Après le blocage de plusieurs raffineries, les auto-écoles ont subi en novembre 2022 une nouvelle hausse du prix des carburants qui s’ajoute à la revalorisation des salaires. Cette situation devrait engendrer le gel des investissements et des recrutements.
Face à la pénurie de carburant liés au blocage des raffineries, les écoles de conduite ont dû mettre en place des solutions alternatives pour pouvoir continuer de travailler. « De ce fait, les impacts ont été assez limités », estime Bruno Grancher, président de l’UNIDEC. En effet, toutes les auto-écoles ont déployé des trésors d’imagination pour trouver du carburant. « Les formateurs n’ont pas hésité à venir plus tôt et à rester plus tard pour faire la queue dans les stations », explique Pascal Augé, gérant du CER Bobillot à Paris. « Nous n’avons jamais eu de réservoirs à sec, même si parfois nous avons eu quelques frayeurs. Heureusement, nous avons encore des voitures au diesel, un carburant qu’il était plus facile de trouver. » Des groupes WhatsApp ont été créés au sein des entreprises pour s’indiquer les stations ravitaillées.
Prioriser les élèves en fin de formation
Autre consigne donnée par les gérants : ne jamais attendre d’être sur la réserve pour faire le plein. « Cela a quand même généré du stress chez les salariés », note Marie Martinez, responsable de l’auto-moto école du Trèfle à Conflans Saint-Honorine, dans les Yvelines. Dans cette entreprise, trois voitures avec le plein ont été réservées pour les examens. En effet, les écoles de conduite ont priorisé les élèves en fin de formation. Par ailleurs, les kilomètres ont été rationalisés pour limiter la consommation. Excepté pour les motos dont les réservoirs sont plus petits. « Comme nous avons des sessions de formation de 3 ou 4 heures, il nous est arrivé d’aller faire le plein au fin fond des Yvelines », se rappelle Pascal Augé. Du fait de cette débrouille, très peu de leçons ont été annulées. « Nous n’avons pas facturé les heures où nous faisions la queue avec les élèves pour faire le plein. » De son côté, Mobilians-ESR a écrit aux préfets pour que les auto-écoles figurent sur la liste des professions prioritaires. « Les préfets d’Occitanie ont accepté, pas ceux de la région PACA », indique Patrice Bessone, président de Mobilians-ESR.
Vers une augmentation des tarifs ?
Si le manque à gagner lié à ces blocages n’a pas été quantifié, les écoles de conduite ont subi dans la foulée, une nouvelle hausse du prix du carburant. Notamment en novembre 2022 quand les aides de l’État sont passées de 30 à 10 centimes. « C’est une double peine », analyse Pascal Augé. Celui-ci gère une quinzaine de voitures et autant de motos. « Entre les hausses du prix du carburant et la revalorisation des salaires, nous nous attendons à une hausse de nos coûts de revient de l’ordre 20 à 30 %. » Pas question pour autant pour cet établissement d’augmenter l’heure de conduite. D’une part car elle est déjà à 70 euros ; d’autre part car une augmentation a eu lieu il y a 6 mois. « Les élèves subissent aussi l’inflation », rappelle Pascal Augé qui prévoit d’absorber le choc en réduisant ses marges. L’auto-école Le Trèfle ne va pas non plus augmenter le tarif horaire car les prix ont été relevés de 3 euros en 2022. « Impossible pour l’instant de les augmenter à nouveau car cela ne passerait pas auprès des élèves », affirme Marie Martinez. L’entreprise compte seize voitures et une vingtaine de motos. « Nous allons attendre le bilan de fin d’année pour envisager une nouvelle augmentation en 2023. Pour l’instant, nous puisons dans notre trésorerie. » Dans les Landes, Sandra Carasco gérante d’une école de conduite et présidente de l’UNIC, dresse le même constat. « Le pouvoir d’achat de nos élèves s’amenuise lui-aussi. Nous ne pourrons pas éternellement augmenter le prix des leçons. Cette année, j’ai passé l’heure à 50 euros pour revaloriser les salaires. Décemment il faudrait être à 60 euros, voire 70 euros pour couvrir la hausse des coûts et dégager quelques marges. C’est inenvisageable en province. » L’UNIDEC estime qu’il faudrait augmenter les prix de 10 % pour couvrir à la fois la hausse du carburant et des salaires.
Gel des investissements et des embauches
Si aucun gérant d’auto-école n’envisage une réduction du parc, presque tous prévoient de geler les investissements. « Je ne vais pas renouveler toutes les voitures. Nous allons agir pour qu’elles tournent le plus possible », affirme Sandra Carasco. L’UNIDEC suggère un plus grand usage des simulateurs de conduite et la mise en place de formations plus collectives. « Il va falloir explorer de nouvelles voies pour que le coût de production reste contraint et acceptable par les élèves », indique Bruno Garancher. Mobilians-ESR préconise la pose d’un boîtier pour rouler à l’éthanol. « Sauf que les constructeurs français refusent cette option quand la voiture est en location », regrette Patrice Bessone. « Les écoles de conduite devront peut-être étudier la question de l’achat. » Marie Martinez envisage pour sa part d’opter pour des véhicules hybrides. « Surtout pas pour de l’électrique à la fois pour des raisons éthiques mais aussi car le prix de ces voitures a explosé et qu’il faudra financer leur rechargement. » Une décision qui inquiète Mobilians-ESR. « Le gel des investissements serait très dérangeant car l’Europe et l’État français veulent un verdissement des flottes », indique Patrice Bessone. Lequel rappelle le prêt débloqué par la BPI pour acheter un véhicule électrique. « Ce dispositif reste un prêt qu’il faudra rembourser. Si les professionnels ne sont pas aidés pour amortir l’inflation, ils auront du mal à investir ? » D’où la volonté de Mobilians-ESR d’inscrire les écoles de conduite dans la liste des « gros rouleurs ». Le cas échéant l’inflation sur les carburants risque aussi de mettre un coup d’arrêt aux recrutements. « Ce n’est pas le moment d’embaucher ! », s’exclame Marie Martinez. Sandra Carasco a elle-aussi gelé les embauches, « même si les plannings sont bien remplis ». Bruno Garancher estime que des licenciements pourraient intervenir si le marché s’effondre. « Si le prix du permis de conduire augmente de 20 à 30 % à cause de l’inflation, il faudra se poser la question de l’acceptabilité. »