Le Beauvaisis compte 125 000 habitants, Beauvais qui en est la principale ville, 56 000. Ce territoire se caractérise par la jeunesse de sa population avec une importante représentation de la tranche d’âge des 15-24 ans. Pour les écoles de conduite de proximité comme pour le centre de formation aux métiers du transports, c’est une chance qu’il faut savoir saisir.
Le territoire du Beauvaisis a su développer, à 90 minutes au Nord de Paris, un tissu industriel varié autour de la mécanique, l’agroalimentaire, le cosmétique, la construction, le recyclage, le textile, etc. Il propose également « une offre académique diversifiée » avec plusieurs établissements d’enseignement supérieur, dont UniLasalle spécialisé dans les domaines des sciences de la terre, de l’agriculture, de l’environnement, de l’alimentation et des biotechnologies. Quant au Campus Connecté, il innove : chaque étudiant bénéficie d’un accompagnement sur mesure, adapté à ses besoins. Cette prise en charge est « très tendance » ce que les enseignants de la conduite beauvaisiens, à commencer par la gérante du CER Soluroute, Manon Leroy, résument en disant qu’il leur faut « accompagner leurs clients avec beaucoup d’attention et de bienveillance ».
D’apprentie à dirigeante en à peine 6 ans
Installée en centre-ville, la jeune dirigeante d’entreprise de 26 ans fait preuve d’un sacré dynamisme. Titulaire d’un BTS « Gestion de la PME », d’une Licence « Développement commercial » et d’un Master « Communication », elle a rejoint le monde des écoles de conduite comme apprentie en 2019. « Je vous assure pourtant que je ne voulais pas travailler dans une auto-école, s’amuse-t-elle. J’avais eu une tellement mauvaise expérience en tant qu’élève ! » Mais Manon Leroy va rapidement se prendre au jeu. La jeune femme apprécie le contact avec la clientèle et l’autonomie pour la gestion que lui laisse Cyril Cocagne, le gérant de la structure qu’elle a intégrée. « En 2025 quand il décide de vendre, je me pose de multiples questions… et je me lance. » La voilà à la tête d’une équipe qu’elle connaît bien et qui lui fait confiance.
Adhérer au réseau CER, une évidence
« L’expérience ne pouvait être globale que si je devenais, moi aussi, enseignante de la conduite », dit-elle. Elle décide alors de passer le Titre Pro ECSR et l’obtient en janvier 2026. Ses collègues et salariés l’accompagnent jusqu’au moment où elle donne ses premières leçons seule en mai 2026. « Désormais, je me partage entre le bureau où je suis secondée par une enseignante et la voiture, explique Manon Leroy visiblement heureuse. Cette double compétence est un plus pour gérer au mieux mon entreprise. » C’est aussi très utile pour mener à bien sa mission dans le cadre de ses responsabilités au sein du réseau CER puisqu’elle est « adjoint de la région 03 », les Hauts-de-France. « Je n’ai jamais eu de doute : Soluroute avait rejoint le réseau CER juste avant mon arrivée, j’ai décidé d’y rester. Les raisons en sont simples : CER apporte de la notoriété et de la visibilité, cela rassure les clients et puis surtout cela permet un partage d’expériences essentiel pour progresser. » Manon Leroy ne cache pas qu’elle apprécie l’enthousiasme de Karl Raoult, le président du réseau CER. « Il manage ses équipes avec une incroyable énergie, il pousse à sortir de sa zone de confort, et c’est pour cela que je me suis engagée même si arriver à tout faire est parfois du sport ! », dit la gérante du CER Soluroute qui doit, parallèlement à son activité professionnelle, jongler avec sa vie de famille puisqu’elle est maman d’un petit Maho d’un an. « Le plus compliqué aujourd’hui est de trouver des solutions pour proposer le meilleur service possible, confie Manon Leroy. Certes nous avons assez de places d’examen au permis B, mais pour assurer suffisamment de fluidité dans nos cours, nous devons échelonner les heures de conduite et organiser les plannings afin d’accompagner au mieux nos élèves. » Pour la moto, c’est plus difficile : nous avons moins de places ce qui est un obstacle à notre développement ».
