Déjà largement secouées par les multiples réformes et la concurrence des plateformes, les écoles de conduite n’étaient pas prêtes à affronter un arrêt total de leur activité. Pour autant, face à cette situation de crise, la profession se révèle solidaire et inventive, en attendant avec impatience la reprise.
Incroyable, impensable, inimaginable… Les mots manquent pour dire la stupeur qui a frappé les Français lorsque mi-mars presque toute la vie économique et sociale s’est arrêtée sur l’ensemble du territoire français. Il faut dire que tout est allé très vite. Des paroles rassurantes de l’ex-ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui affirmait en janvier que la propagation du coronavirus était maîtrisée, le ton a soudain changé avec la prise de parole, le jeudi 12 mars, du président de la République, Emmanuel Macron, annonçant la fermeture des établissements scolaires à partir du lundi 16 mars.
Dès le lendemain, vendredi 13 mars, le Snica-Fo demandait l’arrêt de tous les examens du permis, afin de protéger les inspecteurs du permis d’une éventuelle contamination, notamment dans l’espace confiné des véhicules d’examen. Dimanche 15 mars, l’information tombait : tous les examens étaient annulés jusqu’à nouvel ordre. Un communiqué de la DSR officialisait la nouvelle : « À la suite des décisions du Premier ministre le 14 mars, l’activité du permis de conduire est interrompue à compter du 16 mars, pour une durée indéterminée. Cela entraîne par conséquent, le report sine die des examens pratiques du permis de conduire. De même, les épreuves de l’examen théorique général et de l’examen théorique moto sont interrompues jusqu’à nouvel ordre ».
Fermeture temporaire obligatoire des auto-écoles
En parallèle, un arrêté ordonnait la fermeture de certains types de commerce et d’établissements. Un texte trop peu précis qui laissait planer un flou sur le fait que les écoles de conduite soient ou non concernées. Finalement, l’arrêté du 15 mars 2020 paru au Journal Officiel dans la nuit du dimanche 15 au lundi 16 mars, venait préciser l’arrêté du 14 mars 2020 portant sur diverses mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus COVID-19 : « Les établissement d’éveil, d’enseignement, de formation (…) ne peuvent plus accueillir du public jusqu’au 15 avril 2020 ». En clair, les auto-écoles étaient frappées de fermeture temporaire obligatoire pour une période d’au moins un mois. Et le lundi 16 mars au soir, le président de la République s’adressait une nouvelle fois aux Français pour annoncer le début de l’obligation de confinement — cependant, sans jamais prononcer le mot — afin de lutter contre la propagation du virus et éviter l’engorgement des salles de réanimation dans les hôpitaux français, alors que l’Italie faisait déjà face à une catastrophe sanitaire.
Des aides financières de l’État
Si à l’instar d’une grande part de la population française, la profession a plutôt compris la décision de confinement pour protéger les Français de cette épidémie, il n’en reste pas moins que les conséquences économiques sont désastreuses, notamment pour les PME et TPE, qui constituent le terreau de l’économie française. C’est pourquoi Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a rapidement annoncé la mise en place de mesures d’aides exceptionnelles pour aider les entreprises à éviter les licenciements et les fermetures (arrêt de travail pour garde d’enfant, simplification de l’accès au chômage partiel, fonds de solidarité pour les indépendants, garantie financière de l’État pour les prêts bancaires, possibilité de report de paiement des charges, des impôts, de certaines factures, etc.). Les éditeurs pédagogiques ont, quant à eux, également fait un geste en permettant à leurs clients de reporter certaines échéances et/ou d’annuler certaines facturations.
« La période est inédite, on avance en terre inconnue, reconnaît Patrick Mirouse, président de l’UNIDEC. Mais on constate une grande disponibilité de l’État, on ne peut pas le reprocher ». Toutes ces mesures ont été largement relayées et expliquées par l’UNIDEC et le CNPA-ER, via des séances de questions-réponses en direct sur Facebook time animées par Lorenzo Lefèvre du CNPA-ER, des tutos, des vidéos, des documents diffusés par Internet ou sur les réseaux sociaux. Les syndicats ont joué la carte de la solidarité et bien souvent ouvert leurs services à toutes les écoles de conduite, qu’elles soient adhérentes ou non.
Si les mesures annoncées par l’État ont été saluées, elles ont cependant souvent été jugées insuffisantes, notamment par Philippe Colombani, président de l’UNIC qui souligne que les reports de paiements règle peut-être le problème pour le moment, mais qu’il faudra bien mettre la main au porte-monnaie plus tard. C’est pourquoi, il a adressé une lettre ouverte au ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, le 23 mars, demandant, entre autres, « une aide immédiate pour les gérants non-salariés d’auto-écoles, qui auront tous besoin de plus de 1 500 euros » et « l’annulation des charges sociales sur la période pour l’ensemble des auto-écoles », ou encore « la suspension immédiate, et jusqu’à un retour à la normale, de toutes les réformes en cours : arrêté prévoyant un modèle de contrat-type, livret d’apprentissage numérique, expérimentation des attributions des places en Occitanie et comparateur en ligne ».
