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map Vie des régions — Juin 2006

-Saint-Étienne-
Sur la voie de la diversification…


Les idées ne manquent pas à Saint-Étienne. Dans chaque auto-école rencontrée, les gérants ont su trouver une voie de diversification qui leur est propre. Des initiatives intéressantes et des rencontres sympathiques.

A Saint-Etienne, chaque auto-école a une vraie histoire, que son gérant confie avec une générosité et une confiance rares. Cette découverte réjouissante se profile dès le premier rendez-vous avec Edwige Colombier, dans le quartier de la Métare. Installée dans son bureau tapissé d’affiches de La Prévention Routière, la jeune femme raconte son parcours avec tant de modestie que l’on s’étonne lorsqu’elle avance les chiffres de son activité : en 2006, elle est propriétaire de deux établissements, emploie huit personnes et est responsable de la formation automobile de plus de 300 personnes à l’année. Un résultat qui s’est fait tout seul, à l’entendre. « Après le bac, j’ai fait plusieurs petits boulots, rapporte-t-elle. Puis j’ai vu une petite annonce pour la formation de moniteurs, et je me suis inscrite, sans enthousiasme. C’est le formateur qui m’a donné l’envie. Il m’a transmis sa passion. » Son Bepecaser en poche en 1991, Edwige Colombier se met au travail, tente le BAFM… Et s’installe à son compte, à Saint-Just-Saint-Rambert, en 1995. Six ans plus tard, alors que l’auto-école enregistre une soixantaine d’inscriptions à l’année, la gérante se laisse tenter par une amie qui lui propose de reprendre ensemble un bureau à Saint-Étienne. L’affaire ne se conclut finalement pas (« l’entreprise n’était pas viable », estime-t-elle), mais le goût de l’entreprise pousse Edwige Colombier à reprendre –seule– l’établissement qu’elle dirige toujours aujourd’hui. « J’y avais travaillé pendant un an et j’en gardais un excellent souvenir, raconte-t-elle. Ce quartier est un fabuleux melting-pot de cultures, il mélange sans heurts immigrés et étudiants, personnes aisées et sans le sou. Cependant, quand je suis arrivée, l’ambiance était tendue : l’ancien gérant avait baissé les bras, il était en froid avec de nombreux élèves et le chiffre d’affaires était en chute libre. La première semaine a été un cauchemar, puis, à force de patience, de rigueur et de bonne humeur, j’ai réussi à inverser la tendance. »

DES MÉTHODES RIGOUREUSES
Pour obtenir ce résultat, cette ancienne championne d’athlétisme a pris le taureau par les cornes. D’abord, restaurer la confiance grâce aux contrats, aux factures et aux paroles tenues. Ensuite, montrer son professionnalisme, en équipant l’auto-école de matériel performant, vidéo-projecteur, nouvelles séries sur DVD et logiciel d’évaluation. Enfin, établir le contact avec les élèves, notamment en salle de Code. « J’aime bien la pédagogie, ça doit se sentir, indique-t-elle. En salle, je communique beaucoup, j’adapte les réponses et, surtout, je ne laisse personne de côté. Il y a un véritable esprit d’entraide qui contribue à la bonne ambiance de l’auto-école. » Quant au prix, il n’entre pas dans la stratégie, ou alors d’une manière inattendue. « Quand je suis arrivée, j’ai augmenté les prix de mon prédécesseur de 225 euros, calcule Edwige Colombier. Je ne pouvais pas travailler à des tarifs pareils : à l’époque, les concurrents proposaient une formule B tout compris à 3 200 francs (490 euros environ). Au début, les élèves ont un peu râlé, mais ça s’est vite calmé quand j’ai expliqué ma démarche. Les gens sont prêts à payer un peu plus cher si le service est de qualité ! » La politique franche d’Edwige Colombier est efficace. Depuis qu’elle a repris ce bureau, elle en a racheté un autre et a revendu celui de Saint-Just-Saint-Rambert. Aujourd’hui, elle ne souhaite plus s’étendre, car elle a parfois du mal à faire face à son succès. Mais cela ne l’empêche pas d’avoir de multiples projets. Le premier vient d’être réalisé : depuis septembre, le centre de conduite forézien propose à nouveau l’enseignement de la moto.

