. Pourtant le BER de notre département n’est pas seul responsable de cette situation. Il se bat quotidiennement pour nous aider. Et l’on peut se féliciter de commencer à voir des résultats : les délais de représentation des élèves ont été réduits. » On comprend que, pour Clémentine Sobieski, le problème de places d’examen soit une source de stress surtout quand, l’autre jeudi, au moment où elle s’est connectée à RdvPermis, toutes les places s’étaient envolées. Des robots étaient-ils entrés en action, s’interroge-t-elle ? Cette question, une parmi d’autres, reste sans réponse ; mais elle n’est pas la seule à se la poser. Et à écouter les collègues du département, ce n’est là qu’une question parmi d’autres puisque d’aucuns n’hésitent pas à parler de « trafic » : certains responsables d’école de conduite monnayeraient-ils des places d’examen ? Au BER, on semble assez dubitatif, même si les difficultés pour obtenir des places d’examen ne sont pas ignorées.



Savoir rassurer les parents autant que leurs enfants
Le manque de places d’examen, Virginie et Aurélien Fraize le ressentent aussi. Il est enseignant et gérant d’AVF On The Road ; elle est son épouse et l’assistante de direction de cette auto-école située au cœur de la ville où ils se sont installés au lendemain de la crise sanitaire, en 2022. Commercial, toujours sur la route, aimant passionnément conduire, Aurélien Fraize a souhaité changer de rythme de vie au début des années 2010. Il a passé son Bepecaser en 2014 et travaillé dans plusieurs auto-écoles comme salarié. « Pendant la crise sanitaire, nous avons longuement réfléchi, raconte Virginie Fraize. Nous souhaitions travailler ensemble et monter notre propre entreprise était une solution. Assistante de direction pendant 10 ans, j’étais certaine de savoir comment la faire fonctionner. Nous avons donc cherché un local adapté à Meaux et nous avons fait le grand saut. » Virginie et Aurélien peuvent compter sur deux autres enseignants expérimentés : une complémentarité qui est une richesse et qui soude l’équipe. L’auto-école prend en charge essentiellement des élèves de 15 à 25 ans, dont une très grande partie est scolarisée dans les lycées meldois. « Dans 90 % des cas, nos élèves sont recommandés par un proche, un frère, une sœur, un ami, explique encore Virginie. Nous travaillons dans une ambiance familiale et il n’est pas rare que les jeunes restent au bureau parfois plusieurs heures. Plus globalement, les parents qui nous confient leurs enfants semblent ravis de notre prise en charge. C’est eux aussi qu’il faut souvent rassurer ! » Pour autant, « la situation n’est pas toujours simple, admet Virginie Fraize, mais nous nous sommes adaptés. Même si nous savons que nous pouvons compter sur l’aide du BER pour quelques places d’examen, cela demande d’importants efforts d’organisation. Je passe les trois quarts de mon temps à aménager et réaménager les plannings. » Grâce à ces efforts, les élèves d’AVF On The Road qui subissent un premier échec à l’examen, peuvent se représenter au bout de deux mois. Ce délai relativement court explique-t-il que Virginie Fraize reçoive beaucoup d’élèves venus d’autres auto-écoles ? La jeune femme confie essayer de répondre à leurs demandes sans pouvoir toutes les satisfaire. À AVF On The Road, les leçons durent 55 minutes et la réussite à l’examen dès la première tentative intervient au bout d’une moyenne de 31 heures de cours. « Nous n’avons pas de simulateur, ce n’est pas dans notre conception de l’enseignement, insiste Virginie. La première approche du véhicule doit être un instant de découverte le plus agréable possible. » Il n’en reste pas moins qu’Aurélien et Virginie ont quelques inquiétudes concernant l’avenir. « Quand le plein de carburant passe en quelques mois de 60 € à plus de 80 €, et dans un contexte concurrentiel que nous ne pouvons pas ignorer, nous ne souhaitons pas augmenter nos prix, expliquent Aurélien et Virginie Fraize. Aussi est-il impératif de gérer l’entreprise avec plus de rigueur encore. »


