← Retour à la liste
map Vie des régions — Mai 2006

-Mont-de-Marsan-
Des gérants dynamiques et motivés !

Dans les Landes, trois gérants très différents s’épanouissent chacun à leur manière dans l’activité de leur école de conduite. Leur point commun ? Donner la priorité à la qualité de l’enseignement… Et le succès est au rendez-vous !

La réputation de Mont-de-Marsan – ville administrative et universitaire, est une promesse de pérennité pour les auto-écoles : entre les militaires, les fonctionnaires et les étudiants, un tiers de la population est renouvelé tous les trois ans, ce qui régénère régulièrement le vivier de clients potentiels. S’il est valable, cet argument démographique n’est cependant pas celui qui a conduit Sébastien Peter à s’installer récemment à deux pas du centre-ville. Pour ce natif de Normandie, le hasard a bien fait les choses. « J’étais salarié et prêt à prendre ma propre affaire, raconte-t-il. Mais mes patrons de l’époque ne voulaient pas vendre tout de suite, alors j’ai décidé de réaliser mon rêve de partir dans le Sud. J’ai appelé la préfecture des Landes, et ce sont eux qui m’ont mis en relation avec la personne qui m’a vendu l’auto-école. » A en croire son histoire, Sébastien Peter a profité, tout au long de son parcours, de l’appui de personnes bienveillantes. Tout au début déjà, alors qu’il vivotait entre fac et prépa, un « bon copain » l’avait aiguillé vers le cursus de moniteur d’auto-école. Un coup de cœur pour le métier et 27 000 euros de formation plus tard, un ami de son père, également exploitant, l’embauchait et lui livrait ses secrets pédagogiques. « J’aime les relations avec le public, dit Sébastien Peter pour expliquer son engouement pour l’enseignement de la conduite. J’apprécie de pouvoir transmettre un savoir-faire, même modeste, à ces jeunes. Et puis, on se rappelle toujours de son moniteur d’auto-école, j’aime l’idée que mes élèves ne m’oublieront jamais. »

UNE TRANSMISSION SOIGNÉE
En attendant de passer à la postérité, le jeune gérant se débrouille plutôt bien. « Anne-Marie, l’ancienne gérante de l’auto-école Fémina, m’a beaucoup aidé, tempère-t-il. Le contact est bien passé dès les premiers coups de téléphone et cela s’est confirmé lors de mon unique visite préparatoire à Mont-de-Marsan. » Passionnée, Anne-Marie a accompagné son successeur comme on prépare un poulain. « Elle m’a présenté au banquier qui a accepté de me suivre sans garant ni bien immobilier, détaille le nouveau gérant. L’ancien local n’étant plus aux normes, elle en a cherché un et fait faire les travaux nécessaires. Elle a prévenu les élèves et superbement préparé son départ. Quand je suis arrivé pour prendre sa suite le 1er septembre, le planning était plein et les conditions idéales pour commencer. Aujourd’hui, même si elle est à la retraite, nous nous appelons régulièrement et elle me fait la morale si quelque chose ne lui plaît pas. C’est quelqu’un d’exigeant !
S’il n’est pas facile de prendre la suite de quelqu’un d’aussi consciencieux, Sébastien Peter ne s’en plaint pas. « Mes méthodes de travail ressemblent un peu aux siennes, explique-t-il. Je travaille beaucoup à partir d’éléments concrets. Dans la voiture, comme les anciens, j’ai mon tableau effaçable et je fais des dessins pour étayer mes explications. Quant au DVD, je l’utilise pour les questions, mais c’est toujours moi qui suis en salle pour expliquer les corrections. »
Au final, le dernier arrivé sur Mont-de-Marsan est satisfait de sa situation. A titre privé, il se réjouit d’avoir choisi les Landes, un département « où il fait toujours beau » et qui se situe à courte distance de l’océan, des Pyrénées et de l’Espagne. A titre professionnel, il se félicite également de sa position géographique, proche de deux lycées, le long d’une large avenue et à côté d’un grand parking. D’un point de vue humain, il est également content : les gens sont « cools », dit-il, c’est-à-dire que les services de la préfecture répondent à ses questions et qu’il trouve les contacts faciles, les relations conviviales. Il n’en est pas encore à partager les barbecues avec ses concurrents, mais ça n’a pas l’air de le décevoir : « On se dit bonjour et au revoir, c’est tout, raconte-t-il. J’étais étonné à mon arrivée parce qu’en Normandie, les enseignants de la conduite profitaient des examens de Code pour aller boire un café, ici non. Mais je comprends que l’arrivée d’un petit nouveau ne plaise pas forcément. » Pour ne pas faire peur aux collègues, Sébastien Peter a mis un point d’honneur à ne pas se faire connaître à travers une politique de prix cassés. Par contre, il ne cache pas ses ambitions et prévoit déjà de faire évoluer son établissement. « Je veux proposer la formation moto, explique-t-il. Je n’ai pas encore le permis A, mais je vais le passer. Et en attendant de passer la mention deux-roues, j’embaucherais un moniteur compétent. »