Un partenariat avec une sophrologue
Le jeune dirigeante ne cesse de se poser des questions sur l’avenir. Elle a des projets plein la tête. Elle souhaite développer Soluroute avec de nouveaux outils pédagogiques et élargir progressivement l’offre. Elle s’interroge sur la voiture électrique à un moment où, depuis février 2026, son budget carburant pour ses cinq véhicules connait une hausse significative. « À titre personnel, je roule en voiture électrique et j’aimerais que mon école de conduite en soit équipée, mais les loyers sont encore trop chers. Je pense cependant que ce serait plus confortables pour tout le monde. Pour avoir son permis, nos élèves prennent, en moyenne, entre 30 et 35 heures de cours et on s’achemine vers les 40 heures. Les gens doivent changer leur façon de voir les choses et regardent la boîte automatique et la passerelle comme une opportunité de se simplifier la vie. Ils pourraient alors réussir leur permis avec un budget plus raisonnable et avec, peut-être, moins de stress. Car c’est également un problème auquel nous sommes confrontés : la perte de moyens le jour J. Aussi avons-nous mis en place un partenariat avec une sophrologue et offrons à nos élèves quelques séances. Peu d’entre eux se laissent tenter. Sans doute ne communiquons-nous pas assez sur ce que la sophrologie apporte », conclut Manon Leroy qui affirme n’avoir qu’un objectif : que les gens viennent à l’auto-école par plaisir et garde un bon souvenir de ce permis si chèrement acquis. Très exactement aux antipodes de ce qu’elle a connu.
Une amitié de plus de 20 ans au service de l’école de conduite
Si elle avait frappé à la porte de Stéphane Matinez et Boris Colart, elle aurait vraisemblablement eu un tout autre souvenir. À l’auto-école « Les copains de Feufeu » où le premier est enseignant et directeur pédagogique, le second directeur financier et administratif, le maître-mot est « convivialité ». Il faut dire que la petite entreprise des deux hommes a une longue histoire. Elle s’est bâtie autour d’une amitié entre deux élèves du lycée Félix Faure de Beauvais. C’était le 4 septembre 1995 et depuis ils ne se sont pas quittés. « Nous nous étions fait une promesse : monter ensemble une salle d’arcade, autrement dit un établissement de loisirs proposant des jeux d'arcade, des flippers, des baby-foot, etc. ou un garage automobile, raconte Stéphane Martinez. Nous avons cependant continué nos études et choisi la comptabilité comme discipline. Seulement voilà, resté assis derrière un bureau, ce n’était pas mon truc. » Stéphane Martinez sera donc commercial plusieurs années avant de décider de se fixer à la naissance de sa fille. « Depuis que j’avais obtenu mon permis en 1999, je souhaitais être « moniteur ». Je n’avais pas les 25 000 francs pour financer cette formation. Le hasard a voulu qu’en 2005, je sois amené à faire un devis pour le vitrage d’une auto-école. Et là, mon client m’apprend comment je peux obtenir des aides. Alors j’ai foncé ! » Bepecaser en poche en juin 2006, il travaille quelques semaines dans l’école de conduite où il a fait son stage avant de rejoindre un collègue qui l’embauche en CDI. Il reste trois ans dans cette entreprise avant de faire une pause de deux années. « Un jour j’apprends qu’un local se libère au pied de l’immeuble où j’habitais. Je dis à Boris, mon vieux complice : « Et si on montait une auto-école ? ». Le projet voit le jour en avril 2013. Le 13 septembre, nous obtenons notre agrément, le 18, l’auto-école « Les copains de Feufeu » ouvre ses portes ». Les premiers clients sont les élèves du lycée Felix Faure et aujourd’hui encore ils représentent trois-quarts de la clientèle. Le bouche-à-oreille après plus de 13 ans d’activité joue un rôle essentiel même si les réseaux sociaux montent en puissance depuis quelques temps déjà. « Ce n’est pas décisif, explique Stéphane Martinez, mais cela donne de la visibilité. Je dois ajouter que nous avons toujours des relations étroites avec l’Association des parents d’élèves du lycée Felix Faure et que nous sommes disposés à faciliter l’accès à nos cours des élèves qui étudient, travaillent et habitent sur le campus UniLassalle, cette mini-ville dans la ville, où nous leur proposons d’aller les chercher et de les raccompagner ; une prestation appréciée. »
Des jeunes qui ont leur Code mais qui ne maîtrisent pas les fondamentaux
Stéphane Martinez note que les relations avec le BER sont bonnes et que, bien sûr, il n’a jamais assez de places d’examen, mais qu’il a connu situation bien pire. « La seule demande à laquelle je ne peux pas répondre, dit-il, c’est la demande urgente. Nous sommes pourtant sans cesse sollicités, surtout d’élèves qui n’ont pas eu leur permis du premier coup et tentent leur chance en changeant d’école ou en choisissant une auto-école de proximité après avoir fait leur apprentissage inscrit sur une plateforme. » S’il peut se vanter d’un taux de réussite avoisinant les 70 % à comparer avec les 53 % de la moyenne nationale, il sait aussi que c’est le fruit d’un enseignement rigoureux. Aussi enrage-t-il contre les élèves qui viennent le voir en ayant déjà passé le Code après s’être exercé sur des plateformes gratuites parce qu’ils ne savent rien et qu’il faut tout refaire en voiture. Une perte de temps et d’argent ! « Pour eux, mais plus globalement, je m’interroge sur la pertinence du forfait 20 heures quand il faut au moins 30 heures avant de présenter un élève à l’examen, fait-il remarquer. Avec 20 heures, on peut tout juste acquérir les bases de la conduite, mais on n’a pas assez de mises en situation ! Il faut préparer nos jeunes à affronter tous les dangers pour qu’ils soient les plus sereins possible le jour où ils auront un inspecteur à leur côté. » Stéphane Martinez supporte de plus en plus mal ses conditions d’exercice. Cela le rend pessimiste parce que « le prévisionnel est devenu impossible » et que travailler sans visibilité ne le satisfait pas. Pourtant, il ne cède en rien à l’adversité. Au contraire ! Il fait preuve d’un réel enthousiasme parce qu’il « aime son boulot » comme il dit.
