Il n’y a pas un jour sans que l’on entende parler d’intelligence artificielle (IA). Au-delà de l’effet de mode, l’intelligence artificielle peut-elle être une aide quotidienne pour piloter une école de conduite ?
Assiste-t-on à une révolution numérique avec l’arrivée de l’intelligence artificielle ? En réalité, l’intelligence artificielle, plus communément désignée par les deux premières lettres « IA » n’est pas si récente comme l’exposait en novembre dernier, lors du congrès ECF à Biarritz, Luc Julia, ingénieur et informaticien français, désormais installé aux États-Unis, et l’un des concepteurs de l'assistant vocal Siri. « La première IA arrive dès 1956, cela fait donc longtemps qu’on l’utilise. On pourrait même remonter à 1642 quand Pascal invente la Pascaline, la première machine à calculer. L’IA n’est donc pas une révolution, mais une évolution. »
L’évolution est en marche
Une évolution déjà bien en marche puisque fin 2025, OpenAI comptait pas moins de 700 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires, soit environ 10 % de la population adulte mondiale. L’utilisation de l’IA entre donc peu à peu dans la vie quotidienne et les habitudes de la population mondiale. Selon une étude réalisée en septembre 2025 par des chercheurs d’OpenAI et des universités de Harvard dans le Massachusetts et de Duke en Caroline du Nord, ChatGPT est essentiellement utilisé pour demander des conseils pratiques, rechercher de l’information, rédiger des emails ou des documents et corriger des textes. Les usages techniques comme la programmation ou l’analyse de données sont nettement moins fréquents puisqu’ils ne représentent même pas 5% des demandes. Enfin, moins de 2 % des usagers utilisent ChatGPT comme une thérapie ou pour avoir de la compagnie.
Qu’est-ce que l’IA et l’IA générative ?
Mais concrètement, qu’est-ce que l’IA et l’IA générative ? L’IA est basée sur des calculs informatiques prédictifs. En d’autres termes, « l’intelligence artificielle n’a rien d’intelligent, elle fonctionne à partir d’algorithmes » comme l’explique Olivier Martinez, consultant et coach en IA, professeur affilié à Sciences Po Paris. Quant à l’IA générative, elle utilise des algorithmes avancés qui lui permettent de créer des données à partir d’exemples existants (texte, image, musique).
Quelles sont les limites de l’IA ?
« L’IA n’a pas de conscience », reprend Olivier Martinez, du moins pour le moment. Elle pioche dans une immense base de données alimentée par l’ensemble des publications et documents accessibles sur Internet, sans avoir forcément de discernement sur ce qui est vrai et sur ce qui relève de la désinformation. Un peu comme si un élève faisait un devoir en compilant bêtement des passages des devoirs de ses camarades sans vérifier que ce qu’ils ont écrit est véridique. Conséquence : les réponses données par l’IA peuvent comporter des erreurs. Dans un article publié le 5 septembre 2025, Le Parisien révélait que sur 30 requêtes lancées en août 2025 à Perplexity, 46,7 % des réponses contenaient de fausses informations. On arrivait à 40 % d’erreurs pour ChatGPT, 36,7 % pour Mistral, 33,3 % pour Grok, 16,7 % pour Gemini et 10 % pour Claude. Pour limiter ces erreurs, mieux vaut ne pas être trop vague dans le prompt (instruction ou question que l’on donne à un modèle d’IA pour guider la génération de contenu) et lui fournir vous-même les documents sur lesquels vous lui demandez de s’appuyer. Par exemple, si vous demandez à l’IA de faire une synthèse de l’évolution de la mortalité routière des jeunes de18-25 ans sur 10 ans en France, elle vous répondra en se basant sur les informations qu’elle a trouvé sur Internet, sans faire la différence entre le vrai du faux. En revanche, si vous lui posez la même question en lui donnant les bilans de l’accidentologie réalisés par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière sur les dix dernières années et en lui demandant de se baser sur ces documents, l’IA s’appuiera sur ces données ; vous limitez ainsi les erreurs. Mais attention à ne pas lui confier des données confidentielles, surtout si vous utilisez un service gratuit, car vous ne savez pas où partent ces données… Elles pourraient bien nourrir les recherches d’autres utilisateurs. Vous l’aurez compris, l’IA n’est pas une baguette magique et ne remplace pas complètement l’intervention humaine. Mais bien utilisée, elle augmente la capacité humaine, un peu comme si vous aviez un super-assistant.
