Passer l’examen du permis de conduire dans des délais raisonnables semble de plus en plus utopique dans le Pas-de-Calais. Inquiètes, les auto-écoles du département montent au créneau.Ce n’est pas la première fois que La Tribune des Auto-Écoles se fait l’écho d’un manque de places d’examens dans le Pas-de-Calais. Mais depuis quelques mois, les auto-écoles de ce département perdent vraiment patience. En cause, toujours le manque cruel de places d’examens et d’inspecteurs. Les délais d’attente pour un premier ou un deuxième passage sont d’environ 4 à 5 mois. Une situation aggravée par les récentes intempéries, qui ont entraîné l’annulation de nombreux examens pratiques. Résultat, les auto-écoles sont confrontées à un afflux massif de demandes de passages du permis de conduire mais ne peuvent pas suivre. Une situation qui bloque leur activité et les place dans une position délicate.
UNE SITUATION TRÈS PRÉOCCUPANTEMarie-Françoise Le Berre, gérante de l’auto-école Constant à Lens et présidente départementale du CNPA, constate que le coefficient d’attribution des places d’examens a énormément chuté depuis deux ans. « Il était de 2,28 en février 2008 et n’est plus que de 1,10 aujourd’hui. Même en ne passant que des candidats B1 (première présentation), on ne s’en sort pas. Les auto-écoles qui font beaucoup de conduite accompagnée sont pénalisées, car les élèves en AAC ne font pas partie de la population de référence. Concrètement, ils ne peuvent pas passer l’examen. Comment dans ces conditions favoriser la conduite accompagnée comme le veut la réforme ? » Pour Marie-Françoise Le Berre, le problème tient notamment au fait que « les inspecteurs ne font pas que du permis de conduire, mais ont d’autres activités : missions de sécurité routière, activités syndicales, fonctions à la mairie, etc. »
Joël Mortier, gérant de trois auto-écoles dans le Pas-de-Calais et président départemental de la FNEC, pointe également du doigt les délais d’enregistrement des dossiers des élèves.
« Ce qui bloque, c’est qu’il faut plus de deux mois pour faire enregistrer un dossier en préfecture ! » Directeur de deux écoles de conduite à Arras et adhérent de l’Unidec, Jean-François Malbrancq regrette que « lorsqu’un élève vient s’inscrire, on ne peut pas programmer la date où il pourra passer son permis. On se fait agresser verbalement par les élèves et les parents, qui nous tiennent pour responsables de la situation. Il arrive aussi que des élèves en cours de formation ne nous donnent plus signe de vie. Il faudrait des places d’examens en quantité suffisante pour pouvoir former les élèves en temps et en heure. »
RÉUNION CONSTRUCTIVE À LA PRÉFECTUREDans ce contexte, une délégation de syndicats d’auto-écoles (CNPA, FNEC, Unidec, Unisdeca) a été reçue le
16 avril à la préfecture d’Arras par Raymond Le Dun, secrétaire général de la préfecture et Michel Stoumboff, directeur de la DDTM (Direction départementale du tourisme et de la Mer). Plusieurs avancées ont été obtenues : un inspecteur de plus pour le département, 50 sessions d’examens supplémentaires chaque samedi et la promesse de réduire les délais administratifs à l’inscription à trois semaines au lieu de deux mois.
Si les représentants syndicaux estiment unanimement avoir été écoutés et entendus et ont bien accueilli ces avancées, ils attendent des résultats concrets. « 50 examens supplémentaires chaque samedi, c’est bien, estime Marie-Françoise Le Berre, mais je doute que cela suffise pour le département. Quant à la réduction des délais administratifs d’enregistrement des dossiers, nous attendons de voir. Nous espérons aussi que l’instauration du bilan de compétences à l’examen va nous amener une bouffée d’oxygène. »
Joël Mortier regrette pour sa part que certaines demandes n’aient pas abouti. « Nous avons proposé que les examens supplémentaires puissent être passés un autre jour que le samedi, en semaine, et également sur les centres secondaires. Mais ces deux demandes n’ont pas été acceptées. Et il n’y a pour l’instant qu’une personne supplémentaire pour l’enregistrement des dossiers, alors qu’on nous avait annoncé trois vacataires. Nous avons tout de même un motif de satisfaction : la confirmation de l’ouverture d’une piste moto à Calais, près de l’aéroport de Marck, pour le passage des examens. »
RISQUE DE LICENCIEMENTSEnfin, Jacques Brasseur, président de l’Unisdeca, estime que « si en période normale, on peut tout à fait admettre que les inspecteurs se consacrent à d’autres activités que faire passer l’examen, en période de crise, il faut qu’ils se recentrent sur leur activité première. Les petites auto-écoles n’ont pas l’air de trop souffrir du manque de places d’examens, mais les établissements plus importants, qui ont un grand nombre de salariés, sont dans une situation délicate. Si le contexte actuel ne s’arrange pas, des licenciements sont à craindre. »
Une prochaine réunion entre les syndicats et la préfecture est prévue début juillet afin de faire le point sur la situation.
C. S.