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edit_note Examens — Août 2007

Bruno Ignace Barbé, Collectif CGT Permis de conduire : « Qualitativement, l’ADR n’est pas une avancé


Chargé des relations extérieures du Collectif national IPCSR/DPCSR au sein de la CGT-PTAS, Bruno Barbé nous fait partager la vision de son syndicat sur des sujets tels que l’ADR, le nouveau CEPC, la privatisation…

LA TRIBUNE DES AUTO-ÉCOLES : POUVEZ-VOUS VOUS PRÉSENTER AINSI QUE LE SYNDICAT QUE VOUS REPRÉSENTEZ ?
BRUNO IGNACE BARBÉ : Je suis IPCSR (inspecteur du permis de conduire et de la sécurité routière) depuis 1989, d’abord en poste à Orléans, puis à partir de 1992 à Nantes. Auparavant j’ai été enseignant de la conduite à Nantes pendant près de 10 ans. J’ai toujours été militant et c’est tout naturellement que j’ai fait partie de la CFDT-ER (Éducation routière) dès mon entrée dans le service du permis de conduire. En 1995, une partie des adhérents de la CFDT nationale était en scission avec la confédération suite aux réformes des retraites, puis démissionnaires en 2003. Parmi les inspecteurs, plus de la moitié à démissionner du bureau CFDT-ER et nous avons créé le collectif national IPCSR/DPCSR (délégué du permis de conduire et de la sécurité routière) au sein de la CGT-PTAS, fin 2003. Depuis les élections des représentants des IPCSR et DPCSR en 2006, nous avons obtenu 2 sièges, ce qui nous place à égalité avec la CFDT (1 siège) chez les IPCSR (4 chez Snica-FO), et à égalité chez les DPCSR avec le Snica-FO (1 siège chacun), 0 à la CFDT. Deux ans après notre création, ce n’est pas mal. Nous comptons environ 130 adhérents parmi les 1 200 IPCSR et les 75 délégués. Nous sommes donc la deuxième force en termes de sièges. Pour ce qui me concerne, parallèlement à mon travail d’inspecteur, je m’investis dans deux domaines : syndical et sécurité routière. Je suis IDSR et j’interviens depuis 10 ans lors de formation pour les administrations.

LA TRIBUNE : QUELLES SONT, À VOS YEUX, LES AVANCÉES DE L’ANNONCE DIFFÉRÉE DU RÉSULTAT (ADR) ?
B. I. B. : En réaction à votre enquête parue dans La Tribune de mai 2007, le collectif national CGT-PTAS des IPCSR et DPCSR tient à apporter son regard sur les « avancées » – qualitatives ou quantitatives – de l’ADR. Quantitativement, d’abord. La carte en complément de votre article (de source Snica-FO) fait apparaître un peu plus de la moitié des départements passée à l’ADR et certains autres en cours de négociation. Outre le fait que beaucoup de départements sont passés à ce mode de façon illégale (voir explication du CNPA dans le n° 127), la réalité est sensiblement différente dans la mesure où cette carte reflète uniquement le permis B. Les autres catégories (ETG, B1, EB, moto plateau-circulation, PL plateau-circulation et permis administratifs) sont en résultats directs. Par conséquent, sur un total d’examens d’environ 3 300 000, ce sont 75 % qui sont en résultats directs (les titres professionnels et autres CAP, BEP et Bepecaser sont à traiter à part puisque inscrits dans des examens généraux).

LA TRIBUNE : ET QUALITATIVEMENT, L’ADR NE VOUS PARAÎT PAS ÊTRE UNE AVANCÉE ?
B. I. B. : Depuis toujours, la CGT-PTAS des IPCSR/DPCSR, dans le cadre de la mission de service public qui incombe aux inspecteurs, souhaite que le volet pédagogique de l’examen, la relation de proximité et la sécurité des agents soient préservés. À ce titre elle considère que le résultat différé n’est pas « la solution » et continue à être une force de propositions en demandant des actions sur les conditions matérielles des examens, la formation, les effectifs, le dialogue permanent et en exigeant un débat de fond sur l’avenir de l’examen du permis de conduire. Qualitativement, l’ADR n’est pas une avancée. Elle est même pour beaucoup d’agents qui la pratiquent « Affreusement Déprimante et Routinière ». Elle ne résout en rien la violence, n’apporte aucune valeur à la formation et isole encore plus l’IPCSR du public et des enseignants.