Des chatbot et callbot pour renseigner à votre place
Justement, comment l’IA peut-elle aider une école de conduite ? Elle peut jouer le rôle d’assistant de votre secrétaire en donnant des informations, via un chatbot (un agent conversationnel) sur votre site Internet. Concrètement, lorsqu’une personne se rend sur la page d’accueil de votre site Internet, une pastille apparaît avec la photo d’une personne qui peut être réelle (votre secrétaire, par exemple) ou virtuelle, ou encore une simple icône. Le chatbot incite l’internaute à poser des questions en lui demandant via une phrase écrite : « Comment puis-je vous aider ? ». La personne peut alors poser des questions sur les heures d’ouverture, sur le type de formations dispensées par l’auto-école, les tarifs, etc. Une réponse s’inscrit alors sur l’écran. Autre solution, mais vocale : le Callbot. C’est globalement le même principe que le chatbot, mais adapté au téléphone. Lorsqu’une personne appelle l’école de conduite, un agent conversationnel lui demande « en quoi puis-je vous aider ? » et répond aux questions posées par l’interlocuteur. Avantages : cela évite à la secrétaire de devoir, par exemple, répondre à des questions simples et récurrentes sur les horaires ou le type de formations dispensées et ainsi lui libérer du temps pour effectuer des tâches plus qualitatives comme la réservation de places sur RdvPermis – si vous n’utilisez pas déjà un robot pour la prise de places. Cela permet aussi, dans notre société où l’immédiateté est devenue reine, de répondre aux questions 7j/7 et 24h/24, notamment quand l’auto-école est fermée et ainsi ne pas perdre d’appels. Avec un outil un peu plus élaboré, il est même possible de récupérer le contact afin de le transformer en prospect, puis en client. Pour autant, même si les chatbots et les callbots sont de plus en plus sophistiqués et peuvent, par exemple, s’adapter au type de langage adopté par la personne qui pose les questions (en optant pour le tutoiement ou le vouvoiement, par exemple), ils ne remplacent pas encore totalement une secrétaire. Il y aura toujours des demandes spécifiques qui réclament une réflexion humaine. Du moins, pour le moment !
Un assistant administratif
L’IA peut également être une aide non-négligeable au niveau de l’administratif, en classant les emails selon des critères définis, voire même en rédigeant certains emails ; en gérant le planning pour optimiser l’affectation des enseignants de la conduite et réduire les temps morts ou les kilomètres parcourus si l’enseignant va chercher les élèves à un point défini ; en identifiant les élèves qui sont prêts à être présenté à l’examen ; en répondant à des appels d’offres en se basant sur des documents déjà existants pour rédiger un premier jet ; en créant des campagnes publicitaires ciblées ; en analysant les avis des clients pour améliorer les services proposés. L’IA est aussi une aide précieuse en comptabilité, notamment en créant des tableaux de bord qui facilitent les prises de décisions du gérant et ainsi plus généralement le pilotage de l’entreprise. L’IA est encore utile pour la gestion des ressources humaines. Elle peut aider à rédiger des offres d’emploi, trier les CV reçus et les classer par ordre d’intérêt en fonction des critères que vous avez définis, envoyer un mail aux intéressés avec un planning leur permettant de prendre un rdv pour un entretien, etc. De son côté, ECF Cotard a créé en utilisant Claude Code, son propre outil de gestion RH (demande de congés, gestion des absences de salariés, etc.). Évidemment, tout le monde n’a pas la compétence ou l’appétence pour se lancer dans la conception de ce type de programmes, mais de nombreuses sociétés proposent ce genre de services. Attention cependant aux prestataires que vous choisissez, conseille Monssif Lakssimi, à la tête de plusieurs écoles de conduite ECF en région parisienne et très en pointe sur l’intégration de l’IA dans son activité : « Avec le développement de l’IA, nombreux sont ceux à flairer le bon filon et à proposer leurs services, mais tous ne survivront pas. Mieux vaut choisir les leaders du marché pour être certains que la société ne mette pas la clé sous la porte et que vous vous retrouviez seul, sans solution ».