Une vie professionnelle très riche
Le prix du carburant pose de réels problèmes à l’ensemble de la profession. Même si n’est pas la première préoccupation de Berra Pokou qui vient d’installer sa B Academy sur la place de l’hôtel de ville, elle y est pourtant attentive. En faisant son budget prévisionnel, elle s’est rendu compte que c’est un paramètre essentiel à la réussite de sa toute nouvelle entreprise. « Je me suis installée à Meaux en 2025 au terme d’une histoire assez longue puisque je suis titulaire du Bepecaser depuis 2013 », dit-elle en souriant. La jeune femme, aurait aimé être professeur des écoles. Pour cela, elle aurait dû reprendre des études après son BTS d’informatique. Elle a préféré prendre une autre voie. « Le hasard a voulu qu’on me propose une place de secrétaire dans une auto-école de Seine-Saint-Denis, raconte-t-elle. J’ai ensuite été prise en alternance pendant que je préparais mon diplôme d’enseignant de la conduite et de la sécurité routière. Ce furent deux années enthousiasmantes, mais assez difficiles parce que mon emploi du temps était surchargé. » Bera Pokou passe une année comme enseignante salariée dans l’école de conduite où elle a débuté avant de démissionner pour poursuivre sa vie professionnelle dans une autre auto-école. « Conjuguer en même temps la fonction de maman solo avec une petite fille et le salariat devenait impossible et j’ai fait le choix de devenir indépendante », confie-t-elle avant d’ajouter : « Entre 2018 et 2025, j’ai acquis de l’expérience et des compétences. J’étais passée de secrétaire administrative à enseignante salariée puis à enseignante indépendante, je participais au jury TP ECSR, il fallait alors que je me lance dans une nouvelle aventure ». En 2020, elle obtient sa capacité de gestion, mais se trouve empêchée de créer sa propre entreprise par la covid. Et lorsqu’en 2025, il ne lui reste que quelques mois pour passer à l’acte, elle saute enfin le pas. « Je prenais un risque et j’étais prête à l’assumer, mais je ne voulais pas ouvrir une école de conduite toute seule. Heureusement, j’ai rencontré un enseignant qui avait le même projet que moi. Il souhaitait que ce soit à Meaux. Pour moi, ce n’était pas un problème. Nous avons donc uni nos forces et comme il n’avait pas le diplôme lui permettant d’être gérant, j’ai accepté la double fonction d’enseignante et de gérante de Dox auto-école. » La première année, tout va bien. Mais Berra Pokou se rend assez vite compte que son associé, excellent enseignant au demeurant, n’a pas la même vision globale de l’entreprise qu’elle. Son approche pédagogique des élèves est aussi assez différente. Elle décide de mettre fin à cette association et en septembre 2026 ouvre la B Academy. « Cette fois, mon projet a pris vraiment corps, explique-t-elle. Ma fille de 20 ans m’aide pour ce qui est de la communication et je compte être très présente sur les réseaux sociaux pour acquérir de la notoriété. Il faut vivre avec son temps et c’est là que tout, ou presque, se passe ».


Une nouvelle ambition : enseigner le Code au collège et au lycée
Pour ce qui est des tâches administratives, quelques semaines après l’ouverture de la B Academy, une secrétaire est venue prendre le relais de Berra Pokou qui a la ferme volonté de former, à terme, une équipe avec un ou deux autres enseignants et un alternant. « Même si le CPF n’est plus réservé qu’aux demandeurs d’emploi avec une limite à 900 euros et que les responsables des ressources humaines des entreprises ne sont pas prêts à abonder le compte de leurs salariés pour qu’ils passent leur permis alors qu’ils en ont besoin professionnellement, je vais monter un dossier de labellisation pour pouvoir au moins proposer les passerelles entre B78 et B », affirme Berra Pokou avec sérénité parce que désormais la quadra qu’elle est, croit qu’elle est sur la bonne voie. « Je voudrais également pouvoir enseigner le b.a.ba de la conduite et de la sécurité routière en collège et au lycée, confie-t-elle. C’est là que les élèves doivent apprendre le Code. Et comme ils ont du temps libre entre les cours ou quand un professeur est absent, pourquoi ne pas en profiter ? » Obtiendra-t-elle de se faire déléguer cette mission ? La battante qu’elle est, n’a pas dit son dernier mot. En attendant, elle qui a concrétisé sa vocation d’enseigner, souhaite laisser une trace positive dans la tête de ses élèves et que, des années plus tard, ils se souviennent avec le sourire de leur apprentissage de la conduite avec elle. 


Marc Horwitz


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