Initialement annoncées pour mars, puis avril 2026, les conclusions du rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA) portant sur le manque de places d’examen, ont finalement été dévoilées aux organisations professionnelles le 17 juin, par Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la Citoyenneté, qui a ensuite fait part de ses intentions.
Voilà un rapport qui était très attendu par la profession. Le 17 juin dernier, Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la Citoyenneté a reçu les organisations professionnelles (Mobilians-ESR, UNIC et UNIDEC), ainsi que les représentants des inspecteurs du permis de conduire (Snica-FO et Unsa-Saneer) pour leur présenter le rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA). Étaient également présents à cette réunion : Dominique Lepidi, directeur de cabinet de la ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la citoyenneté, Estelle Balit, déléguée interministérielle à la Sécurité routière, ainsi que Michèle Lugrand, son adjointe, Catherine Bachelier, sous-directrice à l’Éducation routière et son adjoint Tristan Riquelme.
Une ministre très impliquée
Intitulé Réformer l’apprentissage et l’examen du permis de conduire, ce rapport d’une centaine de pages dresse un état de la situation actuelle et propose 27 recommandations (voir encadré) à mettre en place à plus ou moins long terme pour régler le problème structurel des délais d’obtention de places d’examen. Comme l’a rappelé Marie-Pierre Vedrenne, « le permis de conduire demeure un enjeu essentiel de mobilité, d’autonomie et d’égalité des chances, particulièrement dans les territoires ruraux ». L’ambition affichée de la ministre est donc de « rendre le permis plus accessible, plus rapide et plus adapté aux réalités du quotidien, sans jamais transiger sur l’exigence de sécurité routière ». Force est de constater que cette dernière semble très investie dans cette mission. Outre la présentation des 27 mesures préconisées dans le rapport, Marie-Pierre Vedrenne a joué la carte de la transparence et laissé filtrer les orientations qu’elle souhaitait voir prises par le Gouvernement.
Recrutement d’inspecteurs
La principale mesure concerne le renforcement des moyens humains avec le recrutement annoncé pour 2027 de 27 inspecteurs supplémentaires qui permettraient d’atteindre enfin l’objectif des 100 postes supplémentaires annoncés à l’été 2023 par Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur. En effet, comme l’a indiqué la déléguée interministérielle à la Sécurité routière, Estelle Balit, lors du dernier congrès de Mobilians-ESR, seuls 38 nouveaux postes d’inspecteurs ont été budgétés en 2024, puis 15 en 2025 et 20 en 2026, soit un total de 73 postes supplémentaires créés depuis 2023. Il manque donc bien 27 créations de postes pour atteindre les 100 initialement promises. L’objectif est d’augmenter significativement la capacité d’examen, avec une production estimée entre 60 000 et 70 000 examens supplémentaires par an. Pour acter la création de ces 27 postes, la ministre entend convaincre Bercy d’inscrire la mesure dans la loi de Finances 2027. À noter que si les organisations professionnelles se réjouissent de cette annonce, elles rappellent qu’il faudrait plutôt prévoir 150 postes supplémentaires pour répondre à la demande grandissante de places d’examen. En parallèle du recrutement d’inspecteurs, l’embauche d’examinateurs issus du personnel de La Poste doit se poursuivre (une vingtaine de postes d’examinateurs issus de La Poste ont d’ailleurs été budgétés pour l’année 2026). Afin de fidéliser les examinateurs qui arrivent en fin de contrat avec l’État et qui souhaitent se reconvertir en inspecteur du permis de conduire et de la sécurité routière, il serait question de proposer une formation à l’INSERR plus courte que la formation initiale prévue pour devenir IPCSR. Objectif : ne pas obliger des examinateurs qui ont déjà une expérience de trois ans sur le terrain à repasser par la case départ, comme c’est actuellement le cas. D’une part, c’est assez démotivant pour eux. D’autre part, une formation plus courte (sans rien renier au niveau d’exigence des compétences) permettrait d’avoir du personnel opérationnel plus rapidement sur le terrain. Le recours accru à des inspecteurs retraités ainsi que la poursuite des dispositifs permettant d’augmenter le nombre d’épreuves réalisées figurent également parmi les pistes retenues. Le rapport souligne par ailleurs la nécessité d’un meilleur pilotage territorial afin de réduire les fortes disparités observées entre départements. Une recommandation qui a été évidemment validée par la ministre. Pour leur part, les organisations professionnelles ont insisté sur les difficultés persistantes dans certains territoires particulièrement sous tension et sur l’importance de renforcer les audits et les mécanismes de suivi local, afin d’être plus réactif et de ne pas laisser un département s’enliser dans la pénurie de places d’examen.