LA TRIBUNE : EN TERME D’AGRESSION, LA SITUATION EST-ELLE POUR AUTANT PRÉOCCUPANTE ?
B. I. B. : Au sein du comité d’hygiène et de sécurité national, dans lequel j’ai siégé 5 ans quand j’étais représentant CFDT, on avait commencé à recenser les agressions. On s’est aperçu qu’il y avait entre 40 et 50 agressions relevées par an. Et l’on a constaté que plus de la moitié se produisaient quand l’examen n’avait pas eu lieu, c’est-à-dire quand on rejetait un candidat qui n’avait pas un dossier complet ou une pièce d’identité. D’autre part, il faut savoir ce que l’on entend par agressions (voies de fait avec coup porté, insultes, etc). Certains collègues annulaient les examens à partir du moment où une porte claquait… Le choix de l’ADR était idéologique. Les agressions qui touchent les agents, résultat différé ou non (1 pour 50 000 examens) sont inacceptables. Chaque cas étant particulier, il convient de garder en permanence une vigilance pour que les pouvoirs publics, les médias et la société prennent en compte cette problématique et axent leur travail sur la responsabilisation. Toutefois, il ne faut pas faire croire aux gens que les inspecteurs vont travailler la peur au ventre tous les jours. Au sein du comité hygiène, on avait cerné les centres dits sensibles, à savoir la couronne Nord de Paris, Lyon, Lille ou Marseille, qui étaient dépourvus de lieux d’accueil, accentuant l’isolement de l’inspecteur et donc les risques d’agressions. À l’époque, j’avais proposé que, dans des centres sensibles, il y ait 2 inspecteurs au Code.

LA TRIBUNE : À L’HEURE ACTUELLE, UNE TELLE MESURE NE SERAIT PAS POSSIBLE ÉTANT DONNÉ L’EFFECTIF INSUFFISANT D’INSPECTEURS…
B. I. B. : Là, on tombe dans une actualité très chaude. Nous avons été choqués qu’en mai dernier, lors du congrès du CNPA, Marc Meunier, nouveau sous-directeur à la formation du conducteur, sous-entende que les inspecteurs « glandaient » et que c’était de notre faute s’il y avait trop de délais pour passer les examens. Notre analyse de fond est qu’il faut davantage d’inspecteurs. Et ce n’est pas le passage de l’examen aux 35 minutes qui a résolu le problème. Pour cette réforme, l’État a recruté 400 inspecteurs, cela ne compense pas du tout les besoins. Là, on retrouve la revendication du CNPA et des autres syndicats. S’il y a un manque de places, c’est qu’il y a un manque d’inspecteurs. Et s’il y a un manque d’inspecteurs, c’est qu’il y a eu depuis quelques années des effets d’empilement (passage de l’examen à 35 minutes, suppression du service militaire et réduction du nombre de permis passés par le biais de l’armée, instauration d’un permis EB, annulations en augmentation). Ce n’était pas 400 agents qu’il fallait recruter, mais le double. L’argument de l’État est que nous sommes le seul service public pour lequel il y a eu des recrutements. C’est vrai, mais cela ne correspond pas du tout au déficit cumulé de toute la demande. La décentralisation des budgets à l’échelon régional a encore amplifié le phénomène. Certaines régions très rurales ont des inspecteurs en sureffectif. Mais à d’autres endroits, particulièrement dans les régions à forte population et à grand dynamisme économique et universitaire, on est dans une situation d’engorgement très inquiétante. Nous reprochons à l’administration de ne pas avoir anticipé tous ces problèmes.

