Responsables d’écoles de conduite et enseignants caennais défendent la philosophie de leurs entreprises avec détermination. Femmes et hommes de terrain, ils peuvent compter sur le BER pour les écouter. Si cela ne résout pas tous les problèmes, cela permet néanmoins de travailler avec une grande sérénité.
À quelques semaines des élections municipales 2026, la Communauté urbaine Caen la mer affiche des chiffres que jalousent bien d’autres territoires. Fin 2025, les 48 communes qui la composent, voient croître leur nombre d’habitants alors que dans le département du Calvados, les villes de Lisieux, Bayeux ou Honfleur enregistrent une baisse de population. Ce dynamisme s’explique par des créations d’emplois significatives et par une politique du logement proactive. Cela a permis de livrer, chaque année depuis six ans, une moyenne de 2 250 logements neufs et dans le même temps, de freiner la baisse des effectifs dans l’enseignement secondaire qui est une constante depuis plusieurs années en Normandie. À l’inverse, l'université de Caen avec près de 30 000 étudiants enregistre une forte hausse avec plus de 2 000 étudiantes et étudiants supplémentaires. Ils ont choisi la filière sport (STAPS), la psychologie, le droit ou l’histoire, mais aussi les formations d'accès à la santé à commencer par la médecine. De nouvelles filières ont également été mises en place et remportent un certain succès comme par exemple, la cybersécurité.
Nouvelle année, nouveaux locaux et nouvelle aventure
« Nous sommes des témoins actifs de ce développement raisonné de notre ville et de son agglomération, explique Boris Miguet qui dirige M’Bo Auto-école à deux pas de la gare. Cela nous oblige à grandir de façon maitrisée pour répondre aux attentes des futurs élèves. » Quand il nous reçoit dans ses locaux flambants neufs, Boris Miguet ne cache pas tout le plaisir qu’il a de commencer l’année 2026 dans un lieu qu’il souhaitait investir depuis une dizaine d’années. « Il y a toujours eu là une auto-école depuis les années 1980 et j’avais eu un coup de cœur pour cet emplacement au moment où j’ai prospecté pour fonder ma propre école de conduite en 2018. Hélas, il n’était pas libre et ayant toujours travaillé dans ce quartier, je me suis installé à quelques rues de là, raconte-t-il en nous faisant faire le tour du propriétaire. Aujourd’hui, j’ai gagné en surface, en fonctionnalité et surtout en visibilité. J’ai un nouvel outil de travail, de nouveaux projets, c’est une nouvelle aventure qui commence ! » Boris Miguet s’agace néanmoins que pour un transfert de local, il faille obtenir un nouvel agrément. « La procédure est sans doute allégée, mais que de temps perdu. Ce sont des démarches qui démontrent bien le poids de plus en plus prégnant de l’administration sur notre métier », constate-t-il. « Pourquoi ne pas s’inspirer de certaines auto-écoles en ligne avec un agrément unique dont la portée est nationale ? » Il est cependant le premier à reconnaître que le BER fait un super travail sous la direction de Samy-Lee Rocher, délégué au permis de conduire et à la sécurité routière à la préfecture du Calvados. « Il est un homme de concertation et très souvent sur le terrain avec son adjointe. Samy-Lee Rocher et son équipe n’hésitent pas à se déplacer pour effectuer des examens supplémentaires, y compris le samedi matin. Nous ne ressentons plus l’absence d’un inspecteur comme ce fut le cas dans le passé », raconte encore Boris Miguet qui ajoute : « Samy-Lee Rocher a mis en place une harmonisation des façons de travailler de l’ensemble de ses équipes ce qui, pour nous responsables d’auto-écoles, est un gage de sérénité et, pour nos élèves candidats également. C’est aussi à notre profession d’en faire autant. »
Anticipation et organisation
Le travail et le bien-être de ses élèves sont la préoccupation majeure de ce professionnel caennais. « Pour moi, dit-il, il y a quelque chose de fondamental à ce qu’ils se sentent en confiance et investis dans leur projet d’apprentissage de la conduite. C’est en ce sens que nous travaillons. Je ne veux pas qu’ils soient prêts au jour J, je veux que quand la formation est terminée et qu’ils sont prêts, ils puissent passer l’examen pratique dans les trois jours après la dernière leçon. Toute notre organisation est basée sur ce principe et même si je pense que, financièrement, ce n’est pas la meilleure des solutions pour mon entreprise, c’est celle que nous avons adoptée avec mes enseignants. Il faut tout anticiper et cela dès la première heure de conduite effectuée. Les cours durent 90 minutes en journée, une heure en soirée et c’est au rythme de deux fois par semaine qu’ils vont le mieux progresser. »