Augmentation du taux de réussite
L’amélioration du taux de réussite est également identifiée comme un levier majeur pour réduire les délais d’obtention de places d’examen. Selon les données de la Délégation à la Sécurité routière, chaque point de réussite supplémentaire permettrait d’économiser environ 15 000 examens au niveau national (soit l’équivalent de 4,6 IPCSR). Une réflexion est engagée pour mieux intégrer cet indicateur dans les modalités d’attribution des places d’examen, sans pour autant revenir à la méthode nationale d’attribution des places d’examen (MNA). On comprend cependant que l’idée est de responsabiliser un peu plus les élèves comme les écoles de conduite, afin que seuls les candidats ayant un niveau suffisant puissent se présenter à l’examen pratique, afin de ne pas consommer de places inutilement. Toujours dans le but d’éviter d’avoir des candidats qui se comportent en consommateurs, la ministre n’a pas écarté l’idée de rendre l’examen pratique payant à partir d’une troisième présentation. Enfin, dans la lignée de ce qui a été engagé en 2023 sur l’étude des genres dans la formation à la conduite, la ministre souhaite qu’un travail soit effectué pour réduire les biais de genre lors du passage de l’examen. Rappelons en effet que les femmes ont un taux de réussite à l’examen pratique plus faible que les hommes, alors qu’elles sont en général plus appliquées lors de la formation et qu’une fois le permis obtenu, elles ont moins d’accidents que les hommes. Ce paradoxe avait conduit la DSR à s’interroger sur les raisons de ce phénomène. S’il était apparu que les femmes sont souvent plus émotives et perdent plus facilement leurs moyens lors de l’examen, l’étude avait aussi montré que la plupart des IPCSR ne s’adressaient pas aux candidates de la même façon qu’aux candidats. C’était souvent fait de manière inconsciente, mais cela pouvait avoir un impact non-négligeable sur le taux de réussite. C’est pourquoi, un module sur le sujet a été ajouté au programme de formation initiale des IPCSR dès 2023. Mais le Gouvernement prévoit d’intégrer un module dans la formation continue, afin de sensibiliser l’ensemble du corps des inspecteurs et ainsi d’augmenter le taux de réussite des femmes, et plus largement, le taux de réussite général. Par ailleurs, afin de faire remonter le taux de réussite des épreuves théoriques et surtout le niveau de connaissance du Code de la route, Marie-Pierre Vedrenne envisage d’imposer un délai de 15 jours entre deux présentations à l’examen.
Promouvoir la conduite accompagnée
L’intérêt de la conduite accompagnée fait l’objet d’un consensus tant au sein des organisations professionnelles que du Gouvernement. Les résultats présentés confirment son efficacité, avec un taux de réussite supérieur de 20 % au premier passage par rapport à la filière classique et une réduction de 30 % des accidents durant la première année de conduite. Le Gouvernement souhaite donc relancer fortement ce dispositif, notamment à travers des campagnes nationales de communication et l’étude d’un éventuel accès au Code de la route dès 14 ans.
D’autres pistes de réflexions
Plusieurs évolutions de la formation ont également donné lieu à des discussions lors de cette réunion, qui a duré plus de 2 heures : augmentation du volume minimal de formation à 28 heures (qui ne semble pas être retenue par le Gouvernement), parcours davantage personnalisés selon les profils des élèves et développement de la formation sur véhicules à boîte automatique avec passerelle vers la boîte manuelle, etc. Cette dernière option est particulièrement soutenue par les organisations professionnelles qui y voient un moyen d’améliorer la réussite à l’examen, de réduire les coûts de la formation et de mieux répondre aux évolutions du parc automobile. Quoi qu’il en soit, si la ministre a donné ses orientations, l’essentiel reste à faire. De nouvelles réunions de travail entre le ministère et les organisations professionnelles devraient ainsi être programmées dès cet été.