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map Vie des régions — Septembre 2006

-Creuse-
Les gérants n’ont pas peur de se retrousser les manches !


A Tulle et dans les environs, les auto-écoles ont chacune leur solution pour sortir du lot. Entre rigueur et détente, la palette est créative et assez étonnante… Rencontres.

Dans les Pages Jaunes, Tulle compte une dizaine d’écoles de conduite pour 15 500 habitants. Dans la réalité, l’un de ces établissements est nettement plus fréquenté que les autres. A sa tête, Fabrice Vergne est pourtant un modèle de modestie (mais peut-être est-ce l’une des clés de sa réussite ?). Il reçoit en compagnie de son épouse Anne-Pascale, dans la minuscule salle de Code de son bureau du centre-ville, à une heure où tous les commerçants voisins ont baissé le rideau.
« J’ai eu mon Bepecaser en 1987 et j’ai immédiatement commencé à travailler avec mon père, qui avait une auto-école à Argentat depuis quarante ans, raconte le gérant. Puis, en 1996, l’activité étant insuffisante pour mon frère – qui nous avait rejoint entre-temps, mon épouse et moi-même, j’ai cherché un nouveau bureau. » Des amis de ses parents, qui possèdent une auto-école en plein centre de Tulle, lui proposent alors de le reprendre. En une soirée, l’affaire est réglée et quelques mois suffisent pour que les inscriptions s’emballent.

UN SUCCÈS IMMÉDIAT
La réputation de sérieux de Fabrice Vergne fait des émules, tant chez les élèves que chez les collègues : huit ans après son installation à Tulle, le gérant rachète l’entreprise de son principal concurrent. « Son auto-école avait un peu la même histoire que la nôtre, raconte-t- il. C’était une affaire familiale, qui existait depuis longtemps. Mais ses enfants ne souhaitaient pas reprendre et pour lui, il était logique de transmettre ce patrimoine à quelqu’un de connu, dont il savait qu’il garderait l’entreprise en bonne santé. » En plus de l’auto-école de l’avenue Victor Hugo, Fabrice Vergne se retrouve donc avec un second établissement, judicieusement implanté en plein virage, sur la route de la préfecture. Et, pour couronner le tout, il vient de racheter le commerce attenant, pour agrandir les bureaux. Au final, les trois auto-écoles de la famille Vergne, regroupées dans une seule société, enregistrent près de 500 inscriptions à l’année et emploient onze personnes (Anne-Pascale, Fabrice et Pierre Vergne compris). Un succès qui laisse les gérants froids.

EXIGENCE ET RIGUEUR AU MENU DU SUCCÈS
Leur secret ? « On a une bonne équipe et on essaie de travailler comme mon père me l’a appris, avec rigueur et compétence », affirme Fabrice Vergne. Du côté des salariés, on trouve un groupe de moniteurs soudés, dont l’employeur est très fier. « Je leur fais confiance, indique-t-il. Dès que quelque chose ne va pas, ils m’en parlent, de sorte qu’il n’y a jamais de conflit. Tous sont formés à donner des leçons théoriques et pratiques, comme à gérer le bureau. Leur polyvalence leur permet de faire face à toutes les situations, dans les trois auto-écoles. » Visiblement, cette gestion des ressources humaines fonctionne très bien : contrairement à la grande majorité des employeurs, les Vergne affirment n’avoir aucun souci de partage des jours de congé, par exemple et pas vraiment de problèmes de recrutement. « Chez nous, les salariés sont fidèles, reprend Fabrice Vergne. Nous avons eu une monitrice qui a voulu partir pour des raisons géographiques, mais qui est revenue très vite, pour la qualité de travail. Là, nous venons d’embaucher un nouvel enseignant, qui s’était porté volontaire pour rejoindre notre équipe. Plusieurs entretiens nous ont permis de constater qu’il était compétent et demandeur d’information… si bien qu’à peine arrivé, il travaille déjà comme s’il était là depuis 20 ans. » Cette sérénité apparente n’empêche pas le gérant d’être, comme tout le monde, à la recherche perpétuelle de compléments d’effectifs. Et, comme cette quête n’est pas évidente, il a décidé de prendre la difficulté à sa source, en proposant à deux anciens élèves motivés d’entamer leur formation au Bepecaser et en leur garantissant un emploi en cas de réussite.
Côté pédagogie - la passion de Fabrice Vergne, la rigueur est également de mise. « J’attends que tout le monde ici travaille avec le PNF, dit-il. Quand on traite un objectif, on le travaille vraiment. C’est pour cette raison que nous fonctionnons beaucoup par leçons de deux heures. Elles permettent d’aborder plusieurs objectifs en même temps, de mélanger théorie et pratique et se prêtent à la configuration de la ville. C’est un peu notre marque de fabrique. » Un autre signe distinctif, peut-être, est de terminer chaque leçon sur une note positive, une remarque encourageante. « Si on veut que l’élève progresse, reprend Fabrice Vergne, il ne faut pas casser sa motivation. Par conséquent, c’est mieux s’il sort content de sa leçon de conduite. »
Au final, ce dernier point est assez révélateur de la politique de l’entreprise Vergne où respect, qualité et rigueur sont des valeurs partagées et visiblement appliquées. Une philosophie qui se retrouve à tous les niveaux et permet aux gérants d’avancer en toute sérénité.