Boris Miguet confie qu’il faut donner du contenu et être à 100 % en leçon, ne pas hésiter à communiquer avec les élèves, mais également, pour les plus jeunes, avec leurs parents. « Ces derniers sont invités à venir suivre une leçon s’ils souhaitent, ainsi nous restons cohérents entre le discours et la réalité du terrain, explique Boris Miguet. Dans un second temps, il faut que tous les enseignants aillent dans la même direction (trame, technique et pédagogie). Mon équipe échange beaucoup même en dehors de nos réunions pédagogiques et nous avons la capacité de nous remettre en cause ensemble, tout en gardant notre personnalité ». Pour Boris Miguet, ce n’est pas toujours facile car l’un des enseignants de M’Bo auto-école n’est autre que sa fille, titulaire d’un Titre Pro ECSR depuis fin 2021. « Cette confrontation avec la jeune génération est bénéfique, admet Boris Miguet dans un grand éclat de rire. La société évolue et nous nous devons d’évoluer également. » Ce qui est certain, c’est qu’au-delà de l’exigence de l’employeur envers ses salariés, il existe une réelle complicité entre le père et la fille. L’équipe est soudée et heureuse de travailler ensemble. Les sorties au Parc Astérix ou au karting avec quelques élèves renforcent les liens et fidélisent les enseignants. Une nécessité absolue puisque recruter est devenu « mission presque impossible ».
Un métier-passion malgré les difficultés
Gaëtan Villedieu s’en plaint. Pour faire face à la demande, il aimerait pouvoir compter sur au moins deux enseignants de plus. Titulaire du Bepecaser depuis 2009, il a été salarié pendant sept ans de Didier Fouques dont il a racheté l’agence Liberté à la Guérinière, un quartier multiculturel, multiethnique un peu excentré, au sud de Caen et celle de Bretteville-sur-Laize, un petit village à 17 km de la préfecture du Calvados. « La succession s’est passée tout en douceur », raconte Gaëtan Villedieu qui, un an après, acquérait une troisième agence Giverny à la Grâce de Dieu, un quartier très populaire, mais en bordure des zones plus résidentielles d’Ifs et de Cormelles-le-Royal.
Pour gérer ses trois pôles d’activité, Gaëtan Villedieu peut compter sur Maud Hervieux qui prend en charge l’administratif. S’il a eu à faire face à quelques départs et quelques arrivées d’enseignants, la fidélité de Richard qui l’accompagne depuis 10 ans et celle de Damien qui fêtera son dixième anniversaire de présence dans l’entreprise en août 2026, assurent la stabilité de l’entreprise. « Ce métier reste pour moi une passion, confie-t-il. J’ai toujours aimé conduire et j’ai, semble-t-il le sens de la pédagogie que j’ai pu exercer très tôt en apprenant l’informatique à mes parents et grands-parents. Je suis aussi patient et en leçon, c’est indispensable. » Arrivé de bonne heure le matin, Gaëtan Villedieu repart souvent tard le soir quand il faut se confronter à l’administratif ou à la comptabilité. Il donne également des cours de Code. « Quand les élèves s’y intéressent, c’est un plaisir d’aborder avec eux les problématiques de sécurité routière ou parler d’alcool, de cannabis et depuis quelques temps de protoxyde d’azote. Malheureusement, peu s’investissent. Internet avec les formules de questions/réponses fait beaucoup de mal en termes d’apprentissage. Et c’est si peu basé sur la pratique que nous perdons souvent du temps à passer en revue, lors des leçons de conduite, les bases même du Code ! »
La fluidité dans le parcours de l’élève est une voie d’excellence
Alors pour que les leçons de conduite soient véritablement des leçons de conduite, Gaëtan Villedieu a trouvé une solution radicale et fait d’une pierre deux coups. Il gagne en efficacité et en temps, et peut-être même en argent. « Comme pour moi la fluidité dans le parcours de l’élève est une voie d’excellence et que je n’obtiens pas forcément toutes les places à l’examen pratique dont j’ai besoin, je donne priorité lors des inscriptions à ceux qui suivent nos sessions DVD et nos cours de Code en salle. Nos clients sont prévenus dès qu’ils prennent contact avec l’auto-école et c’est à eux de voir puisque, de toutes les façons, aujourd’hui nous ne pouvons pas prendre tout le monde. » La revendication est là, exprimée à mi-mots, mais le combat pour la survie des auto-écoles de proximité est sous-jacent dans tous les propos de Gaëtan Villedieu. Ce n’est par conséquent pas un hasard s’il est syndiqué à Mobilians-ESR. « J’ai choisi de suivre notre président départemental, Loïc Kerzreho, caennais également et, avec mes enseignants qui sont eux aussi très motivés, nous sommes de toutes les manifestations dès lors que nous pouvons nous organiser en amont. Certes nous ne sommes pas « montés » à Paris le 1er décembre 2025 parce que les délais étaient un peu courts pour nous organiser, mais nous restons motivés pour participer aux mobilisations dès lors que les manifestations ont lieu dans des limites géographiques raisonnables. S’il est essentiel que le syndicat nous apporte le plus d’informations possible et son aide après la Covid ou pour la mise en place des contrats-type pour les inscriptions, nous nous devons, en tant qu’adhérent, de répondre en contrepartie à ses mots d’ordre. » On comprend que l’engagement de Gaëtan Villedieu est total.
