Les représentants de l’intersyndicale ont été reçus par les inspecteurs de l’Administration générale (IGA). En parallèle, ils participent à des groupes de travail organisés par la Délégation à la Sécurité routière pour étudier la mise en place de solutions qui permettraient de réduire les délais d’obtention de places d’examen.
Si début décembre 2025 l’intersyndicale a suspendu le mouvement de grève et de manifestation qui se tenait tous les lundis depuis fin septembre pour réclamer la création de 150 postes d’inspecteurs et de 20 postes de délégués supplémentaires, ainsi que l’augmentation du volume minimum de formation à 28 heures au lieu de 20 heures, elle n’a pas pour autant enterré le dossier. Loin de là. Le travail de discussion avec le gouvernement se poursuit.
Des auditions dans le cadre de l’IGA
Ainsi, la mission Flash visant à étudier des pistes afin d’améliorer le taux de réussite, annoncée fin juillet 2025, dans le Plan ministériel pour faciliter l’accès à l’examen pratique du permis de conduire, a comme l’avait indiqué le 12 novembre dernier, Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, été remplacée par une étude confiée à l’IGA (Inspection générale de l’Administration). Une première réunion s’est tenue le 8 janvier 2026, à laquelle étaient conviées les organisations professionnelles représentantes des écoles de conduite et des inspecteurs du permis de conduire. Plusieurs sujets ont été abordés portant, entre autres, sur le cursus de formation, la qualité de la formation des conducteurs, la redéfinition de l’erreur éliminatoire, l’éventualité d’un deuxième passage du permis rendu payant, etc. L’intersyndicale a bien évidemment rappelé ses revendications, notamment sur la nécessité de recruter des inspecteurs du permis supplémentaires. Les deux inspecteurs de l’IGA chargés de cette mission, Ludivine Chauvet et Xavier Giguet poursuivent leurs auditions et devraient rendre leur rapport au mois de mars.
Des groupes de travail avec la DSR
En parallèle, la Délégation à la Sécurité routière a, comme il était également prévu dans le Plan ministériel pour faciliter l’accès à l’examen pratique du permis de conduire, entamé un travail de réflexion afin de trouver des pistes d’évolution pour améliorer à moyen terme le taux de réussite. Ainsi, un premier groupe de travail s’est réuni le 18 décembre 2025, dans les locaux de la DSR, en présence de Marie-Pierre Vedrenne, signe « de l'attention que porte le gouvernement aux réflexions menées par les acteurs de l'éducation routière », soulignait la DSR dans son infolettre du 22 décembre. Un deuxième groupe de travail a été organisé le 20 janvier. Lors de ces deux réunions, les discussions ont porté sur une éventuelle réforme de la notion de faute éliminatoire et sur la création d’un test de perception du risque.
Réflexion sur la faute éliminatoire
Pour ce qui est de la faute éliminatoire, plusieurs pistes ont été évoquées : délivrer le permis à un candidat qui a fait une erreur éliminatoire à condition que ce dernier effectue un volume d’heures de formation complémentaire ; conserver mais se limiter aux cinq erreurs prévues dans l’arrêté « épreuve pratique B » et supprimer les autres cas prévus par la tablette des inspecteurs ; ou encore supprimer les cas d’erreur mentionnés dans les arrêtés « épreuve pratique » mais intégrer la définition de la directive européenne et demander aux inspecteurs de caractériser le « danger immédiat » sur leur tablette.
