L’UNIC a tenu son congrès annuel à Arles, dans les Bouches-du-Rhône, les 25 et 26 septembre derniers. Sans surprise, la hausse du prix des carburants et le manque de places d’examen ont occupé une large part des discussions.
Augmenter ou ne pas augmenter le coût de la formation au permis, telle est la question que se posent nombre d’écoles de conduite. Si certains ont déjà majoré leurs tarifs, d’autres comme Benjamin Panis, président de l’UNIC, hésitent encore à faire supporter la hausse du coût des carburants à leurs élèves. Mais après plusieurs semaines avec des carburants qui dépassent souvent allégrement les 2 euros du litre, conserver un équilibre financier devient de plus en plus difficile. « Pour une école de conduite, le carburant n’est pas une dépense accessoire : c’est un outil de travail, déclare le Benjamin Panis. Chaque heure de conduite nécessite de faire rouler un véhicule. Chaque hausse du carburant augmente donc directement le coût d’exploitation de l’entreprise. » C’est pourquoi le président de l’UNIC demande à l’État de faire un geste financier qui bénéficierait à la profession, mais pas uniquement : « En France, nous devons aujourd’hui ouvrir le débat sur un allègement fiscal beaucoup plus important, pouvant aller jusqu’à 50 centimes par litre, plutôt que de multiplier les aides ciblées. Un allègement fiscal directement à la pompe permettrait de donner une véritable bouffée d’air aux écoles de conduite et à l’ensemble des professionnels qui dépendent de leur véhicule pour travailler, tout en bénéficiant à tous les automobilistes. » Benjamin Panis est d’autant plus favorable à une baisse des taxes sur le carburant plutôt qu’à des aides ciblées et ponctuelles que « la situation géopolitique instable est amenée à durer ».
Une opération de communication pour se faire entendre du gouvernement
Si pour l’heure, la demande de l’UNIC n’a semble-t-il pas été entendue par le gouvernement, Pierre Chasseray, directeur général de l’association 40 millions d’Automobilistes, très sensible au sujet de la hausse des carburants, est venu apporter son soutien à la profession. « On nous explique qu’il faut d’abord attendre une amélioration de la situation internationale pour faire baisser les taxes. Mais les auto-écoles comme tous les automobilistes paient aujourd’hui le prix fort. Les aides ciblées ne font pas disparaître la fiscalité qui s’applique à chaque plein. Si le gouvernement veut réellement agir sur le prix payé par les Français, il doit utiliser tous les leviers dont il dispose, y compris le levier fiscal », déclare Pierre Chasseray, avant de poursuivre : « Chaque euro qui n’est pas dépensé dans les taxes sur le carburant est un euro qui peut être consacré à autre chose : à la consommation, aux dépenses du quotidien, aux déplacements professionnels ou aux activités économiques. Lorsque les Français réduisent leurs déplacements parce qu’ils ne peuvent plus payer leur plein, c’est aussi l’économie française qui en subit les conséquences. La question doit donc être posée dans les deux sens : combien coûte une baisse de taxes, mais aussi combien coûte à l’économie une population qui ne peut plus se déplacer ? Si l’on ponctionne les Français à coup de taxes sur leur mobilité, cela va se traduire par une baisse de la croissante. Vous êtes les grands oubliés ! Les auto-écoles sont indispensables à l’économie française. Si le gouvernement ne veut pas que le coût de la formation au permis augmente, il suffit de faire sauter la TVA pour la formation au permis ! » Alors pour tenter de se faire enfin entendre du gouvernement, Pierre Chasseray propose aux auto-écoles de se mobiliser, non pas avec une nouvelle manifestation, mais au travers d’une opération de communication. Cette opération consiste à demander aux dirigeants d’auto-écoles de se filmer en expliquant brièvement face caméra quel est l’impact de la hausse du coût des carburants sur l’économie de leurs entreprises puis, de déposer symboliquement les clés de l’auto-école devant la porte. « L’idée c’est de dire : je ne veux pas augmenter le prix de la formation, mais je vais devoir y être contraint. Si l’on rassemble une cinquantaine de vidéos, on peut effectuer un montage et lancer une opération de communication qui s’intitulera « les clés sous la porte ». Le message est encore plus fort quand cela vient du terrain », souligne Pierre Chasseray, avant de se demander, face à la salle, pourquoi l’argent des radars n’aide pas à financer le permis. Sur ce point Michèle Lugrand, ajointe à la déléguée interministérielle à la Sécurité routière, a tenu à rappeler que 76 % des recettes générées par les amendes délivrées par les radars reviennent à la Sécurité routière et servent à améliorer les aménagements de la collectivité, le fonctionnement du permis à points, mais aussi à financer les différents plateaux techniques destinés aux accidentés de la route.