QUAND LE FISC S’EN MÊLE…
A l’autre bout de la ville, Christophe Taton et son épouse Anne-Marie ont également pour leur auto-école des ambitions qui dépassent le permis B. Mais, avant d’en arriver là, ils ont parcouru un sacré bout de chemin, pas toujours des plus agréables, du reste. « Mes parents avaient une auto-école à Saint-Étienne depuis les années 1980, raconte le gérant. Personnellement, je les ai rejoints au début des années 1990, en dépannage dans un premier temps, puis en association, à partir de 1995. » Tout va bien, puis… un jour, un contrôleur fiscal vient mettre le nez dans les comptes de l’entreprise et tout s’effondre. « Il y a eu une très grosse erreur chez nous, explique pudiquement Christophe Taton. Pendant dix mois, les services fiscaux ont épluché toutes les archives. Au bout du compte, nous n’avons pas pu prouver notre bonne foi. Le redressement s’élevait à 670 000 francs. Il a fallu courir les banques pour obtenir un crédit d’impôt et nous avons fini de payer il y a six mois… La conclusion, c’est qu’à trop vouloir faire les malins, on finit par se planter. » Si ce redressement fiscal est la pire chose qui soit arrivée à Christophe Taton, c’est également l’évènement qui l’a obligé à évoluer. Car, pour payer les traites, il n’y avait pas d’autre choix que de se remettre au travail, vite et bien. Première mesure, l’école européenne de conduite se diversifie : après avoir proposé la formation voiture pendant des années, les gérants décident d’ouvrir leur carte aux deux-roues. « J’ai suivi les conseils de mon formateur moto, je suis allé exposer au salon de la moto, indique Christophe Taton. Très rapidement, les inscriptions ont afflué. Nous travaillions régulièrement jusqu’à 22 heures. » Remis dans le droit chemin un peu brutalement, le gérant reprend les choses en main et fait des découvertes : « A partir du moment où les affaires sont claires, dit-il, une entreprise peut prétendre à des aides. Nous en avons donc profité pour nous former ». Fins limiers, Christophe et Anne-Marie décident de préparer le BAFM, pour ouvrir, à terme, un centre de formation de moniteurs. C’est madame qui s’y colle, pendant que monsieur gère l’auto-école. Une bonne idée, puisqu’Anne-Marie Taton est titulaire de ce diplôme très recherché depuis quatre ans. « C’est là que l’univers de l’auto-école s’est mis à évoluer, reprend l’exploitant. Le permis à points a fait son apparition, puis les stages de gestion pour les propriétaires d’auto-écoles, ainsi que les stages de revalorisation des connaissances. Au final, nous nous sommes rendu compte que d’autres formations seraient plus rentables que la préparation au Bepecaser. Aujourd’hui, Anne-Marie prête ses services de BAFM en tant que prestataire de service à des centres de formation et nous avons fait les démarches nécessaires pour devenir centre de récupération de points. »