Patrice Bessone, président de Mobilians-ESR n’est convaincu par aucune de ces idées. « Plutôt que de faire une formation complémentaire après l’échec, mieux vaut suivre une formation plus longue et plus complète avant de se présenter à l’examen. C’est pourquoi nous demandons que le volume minimum de formation passe à 28 heures, dont 4 heures de cours théoriques en salle. Et nous continuons à réclamer l’embauche d’inspecteurs supplémentaires. De son côté Patrick Mirouse, président d’ECF, se refuse à baisser le niveau de l’examen. Il milite pour permettre de débuter la conduite accompagnée dès 14 ans et pour développer davantage ce cursus. « Cela permettrait aux jeunes d’acquérir plus d’expérience de conduite. De plus, les jeunes en conduite accompagnée ont un meilleur taux de réussite qu’en cursus classique (75% contre 58,2% en 2024). Avec un tel taux de réussite, on n’aurait plus de pénurie de places d’examen. »
Pour Christelle Oberholz, présidente de l’UNIDEC, délivrer le permis après une faute éliminatoire contre des heures complémentaires en auto-école « est antipédagogique. Au lieu d’envisager de supprimer la faute éliminatoire, il vaudrait mieux faire en sorte que les candidats connaissent le Code de la route, car l’on s’aperçoit que beaucoup de fautes éliminatoires sont dues à un manque de connaissance du Code ». Un sentiment partagé par Benjamin Panis, président de l’UNIC : « Cela va à l’encontre des principes pédagogiques fondamentaux. De plus, cela envoie au candidat un message dangereux, à savoir que même avec une erreur, ça peut passer. Pour l’UNIC, cela revient à améliorer les taux de réussite au détriment de la sécurité routière ». L’UNIC n’est pas non plus favorable à ne conserver que les cinq fautes éliminatoires prévues dans l’arrêté « épreuve pratique B ». « Nous pensons qu’il est essentiel de laisser l’inspecteur pleinement maître de l’examen. Une grille d’évaluation trop stricte et trop fermée empêcherait l’expert d’apprécier l’ensemble de la prestation. Or, il arrive qu’un candidat, pénalisé par une mauvaise gestion initiale du stress, se ressaisisse et démontre par la suite ses compétences », explique Benjamin Panis.
La création d’un test de perception du risque à l’étude
Une autre réflexion porte sur la création d’un test de perception à l’instar de ce qui se pratique en Angleterre et en Belgique. En effet, avant de pouvoir se présenter à l’examen pratique, les candidats doivent passer un test de perception des risques qui se déroulent sur ordinateur. Si le candidat échoue à ce test, il ne peut pas passer l’examen pratique. Cette idée laisse les représentants de la profession assez dubitatifs. Patrick Mirouse ironise : « On a déjà du mal gérer deux examens, alors ça ne me semble pas une bonne idée que d’en créer un troisième ! ».
Même constat pour Benjamin Panis : « L’UNIC s’oppose clairement à la création d’un troisième examen spécifique, sur le modèle britannique ou belge. Un examen supplémentaire alourdirait inutilement le parcours de formation, rallongerait les délais d’accès au permis de conduire et constituerait un frein supplémentaire pour les candidats, sans garantie d’une amélioration réelle de la sécurité routière. Les outils d’évaluation existent déjà : l’épreuve théorique et l’épreuve pratique. Il convient donc de les faire évoluer afin qu’ils permettent une meilleure mesure de la perception du risque chez le candidat, sans multiplier les examens ». Pour le président de l’UNIC, il convient surtout « de valoriser la formation en école de conduite, notamment en présentiel. L’interactivité entre les candidats et avec les formateurs constitue une réelle plus-value pédagogique, en particulier pour le travail sur l’analyse des situations et des comportements à risque ». Il propose également de revoir l’ETG. « Dans un contexte où les contraintes européennes imposent déjà l’évaluation d’un certain nombre de thématiques, le modèle actuel fondé sur 40 questions apparaît aujourd’hui dépassé. » L’UNIC propose ainsi d’étudier « une augmentation du nombre de questions, par exemple à 50 questions, un renforcement des questions réglementaires et une intégration plus structurée de questions dédiées à la perception et à l’analyse des risques ». De son côté, Patrice Bessone est perplexe : « Je demande d’abord à savoir ce que l’on appelle « test de perception des risques ». Pour moi, la perception des risques est une thématique à aborder en cours théorique, mais ne peut pas être mesurée avec un simple test. De plus, je ne suis pas certain que cela permette de relever le taux de réussite. » C’est aussi un peu ce que pense Christèle Oberholz : « Le test de perception des risques me semble plus relever de la sécurité routière que de la capacité à conduire un véhicule. Dans ce cas, je préférerais que la formation post-permis devienne obligatoire. Cela permettrait d’avoir une vraie réflexion sur des situations de conduite que les conducteurs novices ont pu rencontrer. » Pour l’heure, la DSR n’a encore rien tranché. Une prochaine réunion avec les OP est d’ailleurs programmée pour le 24 février. Les conclusions de ces réunions seront ensuite croisées avec le rapport de l’IGA, afin éventuellement d’adopter de nouvelles mesures.