Un centre de formation professionnelle aux métiers du transport à taille humaine
C’est également ce que dit Lucie Clabaux, la responsable du centre ECF Cotard de Beauvais depuis 2 ans. Ici pas de permis B ou A, mais des formations professionnelles « poids lourd » et par conséquent des permis C, CE, D, mais aussi B96 et BE. Une dizaine de salariés travaillent sur le site de Beauvais, mais le groupe qui compte 4 autres centres de formation et 3 auto-écoles en Normandie est fort d’une soixantaine de salariés. « Notre histoire commence il y a 50 ans quand Fernand Cotard fonde une première auto-école. Il en ouvre d’autres avant de créer des centres de formation professionnelle », explique Lucie Clabaux. Quand il décède en 2023, les salariés reprennent l’entreprise comme il le souhaitait. Ils fondent une Société coopérative de production (SCOP) dont le P-dg est aujourd’hui Thierry Winderickx et qui compte une quarantaine de « scopeurs » salariés. « Je ne connaissais pas du tout l’univers des écoles de conduite et pas plus celui de la formation professionnelle, explique Lucie Clabaux. Mais je suis surtout curieuse de tout et rien ne me fait peur au niveau professionnel. L’offre de l’ECF Cotard était alléchante et j’ai compris que j’allais beaucoup apprendre. D’autant plus que c’est une structure à taille humaine. J’arrivais dans un centre « vierge » de toute administration. Un très gros challenge m’y attendait ! ». Sur les trois pistes de la zone industrielle Avelon, à la sortie de Beauvais, les sessions de formation aux métiers du transport de marchandises et de voyageurs, se succèdent. Elles accueillent un minimum de 5 personnes, un maximum de 16 pour les Titres Pro et de 10 stagiaires pour les permis « secs ». Les entreprises qui confient des stagiaires à l’ECF Cotard pour passer leur Titre Pro avant une embauche en CDI, bénéficient du dispositif de Préparation opérationnelle à l’emploi individuelle (POEI) financé à 70 % par France Travail et 30 % par l’OPCO Mobilité. Les autres stagiaires doivent, la plupart du temps, financer eux-mêmes leur permis, grâce notamment à leur CPF, quand ils ne sont pas financés par leur employeur. Selon les projets professionnels, France Travail peut intervenir très ponctuellement.
Une vaste palette de formations
L’ECF Cotard de Beauvais forme les conducteurs de grandes entreprises comme Grisel, Transdev, Keolis Enedis, le Service du Commissariat des Armées, Adecco, mais aussi ceux des mairies du Beauvaisis, voire d’autres départements. « On aurait tort de croire que notre centre ne prépare qu’à des Titres Pro ou à des « permis secs », explique encore Lucie Clabeaux. Comme nos visiteurs ont pu le voir lors de nos Portes ouvertes du 15 juin, une journée qui permet d’échanger avec les formateurs et nos partenaires locaux pour comprendre les différents métiers de conducteur routier ou conducteur de transport en commun, d’essayer nos simulateurs, de monter dans les véhicules etc., on peut également sur notre site faire une formation SST (Sauveteur-secouriste du travail) ou une formation « Sécurité routière ». Destinée aux entreprises, cette dernière lancée il y a peu, vise à acquérir les compétences nécessaires pour intervenir auprès des conducteurs et les donneurs d’ordre afin de les sensibiliser aux bonnes pratiques de conduite. » Il existe enfin une formation à l’écoconduite. « Les demandes n’étaient pas régulières jusqu’ici, indique Lucie Clabaux, mais cette formation connaît un net regain d’intérêt depuis la flambée des prix des carburants. » Cela explique sans doute que des écoles de conduite de proximité, tout à fait compétentes dans ce domaine, se soient, elles aussi lancées sur ce créneau dans le cadre de la diversification de leurs activités.
Marc Horwitz