Un manque de places d’examen, encore et toujours
Autre sujet brulant largement abordé lors de ce congrès : le manque de places d’examen. Selon Michèle Lugrand, « on ne peut plus parler de pénurie ; en un an, les délais d’obtention d’une place d’examen ont baissé de façon conséquente ». On est passé d’un délai moyen national de 81 jours en 2025 à 71 jours en 2026. Avec cependant toujours des situations très disparates en fonction des départements, et notamment une tension très forte en Île-de-France. Si la déléguée adjointe se dit satisfaite que le gouvernement ait pu amorcer une baisse des délais, notamment grâce aux mesures du plan Buffet et du rapport de l’IGA, elle rappelle que la DSR poursuit son travail pour fluidifier le passage des examens pratiques. Ainsi, la DSR a mis en place une nouvelle répartition des effectifs d’inspecteurs dans les départements afin de mieux coller aux besoins localement. Elle a aussi débloqué des examens supplémentaires. Enfin, la DSR a demandé d’inscrire dans le projet de loi de Finance 2027 une augmentation du nombre d’inspecteurs supplémentaires, ainsi que le recrutement de futurs examinateurs au sein du personnel de La Poste. Mais il faudra « voir ce qui sera retenu dans le texte final », a précisé l’adjointe à la déléguée interministérielle. De son côté, l’UNIC a réfléchi à trouver des solutions pour permettre aux écoles de conduite de travailler plus sereinement. S’il n’est pas question d’inventer des places qui n’existent pas, l’UNIC propose d’organiser l’attente des places de façon transparente. Michèle Lugrand a dit ne pas être contre la proposition de l’UNIC, mais qu’il fallait l’étudier pour voir s’il n’y avait pas d’effets de biais, qui pourraient notamment faire à nouveau émerger un grand nombre d’inscriptions en candidat libre, ce qui n’est pas ce vers quoi veut tendre la DSR.
Mieux lutter contre la fraude
L’occasion d’évoquer le problème de la fraude. Catherine Bachelier, sous-directrice à l’Éducation routière, a rappelé que l’État avait retiré l’agrément à trois sociétés organisatrices des examens théoriques qui ne respectaient pas le cahier des charges. De son côté, Frédéric Gillodes, chef du Bureau de modernisation du permis, a indiqué que 60 centres d’examen privés avaient été fermés en 2025 et 30 depuis le début de l’année. De même que plus de 8 000 permis de conduire obtenus dans des conditions de fraude, avaient été annulés en 2025. Malgré ces actions, la profession continue de constater des arnaques et fraudes en tout genre. Benjamin Panis a donc demandé « plus de soutien de l’État car lorsque les collègues remontent des informations au niveau local, il n’y a pas toujours de suivi de la part de l’Administration ».
Assouplissement administratif pour l’ASSR
Pour finir sur des notes positives, Michèle Lugrand a annoncé que les jeunes allaient bientôt pouvoir passer l’épreuve théorique générale dès 14 ans. Et que l’obtention du Code pourra être une alternative à l’attestation scolaire de sécurité routière (ASSR) pour ceux qui ne l’ont pas passée ou qui ont perdu leur attestation. Une satisfaction pour Benjamin Panis qui avait alerté à plusieurs reprises la DSR sur la difficulté de passer ou de repasser l’ASSR dans un Greta. L’adjointe à la déléguée interministérielle a cependant précisé que le Code sera une alternative, mais que l’ASSR ne sera pas supprimée. Par ailleurs, la DSR n’envisage pas d’abaisser l’accès à l’AAC à 14 ans. On pourra donc passer son Code dès 14 ans, mais il faudra toujours attendre d’avoir 15 ans pour pouvoir s’inscrire en conduite accompagnée. Enfin, Benjamin Panis a annoncé à l’ensemble de ses adhérents que grâce au travail que l’UNIC a mené avec le député du Gard, Pierre Meurin, une proposition de loi visant à modifier l’article L.211-4 du Code de la route a été déposée à l’Assemblée nationale, afin d’abaisser l’âge d’accès à la conduite supervisée à 17 ans. Enregistrée le 7 juillet dernier à la Présidence de l’Assemblée nationale, elle pourrait être inscrite au planning du débat parlementaire prochainement et peut-être adoptée d’ici la fin de l’année.