LA SOLITUDE, CLÉ DE LA TRANQUILLITÉ
A quelques kilomètres de là, Bernard Johams a choisi de travailler seul. Au tout début, il avait même opté pour une orientation radicalement différente : c’est après avoir passé des tests pour le permis de conduire poids lourds que le jeune homme avait été sollicité par le centre de formation, pour devenir enseignant de la conduite. « A l’époque, se souvient-il, il y avait une telle pénurie de moniteurs qu’à peine le diplôme en poche, j’ai été sollicité par une quinzaine d’auto-écoles. » Amateur de sorties branchées, Bernard Johams se tourne vers Clermont-Ferrand, la grande ville, en 1989. En 1994, assagi, il désire revenir dans la région de son enfance. Et là, aventure classique, faute de trouver un emploi, il décide de devenir chef d’entreprise, en rachetant à une exploitante proche de la retraite l’une des cinq auto-écoles d’Egletons. « Ça a été un peu la désillusion, avoue-t-il aujourd’hui. Quand vous êtes employé, vous ne voyez pas la concurrence, vous avez toujours du travail. Alors qu’ici, avec cinq auto-écoles pour 5 000 habitants, malgré la présence de plusieurs lycées, le climat était morose. Les inscriptions de l’ancienne gérante m’ont permis de travailler pendant quatre ou cinq mois… Puis il a fallu que je me fasse ma propre clientèle. »
Dès le départ cependant, ce gérant réussit à se démarquer en proposant les permis deux-roues. Etant lui-même passionné de moto, il attire rapidement une clientèle agréable et forme jusqu’à 90 % des nouveaux motards d’Egletons, tout en faisant parler de lui. Mais le filon n’est pas éternel et Bernard Johams a fini par arrêter le permis A, au 1er janvier 2006. « Je ne peux pas tout faire, regrette-t-il. Le BSR et la moto m’ont permis d’étoffer ma clientèle et j’ai désormais suffisamment de travail en voiture. D’un autre côté, j’avais de moins en moins de demande en deux-roues : le climat local ne s’y prête pas toute l’année et, de plus en plus, les gens ont peur de perdre des points ou alors ils n’ont plus les moyens de se payer une moto. De plus, le plateau d’examen est situé à une trentaine de kilomètres. Les jours d’examen sont des journées gâchées. Au final, j’ai choisi de supprimer l’activité la moins rentable. »
S’il a trop de travail, Bernard Johams ne songe pas à embaucher. « Je ne sais pas si l’auto-école aurait les reins suffisamment solides, explique-t-il. Travaillant seul, la santé de l’entreprise ne concerne que moi, si demain il n’y a plus de travail, je suis le seul à couler. » En attendant la tempête fatale, le gérant de cet établissement de campagne semble plutôt bien se débrouiller. En tout cas, il ne manque pas de travail : du lundi au samedi, il est sur le pont de 8 h à 12 h et de 13 h à 19 h. Et dans l’ensemble, il se montre satisfait de son activité. « Je fais beaucoup de conduite accompagnée, c’est dans l’air du temps, raconte-t-il. C’est appréciable, car les élèves ne pensent pas uniquement au permis, ils sont plus réceptifs. Et les rendez-vous pédagogiques permettent de sortir de la routine des leçons de conduite classiques. Quant au BSR, c’est intéressant, mais stressant : les élèves manquent de bases. » Au final, Bernard Johams prend les choses comme elles viennent. L’avenir de son auto-école, il le voit très simplement : continuer à travailler, moins si possible, tout en gagnant sa vie. Simple, mais efficace !