QUARTIER CHIC POUR GÉRANT AMBITIEUX
Un peu plus à l’Est dans Mont-de-Marsan, Didier Malatrey est bien loin de débuter. Ce gérant très présentable (et qui ne fait pas son âge) gère des auto-écoles depuis 1976. A cette date, il oeuvre en région parisienne et passe ses vacances dans les Landes. Rapidement, l’appel du Sud fait son œuvre et le gérant francilien s’installe sur un coup de sang à Mimizan… puis reprend une auto-école à Pau avant de créer l’établissement de Mont-de-Marsan, en 1990. Quinze ans plus tard, Didier Malatrey emploie quatre moniteurs à temps complet, un effectif qui a régulièrement augmenté depuis la création de l’école de conduite. Et s’il donnait jusqu’à 68 heures de leçons par semaine au début, il n’a plus touché une double commande depuis deux ans. « Une première fois, j’ai surpris la secrétaire en train de prendre le café au bar voisin, explique-t-il. La fois suivante, elle faisait ses courses au supermarché. J’ai préféré arrêter les leçons pour m’occuper moi-même du bureau. Cela me permet de gérer tous les papiers, d’organiser le planning et de répondre aux demandes de renseignement dans les règles de l’art. » Preuve que la méthode est efficace, la demande est telle qu’une cinquième embauche s’imposerait pour y répondre. Mais Didier Malatrey n’a plus envie de se faire de mauvais sang pour son entreprise. Il a trouvé un rythme, du mardi matin au samedi midi, qui lui convient et lui permet de profiter de la qualité de vie des Landes. En véritable homme d’affaires, le gérant a diversifié ses billes et investi dans l’immobilier.
Au final, s’il prend du recul par rapport à son entreprise, Didier Malatrey n’est pas moins présent. « Quand je ne suis pas là, je ferme, déclare-t-il. Ce n’est pas une question de confiance, mais quand le chat n’est pas là, les souris dansent. J’ai de très bons moniteurs, mais ils ne se rendent pas toujours compte de l’importance de certains détails. Ici, je suis le garant de la qualité. » D’après lui, c’est l’unique secret de la réussite. « La rigueur est essentielle, explique-t-il. Il faut être honnête, dire la vérité aux gens qui viennent se renseigner et expliquer l’évolution de leur enfant aux parents si ce sont eux qui paient. J’estime que l’exigence est également importante. Je veille à ce que les moniteurs soient à l’heure et fassent leur travail correctement. »
Dans son environnement huppé, Didier Malatrey mise beaucoup sur l’AAC : près de 50 % des élèves apprennent à conduire dès 16 ans. Pour autant, ce n’est pas une solution de facilité. « Les parents sont conscients de la qualité de l’AAC, mais en même temps, ils s’impliquent de moins en moins. A chaque inscription, je préviens que la conduite accompagnée n’est pas une promenade. Et je fais venir les parents en fin de seconde étape pour faire un bilan avec le moniteur. Cela aide à mieux former les élèves et permet de prévenir en cas de rallonge du nombre de leçons. »
En parallèle de sa politique qualitative, Didier Malatrey pratique, en toute logique, une politique de prix offensive. « Dans les années 1980 et 1990, les gens cherchaient les prix les plus bas, dit-il. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, ils se rendent compte des services dont ils profitent en contrepartie. » Ici, le prix est justifié par la qualité de l’enseignement, bien sûr, mais aussi par le packaging : la décoration du local est soignée et d’ici peu, la salle de code et le bureau seront équipés de la climatisation et d’une fontaine à eau. Ce n’est pas tout. Pour Didier Malatrey, même si ses prix font partie du haut du panier à Mont-de-Marsan, ce n’est pas encore suffisant. « Un moniteur devrait gagner 1 500 euros net, mais nous sommes loin du compte, affirme-t-il. J’augmente mes prix dès que possible pour les répercuter sur les salaires, mais, même si les clients demandent à peine les tarifs, je ne peux pas me permettre de les augmenter violemment. »