FORMER DES PERSONNES HANDICAPÉES
Dernier rendez-vous en périphérie de Saint-Étienne. Marie et Raymond Sanchez sont installés à Saint-Just-Saint-Rambert depuis 1978. Au cours de la longue vie de leur auto-école, ils ont proposé à peu près toutes les formations, de la voiture, classique, au poids lourds, en passant par les deux-roues et les permis remorques. Leur longévité, et la constance de leur travail leur confèrent une bonne réputation et une place importante dans la vie locale. Mais il a fallu de la méthode pour en arriver là. « Personnellement, je pars du principe que tout passe par la théorie, explique Raymond Sanchez. Tous les apprentissages pratiques sont d’abord abordés en salle. De cette manière, les élèves savent à quoi s’attendre, ils ont déjà réfléchi aux difficultés, ils n’ont plus qu’à mettre en application ce qui a été expliqué. » Depuis 28 ans, le gérant assure lui-même ces formations en salle. Mais, depuis peu, il forme ses moniteurs pour qu’ils puissent prendre le relais. A l’AERS (Auto-école Raymond Sanchez), trois moniteurs sont salariés et bénéficient de conditions de travail étudiées. Car l’exploitant a des principes et des valeurs qu’il veut voir appliqués par tous. « Le personnel est difficile à trouver, commence Raymond Sanchez. Mais ça ne m’empêche pas d’être exigeant. Quand un enseignant arrive, je lui communique notre plan de formation pour qu’il se mette au diapason de notre façon de travailler. Régulièrement, j’assiste aux leçons en voiture avec des élèves difficiles, pour faire le point. Et, dès le début, je propose au moniteur de partir en stage de perfectionnement. C’est bon pour l’auto-école, et pour le formateur, qui s’ouvre ainsi sur d’autres choses. En complément, nous communiquons beaucoup. » Ce fonctionnement bien rodé permet au couple de gérants d’envisager aujourd’hui de nouvelles orientations pour leur entreprise. Depuis quelques années, ils adhèrent à nouveau au CNPA et à l’ANPER, pour se tenir au courant, d’une part, et participer à des actions de sécurité routière, d’autre part. En plus des leçons de conduite, Raymond Sanchez a ainsi participé récemment à des actions auprès des séniors. Cependant, s’il a trouvé l’expérience intéressante, il préfèrerait entreprendre des actions plus précoces, notamment avec l’Éducation Nationale. Mais la grande nouveauté, pour cette auto-école, n’est pas la formation extra-permis. En effet, cette année, les Sanchez ont décidé de se lancer dans le BEA, c’est-à-dire le permis adapté aux personnes à mobilité réduite. « Nous avions eu une demande pour la sœur handicapée d’un élève valide. A l’époque, nous n’avions pas de véhicule adapté, mais j’en avais loué un à la demande des parents. Je me suis rendu compte que c’était intéressant : ces élèves ont d’autres valeurs, d’autres motivations. Et, en tant qu’enseignant, c’est intéressant de s’adapter à de nouvelles problématiques. » Au final, Raymond Sanchez vient d’investir dans un 1007 à boîte automatique, qu’il a fait aménager. Dans la foulée, il a contacté les kinésithérapeutes, ergothérapeutes, et autres médecins spécialisés, pour signaler son initiative… Et, le bouche à oreille aidant, il a déjà plusieurs demandes. « Nous avons malheureusement autour de nous des gens qui ont eu des accidents et qui se trouvent dans des situations délicates, explique Raymond Sanchez. Par conséquent, proposer cette formation est un coup de cœur, pas une histoire de rentabilité. L’idée n’est pas de faire de l’argent, mais de faire quelque chose de bien. Il nous reste 10 ans à travailler, on peut se permettre de faire des choses par envie, qui ne sont pas forcément lucratives. » Une initiative généreuse, qui montre que le salut des auto-écoles ne se situe pas uniquement au niveau du profit !

Cécile Rudloff



NON À LA NOUVELLE MÉTHODE DE RÉPARTITION !
Le basculement est prévu pour le 1er septembre prochain. A cette date, toutes les places d’examens du département de la Loire seront attribuées en fonction de la nouvelle méthode de calcul. Et ce, malgré les protestations de la profession. « Nous avons frappé à toutes les portes, indique Michel Thiolier, président de l’association pour la défense de l’enseignement de la conduite automobile, sécurité et éducation routière (ADECASER). Nous avons écrit au ministre, au délégué  à la sécurité routière, au médiateur de la république… Mais on veut quand même nous imposer cette nouvelle méthode. Or, nous ne voulons pas de ce système qui nous pénalise et pénalise les élèves. Nous envisageons de renvoyer les dossiers des candidats en échec à la préfecture. »


Centre de conduite Forézien
Gérant : Edwige Colombier
Bureaux : deux
Effectifs : six enseignants, une secrétaire et une comptable à temps partiel
Formations proposées : A, B, AAC, BSR
Inscriptions : 220 inscriptions au permis B à « La Métare », une centaine à Villars.
Véhicules : quatre Peugeot 206, une Peugeot 307, deux Honda CBF 500, une Honda CBF 125, un scooter
Tarifs : 805 € l’équivalent d’une formule B, 30 € l’heure de conduite

Ecole Européenne de Conduite
Gérant : Christophe Taton
Bureaux : trois
Effectifs : sept enseignants
Formations proposées : A, B, AAC, BSR, stages récupération de points, capacité de gestion et réactualisation des connaissances
Inscriptions : 90 à 100 inscriptions en moto, 230 inscriptions en voiture
Véhicules : cinq 306 et trois Kawasaki ER5
Tarifs : 835 € l’équivalent d’une formule B, 30 € l’heure de conduite

Auto-école Raymond Sanchez
Gérant : Raymond Sanchez
Effectifs : trois enseignants
Formations proposées : A, B, AAC, BSR, E(b), BEA
Inscriptions : environ 80 inscriptions en moto, 70 en BSR, 200 en voiture et une vingtaine en E(b)
Véhicules : trois C3, un Peugeot 1007 aménagé, un Volvo XC 90, trois Kawasaki ER5, deux boosters, un Yamaha 125 SR
Tarifs : 980 € l’équivalent d’une formule B, 31,50 € l’heure de conduite


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