Report d’échéances réglementaires en relation avec le Code de la route
Justement, cette suspension de l’activité a également des incidences sur des échéances réglementaires ou le planning de mise en œuvre de mesures en rapport avec le Code de la route et l’enseignement de la conduite.
Ainsi, comme le demandait l’UNIC, les réformes ont été momentanément mises au point mort. L’expérimentation de RdvPermis en Occitanie a été suspendue et le lancement de la plateforme comparative des auto-écoles prévu mi-mars, a été reporté à une date non-déterminée. Les examens moto étant arrêtés, la fin de la période de transition fixée au 31 août 2020 lors de la mise en œuvre des nouveaux examens moto le 2 mars dernier, a été repoussée au 31 décembre 2020.
De même que la durée de validité de 5 ans du Code bénéficie d’un report de 3 mois. En d’autres termes, si la fin de validité du Code tombe pendant la période de confinement, sa validité est prolongée de 3 mois.
Enfin, les détenteurs d’un permis de conduire nécessitant de passer une visite médicale périodique ont également droit à un report à la fin de la période de confinement si la date du contrôle médical est prévu pendant la période d’obligation de rester confiné chez soi. Par contre, la mise en application à partir du 1er juin 2020 du modèle de contrat-type validé par le ministère de l’Économie et des Finances, semble jusqu’à présent maintenu.
Conserver un lien avec les élèves
Mais si l’on peut dégager un aspect positif de cette situation de crise hors-norme, c’est l’émergence d’initiatives solidaires. Outre les syndicats qui n’ont pas ménagé leur peine pour informer et répondre aux multiples interrogations de la profession, la question de conserver un lien avec les élèves, malgré la fermeture des établissements est rapidement apparue comme primordiale. Certaines auto-écoles ont tourné des petites vidéos rappelant les règles de base à connaître sur les panneaux ou comment se placer sur la route, et diffusé ces mini-cours filmés sur le compte Facebook de l’auto-école. Pour leur part, CER, ECF et Codes Rousseau ont lancé une chaîne YouTube « Mon auto-école à la maison » alimentée par des pastilles animées par deux enseignants de la conduite, afin de faire quelques rappels réglementaires et donnés des conseils liés à l’apprentissage théorique et pratique. De même que les éditeurs pédagogiques, Codes Rousseau, ENPC/EDISER et Planète Permis ont proposé avec l’ANPER et le CNPA-ER quatre séries de tests de 40 questions. Si toutes ces initiatives limitées à la période de confinement n’ont pas vocation à concurrencer les classiques séries de tests et encore moins les cours pratiques, « cela permet aux écoles de conduite de pouvoir répondre aux élèves dans cet élan de solidarité », souligne Patrice Bessone, président du CNPA-ER. Une solidarité que l’on retrouve entre écoles de conduite. L’UNIDEC a, par exemple, ouvert une cellule de soutien dans le cadre du confinement. Animé par Marc Camiolo, psychologue du travail, expert en sociologie et adhérent ECF, ce groupe Facebook a pour but d’aider les professionnels à surmonter psychologiquement cette période difficile. Quant à Patrick Mirouse, il a incité dans une vidéo à respecter ce confinement qui doit selon lui, « être responsable, nécessaire et utile. Utile pour la santé, pour le repos car la reprise va nous demander beaucoup de force et de pugnacité. Utile pour rattraper le retard. Beaucoup de retards administratifs ont été pris dans nos entreprises du fait du rythme incessant des réformes de ces dernières années. Utile pour préparer l’avenir. Dans ce monde qui est en train d’évoluer, nous avons besoin d’avoir d’autres approches avec nos élèves et nos clients. Elles doivent être digitales bien sûr, dans l’innovation, mais aussi sur l’approche de conseils et d’accompagnement comme nous le faisons dans nos écoles de conduite de proximité ». Même volonté au CNPA, où le président, Francis Bartholomé, a indiqué travailler « sur un Plan de relance massif pour les services de l’automobile ». Baptisé Plan Global R3, pour Relance, Rapide et Responsable, cette initiative qui concerne également la branche Éducation routière, a débuté par un appel à propositions des adhérents afin de les soumettre aux pouvoirs publics. Une façon de ne pas se laisser abattre et de rester dans l’action, même en respectant le confinement. Et surtout de préparer la reprise.
Quid de la reprise, à la sortie du confinement ?
Au moment où nous bouclons cet article, la date de fin du confinement obligatoire n’était pas connue. Le gouvernement, lui-même, ne savait d’ailleurs probablement pas à quelle date il serait raisonnable de lever le confinement sans risquer de relancer une nouvelle propagation à grande échelle du virus. Pour autant, la DSR et les organisations syndicales des écoles de conduite, mais aussi des inspecteurs, réfléchissaient déjà à la reprise de l’activité.
Ainsi, Wassim Kamel, sous-directeur à l’Éducation routière, précisait : « Le nombre de places d’examens annulés en mars et en avril 2020 ne sera pas pris en compte dans l’évaluation du nombre de places d’examens à venir » et indiquait « travailler avec l’ensemble de la profession pour pouvoir programmer des places d’examens supplémentaires », à l’issue de la période de confinement. Et de conclure : « Nous essayons d’imaginer tous les leviers possibles pour permettre aux auto-écoles de retrouver un équilibre économique le plus rapidement possible ».