UNE DIVERSIFICATION ENRICHISSANTE
D’après Michel Hourcade, président départemental du CNPA, le profil tarifaire de la région est « assez bas ». Du moins est-ce son argument pour justifier son heure à 28 euros - « certains sont à 26 euros », confie-t-il. Pour le gérant de l’école de conduite landaise, le prix n’est cependant pas au centre des débats. A la création, en 1991, il s’agissait en priorité d’implanter de manière durable une auto-école à Saint-Pierre du Mont. « Il n’y avait pas d’école de conduite ici, il a fallu tout créer et montrer ce dont on était capable, raconte-t-il. Rapidement, mon épouse a passé son Bepecaser pour s’occuper des leçons en voiture pendant que je développais la moto et le BSR. Toute notre notoriété s’est faite grâce au bouche à oreille. »
Si un rythme de croisière satisfaisant a été trouvé au bout de quelques années de travail, le couple ne s’est pas endormi sur ses lauriers. Au contraire, il semble que Michel Hourcade et son épouse aient envie de compléter leur formation : post-permis, enquêtes IDSR, formations en entreprise, inspection du Bepecaser… sont autant d’activités consommatrices de temps, mais tellement utiles pour l’exercice de la profession… « Les enquêtes IDSR nous ont beaucoup apporté, raconte Michel Hourcade. Cela nous a permit de rencontrer et d’être reconnus par les forces de l’ordre, et de réfléchir à des points d’accidentologie auxquels on ne pense pas avant d’être confrontés à une situation d’accident. Souvent, nous ne savions pas comment parler d’accidentologie à nos élèves, les enquêtes IDSR nous ont donné l’occasion de prendre du recul et d’apprendre à expliquer. Dans le même ordre d’idées, le fait de faire partie du jury au Bepecaser nous donne une ouverture utile. Depuis sept ans, cette activité nous permet de rester à la page, de continuer à apprendre et de nous adapter aux évolutions de la profession. »
Si les plannings deviennent de véritables casse-tête, l’exploitant ne s’arrête pas là pour autant. « Je fais aussi des formations en entreprise avec un collègue titulaire du Bafcri, indique-t-il. C’est très intéressant parce que l’on s’adresse à des gens plus âgés, plus expérimentés et que nous sommes obligés d’utiliser des données de sécurité routière pour élever le débat. A mon sens, ces formations devraient être abordées durant la préparation du Bepecaser, au moins via l’élargissement des connaissances de sécurité routière, d’accidentologie et des techniques d’animation. » Autant de projets qui pourraient faire évoluer la profession vers plus de connaissance et de qualité…

Cécile Rudloff
 

 



FICHES D’IDENTITÉ

Auto-école Fémina
Gérant : Sébastien Peter
Formations proposées : B, AAC
Inscriptions : une centaine de dossiers en cours
Véhicules : une Modus
Tarifs : 915,98 € le forfait B, 33 € l’heure de conduite supplémentaire

Ecole de conduite Brasilia
Gérant : Didier Malatrey
Effectifs : quatre moniteurs
Formations proposées : B, AAC
Inscriptions : environ 150 inscriptions par an
Véhicules : quatre 206
Tarifs : 820 € le forfait B, 32 € l’heure de conduire supplémentaire

Ecole de conduite landaise
Gérant : Michel Hourcade
Effectifs : Michel Hourcade travaille avec son épouse
Formations proposées : A, B, AAC, BSR
Inscriptions : 150 à 160 dossiers A et B confondus
Véhicules : deux 206 SW, une Kawasaki R500, une Kawasaki GS 500, une Yamaha 125 TW, trois scooters

Tarifs : 779 € le forfait B, 28 € l’heure de conduite

 

Dans le même thème

Gard - Des structures hors des grands réseaux gérées par des professionnels combatifs
D’un côté du Rhône, on trouve le département du Gard en Occitanie et de l’autre côté du fleuve, le département des Bouches-du-Rhône en Région Sud-Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Quelle que soit la rive, rencontre avec des écoles de conduite qui veulent vivre sans rejoindre les grands réseaux nationaux et qui se battent pour faire au mieux leur métier.
La Rochelle : Des enseignants engagés face à des jeunes peu motivés
À La Rochelle, les jeunes de 15 à 25 ans constituent la tranche d'âge de la population la plus importante. Cette clientèle potentielle ne fait pourtant plus du permis de conduire une priorité. Cela inquiète les responsables des écoles de conduite qui sont aussi freinés dans leur volonté de développement par un nombre de places d’examen insuffisant.
Canada : Rencontre avec Thomas Spiegler, enseignant de la conduite à Montréal
L’homme est sacrément sympathique ! Thomas Spiegler est un des doyens des enseignants de la conduite, une profession qu’il exerce depuis une cinquantaine d’années. Anglophone, il parle un français impeccable ce qui, à Montréal, la capitale économique de la Belle Province, le Québec, est un atout.