Un apprentissage pédagogique personnalisé
L’IA ouvre également le champ des possibles au niveau de la pédagogie comme en témoigne Mustapha Dabo, ingénieur développeur chez The Good Drive (TGD). Outre la création d’un chatbot pour le service après-vente du simulateur Cockpit Visio qui permet de répondre rapidement à un grand nombre de questions récurrentes des utilisateurs du simulateur, TGD fait en effet appel à l’IA pour le développement de son outil pédagogique. Ainsi, TGD travaille à fusionner les données 3D de son logiciel avec OpenStreetMap afin de rendre les parcours proposés par Cockpit Visio les plus réalistes possibles. La société a également mis au point un coach virtuel, avec trois niveaux d’intervention possible : le premier niveau, assez basique, se contente de vérifier que l’élève fait bien ce qu’il doit faire, notamment lors de son installation sur le simulateur, et le guide si ce n’est pas le cas. Le second niveau permet de réagir aux actions de l’élève en lui indiquant vocalement qu’il va, par exemple, trop vite. « Cela reprend en temps réel les indications des icônes qui apparaissent à l’écran, explique Mustapha Dabo. Mais en plus de cette commande vocale, le simulateur peut prendre la main sur les commandes en mettant un coup de frein ». Le troisième niveau, encore en phase de développement, consiste à permettre au simulateur de communiquer directement avec l’élève, en lui posant des questions comme pourrait le faire un enseignant de la conduite placé à côté de lui durant la séance. TGD utilise enfin une IA adaptative pour adapter le scénario aux compétences et aux difficultés de l’élève. Par exemple, si l’apprenti-conducteur n’arrive pas à prendre correctement les ronds-points, l’IA va pouvoir reprogrammer plusieurs ronds-points sur le parcours virtuel afin que l’élève puisse travailler cette compétence. Même chose si l’élève ne maîtrise pas bien la boîte de vitesses manuelle, l’IA va lui programmer des intersections avec des panneaux Stop, l’obligeant à s’arrêter, mettre au point mort et passer la première vitesse. Dans ce cas l’IA permet de proposer une formation sur-mesure à chaque élève. L’adaptation du type d’exercices selon le niveau de l’élève peut également être mis en place dans le cadre de la formation théorique. L’IA identifie alors les thèmes mal ou pas maîtrisés par l’élève et propose des séries en fonction de ses faiblesses, afin de mieux le préparer pour le passage de l’examen.
Prendre le train de l’IA en marche
Quel que soit votre niveau de connaissance ou d'utilisation de l’IA dans le cadre de votre activité professionnelle, l’intelligence artificielle entre de plus en plus dans notre vie quotidienne et l’on ne peut l’ignorer totalement. Le groupe ECF l’a compris et entend bien prendre le train en marche. C’est pourquoi Patrick Mirouse, président du réseau, a organisé le 23 mars dernier à Paris, un séminaire portant sur la digitalisation et l’IA. « ECF ambitionne d’être pionnier sur le sujet, confie Patrick Misoure. Le but de cette rencontre était donc de partager des pratiques au sein du groupe, en profitant notamment du retour d’expérience de ceux qui ont déjà intégré de l’IA dans leur activité, d’interroger des experts, mais aussi de mettre en place un comité directeur en charge du digital. Plus concrètement, ECF travaille actuellement à mettre un chatbot sur le site Internet du réseau. » Bref, il convient certainement de prendre le temps d’établir un diagnostic de votre activité afin d’identifier les irritants et de déterminer comment l’IA peut vous aider. Certes, ce bilan demande d’y consacrer du temps, mais il pourrait vous en faire gagner en mettant en place des aides IA. Encore faut-il savoir prioriser les projets pour établir une feuille de route sur une période plus ou moins longue et ne pas vouloir tout changer en un coup de baguette magique.