LA TRIBUNE : LE NOUVEAU CEPC, MIS EN PLACE EN JUILLET, VOUS PARAÎT-IL SATISFAISANT ?
B. I. B. : Avec les autres organisations d’inspecteurs, nous avons fait changer le premier modèle. Mais, nous sommes la seule organisation à avoir fait des propositions très concrètes et détaillées. Nos adhérents ont mené – sur leur temps personnel – un gros travail de réflexion dans 3 régions (Bretagne, Basse-Normandie et Sud-Ouest). Nous avons proposé d’alléger complètement les codifications (il y en avait deux fois plus que maintenant). Le modèle initial était un relevé d’erreurs. Nous avons fait remarquer à l’administration que ce n’était pas légal de signaler les erreurs sérieuses sur le CEPC d’un candidat reçu. Un policier pouvait être influencé par ce document, pour une amende par exemple. D’autre part, avec le modèle initial, il fallait que l’on note en permanence les fautes en circulant. Nous avons refusé catégoriquement. Le fait d’écrire sous le nez du candidat parasite l’examen. D’autre part, cela ne garantissait pas la sécurité gestuelle d’intervention sur volant ou sur pédale. L’administration l’a admis et maintenant, on ne note plus que pendant les vérifications et les manœuvres. Et c’est seulement à l’issue de l’examen que nous notons les erreurs sérieuses. Le modèle modifié du nouveau CEPC est mieux. Mais au niveau administratif, il reste très lourd. Les inspecteurs sont obligés de rogner sur la circulation pour remplir le document. Les auto-écoles et élèves trouvent qu’il est positif de donner un document en fin d’examen. Ce papier a lieu de permis pour les candidats reçus et de récapitulatif les recalés. Quand ils reviennent à l’auto-école, ces derniers ont maintenant, un document officiel qui atteste qu’ils on passé le permis et sert de une base de travail pour parfaire leur formation.

LA TRIBUNE : Y A-T-IL UN RISQUE DE PRIVATISATION DU SERVICE DES PERMIS DE CONDUIRE ?
B. I. B. : Officiellement, il n’y a rien. Seulement, le gouvernement est clair en ce qui concerne la fonction publique : on ne remplace plus un retraité sur deux. Et tous les services qui ne sont pas rentables seront privatisés. Nous avons tout lieu de penser que nous sommes donc concernés. Il y a des bruits que la réflexion est déjà bien menée et pourrait déboucher dès 2008. D’autant plus qu’elle est appuyée par 93 députés, avant les élections législatives, dans le cadre de la proposition de loi du député Garraud.

LA TRIBUNE : ÊTES-VOUS POUR OU CONTRE LA PRIVATISATION ?
B. I. B. : La CGT est contre la privatisation. Il faut que l’État reste maître du jeu. Nous pensons que service public est un garde-fou. Il garantit : le même contenu d’examen partout, la gratuité et la proximité. Peut-être que le privé aurait l’avantage de faire passer plus vite les candidats, mais l’examen sera peut-être coûteux. Nous, on va se battre pour conserver le service public et le permis de proximité.

LA TRIBUNE : DANS LA PROPOSITION DE LOI DU DÉPUTÉ GARRAUD, INSPIRÉE DU PROJET UNIC, IL EST PRÉVU QUE LES INSPECTEURS DEVIENNENT CONTRÔLEURS DE LA FORMATION ET DES EXAMENS. QU’EN PENSEZ-VOUS ?
B. I. B. : Certains des inspecteurs peuvent se dire, après tout, ce sera peut-être mieux d’effectuer des contrôles plutôt que des examens du permis. C’est un peu comme les suivis d’enseignement mais je rappelle que ce dispositif a capoté. Il y a très peu de départements où il y a un réel suivi d’enseignement. Je n’en ai pas fait depuis 10 ans. Mes collègues disent ne pas en faire ou très peu. Par ailleurs, si l’on est contrôleurs de centres d’examen privé, est-ce que l’on aura besoin de l’effectif actuel ? Qui dit qu’il n’y aura pas qu’un seul centre d’examen par département, que l’État n’aura pas besoin que de 3 ou 4 inspecteurs par département ? Où seront reclassés les agents ?

LA TRIBUNE : L’AVENIR N’EST PAS TRÈS ROSE…
B. I. B. : Non, en effet. Nous sommes plutôt pessimistes, car l’avenir des agents n’est pas clair du tout. Nous pensons que les auto-écoles ont eu leur rôle là-dedans, car elles n’ont eu de cesse depuis des années de demander la privatisation. Les enseignants se sont projetés eux-mêmes. Ils se sont dit, qu’ils étaient capables de faire et de la formation et du permis de conduire. Sauf que, dans les textes européens, il est marqué clairement que l’on ne pourra pas être à la fois formateur et inspecteur. Pour moi, la privatisation entraînera la fin des petites auto-écoles. J’imagine un trust ou lobby de gros centres de formation, comme un centre Leclerc, qui travaillera à côté des centres du permis de conduire. Le scénario, qu’on le prenne du côté de l’inspecteur, de l’élève ou de l’auto-école, pourrait faire bien des dégâts.

Propos recueillis par Bérengère Huvey



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