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school Pédagogie — Janvier 2006

Sensibiliser aux risques liés à la fatigue au volant


La fatigue au volant est la première cause de mortalité sur autoroute. Pourtant, encore trop peu de conducteurs sont conscients de cette problématique. Après avoir fait le point sur les résultats d’études scientifiques consacrées à ce sujet, nous vous indiquons quelques conseils à communiquer aux apprentis-conducteurs, pour faire en sorte que la fatigue ne soit plus une fatalité.

Les dangers liés à l’alcool, à la vitesse ou au non-port de la ceinture de sécurité sont de nos jours bien connus. Mais le risque qu’encourt un conducteur victime de la fatigue au volant est souvent ignoré, négligé ou sous-estimé. Pourtant, cet ennemi sournois n’épargne aucune catégorie de conducteurs et peut frapper quel que soit le type de trajet effectué (déplacements privés ou professionnels, trajets courts ou longs, de nuit ou de jour, etc.). C’est pour cela qu’informer vos élèves sur ce sujet moins systématiquement abordé est loin d’être inutile. Afin de sensibiliser les automobilistes aux dangers de la conduite en état de somnolence, La Prévention Routière et l’ASFA (Association des sociétés françaises d’autoroutes) ont lancé en novembre 2005 la campagne « Ne trichez pas avec la fatigue, pausez-vous ». Cette dernière s’effectuera via la diffusion de spots radio et la mise à disposition de dépliants jusqu’à fin janvier 2006. A cette occasion, une étude détaillée menée sur 4 ans par l’ASFA donne un certain nombre de données statistiques concernant la fatigue au volant. En voici quelques éléments.

DONNÉES STATISTIQUES
La fatigue et la baisse de la vigilance qu’elle entraîne interviennent dans 15 % des accidents, et même dans 34 % des accidents mortels sur autoroute. L’étude de l’ASFA montre également que tous les trajets, quelle que soit leur durée, sont concernés par ce phénomène. Les déplacements les plus courts ne sont pas épargnés puisque 47 % des accidents mortels liés à la fatigue et à l’endormissement se produisent sur des trajets de moins de 2 heures. De même, les accidents dus à la fatigue au volant peuvent se produire sur tous types de parcours : vacances (27 %), déplacements privés hors vacances (32 %) et déplacements professionnels (41 %). Les circonstances d’accidents les plus fréquentes sont les suivantes : dans 54 % des cas, le véhicule est seul sur la route et sort à gauche ou à droite de la chaussée. Dans 22 % des accidents, le véhicule percute l’arrière d’un autre véhicule plus lent (poids lourd ou véhicule léger). Enfin, la fatigue au volant touche tous les types de conducteurs, même les plus jeunes : 20 % des conducteurs tués dans ces circonstances sont âgés de 18 à 24 ans. Cependant, les seniors ne sont bien entendu pas épargnés, puisque avec l’âge, la qualité du sommeil s’altère entraînant parfois des somnolences incontrôlées durant la journée. Ainsi, 15 % des plus de 55 ans ressentent une somnolence importante perturbant leurs activités quotidiennes plusieurs fois par semaine(1). Autre catégorie à risque, les travailleurs contraints de respecter des horaires de travail en décalage avec leur rythme biologique (travailleurs de nuit, astreints aux 3 x 8, routiers, infirmiers…). Ce travail nocturne peut entraîner une fatigue importante, une dégradation des capacités de réflexion et un allongement du temps de réaction.

AUTRES FACTEURS DE RISQUE
D’autres facteurs prédisposent à l’apparition de la fatigue au volant : manque de sommeil chronique, conduite après une journée de travail difficile, déplacement long et sans arrêt de repos prévus, conduite trop rapide. En effet, ce dernier comportement provoque une tension supplémentaire, car le cerveau a davantage d’informations à traiter et cela en un minimum de temps. On remarquera aussi que le manque de sommeil peut rendre quasiment « ivre de fatigue ». En effet, au-delà de 17 heures de veille active, les réflexes baissent autant que si le conducteur présentait un taux d’alcool de 0,5 g/l dans le sang. Enfin, certains médicaments (hypnotiques, tranquillisants…) peuvent dégrader l’aptitude à la conduite. La prise de ce type de médicaments est détectée chez environ 10 % des accidentés de la route. C’est pour cela que les boîtes de médicaments adoptent progressivement trois pictogrammes de couleurs différentes informant des risques d’altération de la conduite (voir La Tribune des Auto-Ecoles n° 112 p. 10), en remplacement du pictogramme unique.

POURQUOI RÉSISTER À LA FATIGUE ?
« Le manque de sommeil ne se traduit pas uniquement par le fait de s’endormir au volant, mais également par un rétrécissement du champ visuel, des troubles de la mémoire à court terme et un ralentissement des réflexes », souligne le docteur Pierre Philip, de la « Clinique du sommeil » de l’Hôpital Pellegrin de Bordeaux. De plus, selon une étude réalisée par Gatard & Associés(2), la fatigue provoque « une nervosité croissante et une perte de la notion de réalité ». En effet, une fois passé un certain stade de fatigue, les conducteurs se coupent du monde extérieur et ne font plus attention aux autres usagers de la route. Leur seule préoccupation est d’arriver à destination et donc de devoir résister au maximum à la fatigue. Pour cela, ils ont recours à des « solutions palliatives » pour rester éveillés : grignoter ou boire une boisson sucrée, fumer, augmenter le volume de la musique ou changer fréquemment de station de radio… Quand ce n’est pas essayer de conduire plus vite ou de manière plus « dynamique ». Ces diverses stratégies « de secours » peuvent en fait accroître la fatigue et donc le risque d’accident et ne remplaceront jamais le repos.