Bruno Guérin a transmis le virus de l’auto-école à ses filles
Moins présente dans l’action syndicale mais également adhérente de Mobilians-ESR, Fanny Guérin est à la tête de Campus Formation, situé en périphérie de Caen, à Mondeville. Créée en 1988 par ses parents, Armelle et Bruno, cette entreprise familiale s’est scindée en deux au fil des années. D’un côté, deux des sœurs de Fanny, Emilia et Sarah-Lou s’occupent ensemble de Campus auto-école, une école de conduite située en centre-ville. De l’autre côté, Fanny gère l’établissement de Mondeville qui comporte une partie formations professionnelles et une partie auto-école. Quant à Lucie, la quatrième sœur, après avoir suivi la même voie que les trois autres membres de la famille, elle a finalement décidé de faire complètement autre chose. Décédé il y a quelques mois, Bruno Guérin a marqué de son empreinte ses quatre filles, mais pas seulement : l’ensemble des acteurs de la conduite et de la sécurité routière caennaises se souvient de son expertise, de sa confraternité, de sa gentillesse. « Il nous a donné le virus, s’amuse Fanny Guérin, et mes sœurs et moi l’avons fait évoluer chacune à notre façon. Les unes ont choisi l’auto-école traditionnelle. Avec mon conjoint, nous avons opté pour la création d’un centre de formation professionnelle sur notre campus de Mondeville, sur lequel il y a également une section auto-école. » Bien que le Campus Formation soit excentré, cet établissement accueille une clientèle très diverse à laquelle il faut parfois s’adapter. « Nous touchons une population rurale et des personnes en grande difficulté sociale que nous nous devons d’accompagner, explique Fanny Guérin. Nous avons également choisi d’aller chercher nos élèves à la sortie du lycée ou à l’arrêt de tram si c’est nécessaire. C’est un service très apprécié et qui participe aussi à notre image de marque. »
Facilement visible depuis le périphérique caennais, Campus Formation qui essaie d’être très présent sur les réseaux sociaux, peut compter sur le bouche-à-oreille comme sur les avis Google ou encore sur les appréciations des parents venus suivre une formation professionnelle Groupe Lourd ou Caces, pour remplir ses plannings. « Le seul obstacle à notre développement constate Fanny Guérin, c’est que nous manquons de places pour les examens pratiques dans toutes les catégories ! »
Des élèves de 17 ans très motivés
Ce cri d’alerte n’empêche pas la directrice de Campus Formation de reconnaître que la nouvelle génération d’inspecteurs est, comme elle dit, « top ». « J’enrage parfois que soit relevée une erreur éliminatoire alors que l’ensemble de la prestation est au meilleur niveau, mais le rapport à l’humain est désormais tout à fait différent et c’est un évolution fondamentale », se réjouit celle qui est psychologue d’entreprise de formation. Par ailleurs, « ce qui nous change la vie depuis quelques mois, c’est l’arrivée des plus jeunes dans nos écoles de conduite », constate-t-elle. Nos élèves de 17 ans sont très motivés et les taux de réussite aux examens sont impressionnants. Ils écoutent les enseignants sans les remettre en question et ça change tout ! Nous rencontrons aussi un beau succès avec le permis AM. Pendant les vacances scolaires, tous les samedis, toutes nos places sont prises. En revanche, les inscriptions au permis moto sont à la baisse, bien que l’attestation 125 reste très prisée par ceux qui doivent se déplacer au quotidien dans Caen et aux alentours car la circulation est de plus en plus compliquée. » Face à ces changements, Fanny Guérin conclut : « Globalement, nous voyons bien que nous sommes rentrés dans l’ère de la mobilité. Alors, à nous professionnels de la conduite et de la sécurité routière d’intégrer cette nouvelle façon de vivre ».
Marc Horwitz