OSER L’INATTENDU, UN CONCEPT ORIGINAL !
Retour à Tulle, où Maurice Plantadis a trouvé une solution inédite pour s’épanouir dans son activité d’exploitant d’auto-école. Enseignant de la conduite depuis 1979, il a racheté en 1980 une auto-école tulliste. Sept ans plus tard, il la déménageait dans un gigantesque local un peu brut, à proximité d’un collège et d’un lycée. Là, avec son épouse passionnée de pédagogie, il menait tranquillement sa voiture-école jusqu’au jour où… « fâché, je suis allé seul boire un verre dans un bar, se souvient Maurice Plantadis. Et là, tout en ruminant ma colère, j’ai observé le barman et je me suis dit que cet homme chanceux avait une occupation bien agréable. C’est comme ça que l’idée d’ouvrir un bar a germé »… et grandi, jusqu’à aboutir, le 28 février 1988, à l’inauguration de « La Détente », un bar sans alcool ouvert de 8 h à 18 h et fermé pendant les vacances scolaires.
Ici, le jambon beurre est à 2 euros, la canette de jus de fruits coûte 1 euro et on peut manger des tartines de Nutella comme à la maison pour 50 centimes… En prime, quatre baby-foot et deux billards permettent d’animer les intercours. « Les lycéens apprécient, j’ai pas mal de monde, reconnaît Maurice Plantadis. Quant aux parents, ils sont rassurés puisqu’il n’y a pas d’alcool. »
Si le bar accapare désormais l’essentiel de l’attention du gérant, il n’a tout de même pas complètement laissé tomber l’auto-école : toute la journée, c’est lui qui s’occupe des cours de Code, dans la salle attenante. S’il n’y a pas trop de monde en salle (de jeux), il corrige les séries avec les élèves. Quoiqu’il arrive, il garde en permanence un œil sur son petit monde grâce aux multiples miroirs judicieusement installés dans chaque recoin. S’il a abandonné la moto, plus rentable et peu compatible avec la vie du café, il continue à prendre en charge les BSR, le samedi et le soir. Quant à l’enseignement en voiture, il lui arrive encore de le pratiquer, histoire de relayer son épouse. Au final, Maurice Plantadis est un homme heureux. Au contact des jeunes toute la journée, il s’occupe de manière agréable tout en apportant un complément de chiffre d’affaires intéressant à l’auto-école. Une solution étonnante, qui ne manque pas de saveur !

Cécile Rudloff




CARTES D’IDENTITÉ :

Auto-école Bernard Johams
Gérant : Bernard Johams
Formations proposées : B, AAC, BSR
Inscriptions : 93 inscriptions en 2005
Véhicules : une Clio
Tarifs : 830 € l’équivalent d’une formule 20 heures, 28 € l’heure de conduite à l’unité

Auto-école Vergne
Gérant : Fabrice Vergne
Effectifs : 10 salariés
Formations proposées : A, B, AAC, BSR
Inscriptions : 500 environ, sur les trois bureaux
Véhicules : dix 206, un Scénic, trois Yamaha 600 XJN, deux Yamaha 125 SR, six scooters
Tarifs : 865 € l’équivalent d’une formule 20 heures, 29 € l’heure de conduite à l’unité

Auto-Cyclo école
Gérant : Maurice et Anita Plantadis
Formations proposées : B, AAC, BSR
Inscriptions : une cinquantaine, environ, en voiture
Véhicules : deux 206
Tarifs : 820 € l’équivalent d’une formule 20 heures, 29 € l’heure de conduite à l’unité



REPÈRES

* Tulle comptait 15 496 habitants en 1999
* Le département de la Corrèze comptait 232 576 habitants, soit le tiers de la population du Limousin en 1999
* En septembre 2003, le taux de chômage en Corrèze atteignait 6,8 % (7,4 % en Limousin, 9,7 % en France)
* Accidentologie : en 2005, il y a eu en Corrèze 365 accidents et 10 personnes tuées





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