CONSEILS POUR ÉVITER LA FATIGUE
Pour prévenir la fatigue et l’assoupissement, voici quelques conseils qu’il est nécessaire de communiquer à tout conducteur ou apprenti-conducteur :
avant de prendre la route : s’il s’agit d’un long trajet, il faut s’accorder une bonne nuit de repos avant le départ, même si l’on tient absolument à partir tôt. Il est également nécessaire de respecter sa propre « horloge biologique interne », en adaptant son heure de départ à ses habitudes. Il faut également savoir que le début d’après-midi (entre 13 et 15 heures) et le milieu de la nuit (entre 2 et 5 heures) sont les moments où l’endormissement au volant est le plus fréquent, car l’hypovigilance (c’est-à-dire le moment où l’attention baisse ou est détournée pour diverses raisons qui vont de la distraction à la somnolence) atteint alors son maximum. Pour être plus serein, il est également préférable de ne pas se fixer d’heure d’arrivée, ce qui évitera un stress et une prise de risques inutiles. Enfin, l’alimentation a son rôle à jouer dans la baisse de la vigilance. Il fut éviter l’alcool et les aliments trop riches (qui provoquent la somnolence) et leur préférer des aliments apportant de l’énergie : fruits, crudités, légumes, grillades, féculents, œufs…
pendant le trajet : Lorsque certains signes caractéristiques de la fatigue apparaissent (regard fixe, jambes engourdies, raideurs dans la nuque et douleurs dans le dos, picotements des yeux et paupières lourdes, difficultés à se concentrer sur sa trajectoire et sur sa vitesse), il faut faire une pause. Il est donc recommandé de s’arrêter 15 à 20 minutes toutes les deux heures, par exemple sur une aire de repos sur autoroute. On peut aussi aérer l’habitacle, car une température trop haute est un facteur d’assoupissement. Si l’envie de dormir est trop présente, il faut absolument s’arrêter et faire une courte sieste (15 à 20 minutes). Enfin, si le régulateur de vitesse peut s’avérer utile lors de la conduite, il peut aussi parfois à la longue entraîner une certaine routine et une perte de vigilance.

COMMENT FAIRE PASSER LE MESSAGE AUX ÉLÈVES
Étant donné que les élèves n’ont pas eux-mêmes expérimenté les conséquences de la fatigue au volant, l’enseignant peut les faire réfléchir sur ce qu’ils ont pu constater en tant que passager. On peut ainsi leur demander de raconter leur expérience : ont-ils déjà constaté, au quotidien, en vacances ou la nuit, que le conducteur ne s’apercevait pas de son état de fatigue, ou bien tentait de résister et n’envisageait pas de s’arrêter ou de faire une pause ? Ont-ils eux-même su déceler les signes de fatigue du conducteur (clignements de paupière, bâillements, etc.) ? Ont-il pu constater les conséquences de la fatigue dans un autre domaine que la conduite automobile (sport, études, activités festives…) et en tirer des conclusions ?  D’autre part, les jeunes peuvent avoir un mode de vie parfois agité (boîtes de nuit, concerts, fêtes…) engendrant une carence importante en sommeil. Ils peuvent en effet être amenés à penser que leur jeunesse leur permet de récupérer très rapidement de leur fatigue, plus facilement que les tranches d’âges supérieures. Et si l’absorption d’alcool pour les conducteurs est désormais très surveillée dans les discothèques, il n’en est pas de même pour la fatigue, que l’on oublie trop souvent et qui se « contrôle » moins facilement. Il conviendra de leur démontrer qu’ils ont tout autant besoin de sommeil. Il faudra simplement éviter de se montrer trop moralisateur à ce sujet, et s’appuyer sur des études scientifiques prouvant par des exemples concrets la nocivité de la fatigue et du manque de sommeil sur la route, ou bien leur faire visionner des vidéos montrant des conducteurs passer à l’état d’assoupissement sans toujours s’en rendre compte. Bref, ne pas laisser le sujet… en sommeil !

Christophe Susung

(1) Source TNS Sofres : les Français et la somnolence, février 2004.
(2) « La perte de vigilance au volant due à la fatigue » : étude qualitative réalisée par Gatard & Associés pour La Prévention Routière et l’ASFA – septembre 2005.

POUR EN SAVOIR PLUS :
• www.preventionroutiere.asso.fr
• www.autoroutes.fr, un site l’on peut également visionner trois clips vidéo montrant des tests sur la fatigue au volant effectués en simulateur.
• Dépliant « Savoir prendre la route reposé et garder la forme »,
téléchargeable sur le site www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr/IMG/pdf/depliant_fatigue_2005_04_08.pdf
• www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr/data/revue/revue139/dossier/dossier_un.html :
Somnolence au volant : connaissez-vous les risques ?
• www.inrets.fr/infos/fiches/securite/pdf/sec5.pdf : Perte de vigilance et fatigue du conducteur ; des causes multiples encore à explorer.


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