Dans un contexte de pénurie d’enseignants, savoir attirer et fidéliser ses salariés est devenu quasi-indispensable. Pistes à suivre.C’est bien connu, la pénurie de moniteurs est flagrante en France. Dès lors, comment, au sein d’une profession où les salaires sont bas, les conditions de travail difficiles et le turn-over élevé, attirer des moniteurs, mais aussi les motiver pour éviter qu’ils « n’aillent voir ailleurs » ? Les avantages en nature sont rares et se limitent souvent à l’usage du véhicule auto-école. Il n’est pas aisé de fidéliser les salariés, mais quelques pistes sont malgré tout à explorer, afin de proposer des conditions de rémunération et de travail plus attractives que la moyenne :
- Adapter les horaires : les horaires des enseignants de la conduite étant souvent particulièrement lourds et contraignants, surtout en ce qui concerne le permis B (midi, soir…), donner aux salariés la possibilité de choisir ou d’adapter ses horaires peut apporter un plus. Lors de l’embauche, il est possible de proposer le choix des quatre jours travaillés par semaine, d’adapter les horaires entre les salariés pour libérer certains jours (mercredi, vendredi, samedi). Pour casser la monotonie du métier, l’école de conduite pourra permettre plus de diversité au moniteur, en alternant plus souvent heures de Code, formation à la conduite, voyages-école, RDV pédagogiques…
- Miser sur l’épargne salariale : le salarié d’une auto-école a la possibilité de se constituer une épargne avec l’aide de l’entreprise. Au bout de quelques années, il peut récupérer son épargne, net d’impôts. Le versement du salarié est souvent soumis à un maximum égal à une partie de sa rémunération brute annuelle. Le chef d’entreprise complète ce versement par une participation financière, avec exonération fiscale et sociale des sommes versées.
Ainsi, Jean-Louis Bouscaren, en tant que président de la CGPME (Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises) Languedoc-Roussillon, est en train de mettre en place un plan épargne inter-entreprise (PEIE), « pour toutes les auto-écoles mais aussi d’autres professions. Cela permet de donner des compléments de salaire aux salariés, tout en présentant l’avantage de coûter moins cher pour l’entreprise qu’une augmentation de salaire, car il n’y a pas de charges. L’argent est bloqué pendant 5 ans, mais rapporte des intérêts. Et dans certains cas (mariage, pacs, achat d’une maison…), il est possible d’effectuer un déblocage anticipé et de retirer de l’argent sur cette épargne salariale. De plus, le salarié peut lui-même mettre de l’argent sur ce compte. Ce n’est pas du salaire direct mais c’est intéressant pour les petites entreprises. Une autre piste est de proposer au salarié des complémentaires maladie intéressantes, comme par exemple une prise en charge de 300 euros pour la lunetterie ».
- Encourager la diversification : un grand nombre de moniteurs ne forment qu’au seul permis B, ce qui peut devenir lassant à la longue. Pour renforcer leur motivation, il peut être nécessaire de les aider à faire évoluer leur carrière en se tournant vers des activités plus diversifiées, telles que les permis moto et/ou du groupe lourd, l’intervention dans les écoles, les formations en entreprises, la formation des publics en difficultés… L’auto-école a alors elle-aussi intérêt à se positionner sur toutes les formations du continuum éducatif afin de pouvoir offrir des perspectives d’évolution de carrières à ses enseignants. Il vaut mieux, si on en a la possibilité, investir ces marchés avant d’attendre que vos moniteurs les explorent chez une auto-école concurrente.
- Autres « petits plus » : les entreprises dont la santé financière est bonne pourront proposer une mutuelle complémentaire pour le salarié et les membres de sa famille. Il n’est pas non plus inutile de fournir aux enseignants des voitures plus confortables (merci pour le dos !), mais aussi plus habitables, plus haut de gamme et plus valorisantes. Ou pourquoi pas mettre à leur disposition des téléphones portables. Sans oublier les tickets restaurants, banals mais souvent appréciés.
En conclusion, Michel Schipman, vice président délégué national de la branche auto-école du CNPA, estime que « la motivation peut être stimulée par un meilleur rapport entre travail et salaire. Mais des éléments comme l’épargne salariale, les avantages en nature, les mutuelles… touchent à l’argent. Et qui dit argent à accorder en supplément dit également une augmentation du chiffre d’affaires, ce qui implique une inflation conséquente du coût des formations. La société est-elle prête à accepter une augmentation du prix des formations au permis de conduire ? Pas si sûr ».
C. S.