« ON NE PEUT FAIRE AVANCER LES CHOSES QUE S’IL Y A UNE VOLONTÉ POLITIQUE ! »Ancien pilote professionnel moto et automobile, Hubert Auriol a fait partager son expérience de la route au grand public au travers de deux programmes courts diffusés sur TF1 en 2003 et 2004. Il publie aujourd’hui « Le guide Auriol pour mieux conduire » qui rassemble des conseils de sécurité portant sur le comportement du conducteur et sur l’état du véhicule. Un livre à consommer sans modération !LA TRIBUNE DES AUTO-ÉCOLES : POURQUOI AVEZ-VOUS ÉCRIT CET OUVRAGE ?HUBERT AURIOL : Je m’étais impliqué durant deux saisons sur TF1 dans des émissions consacrées à la sécurité routière intitulées « 100 dangers- Sans dangers » et « Questions de conduire ». Ces programmes avaient reçu un bon accueil des téléspectateurs et il m’est apparu opportun de coucher toutes ces informations sur le papier. L’idée était de chasser les idées reçues, de rappeler des règles de bon sens, de présenter aux conducteurs qui possèdent leur permis depuis plusieurs années les évolutions en matière de conduite et de Code de la route… En tant que pilote professionnel, je me suis dit : « qui peut le plus, peut le moins » et j’ai pensé que mon expérience pouvait servir.
La Tribune : Justement, au travers des réactions que ont fait suite à ces émissions, quelles sont les idées préconçues ou les ignorances qui vous ont le plus frappées ?
H. A. : Je m’étonne de voir que si nombre de conducteurs ont modifié leur comportement au volant, ils ne réalisent pas que la voiture s’use. D’où l’important de faire régulièrement les révisions. Un pneu lisse sur une voiture récente rend le véhicule aussi dangereux qu’une voiture qui roulait, il y a 50 ans. En matière de pneumatiques toujours, les gens ont tendance à penser que si le pneu est trop gonflé, il va exploser. Alors qu’un pneu sous gonflé peut tout autant éclater. Dans les points positifs, j’ai remarqué que les gens commencent à comprendre que le système ABS n’est pas la solution miracle. Trop de conducteurs réagissaient comme si les ABS les protégeaient de tout danger. Sinon, il est à noter que le port de la ceinture est devenu quasiment un réflexe pour les Français. C’est plutôt rassurant !
LA TRIBUNE : QUE PENSEZ-VOUS DES CAMPAGNES DE SÉCURITÉ ROUTIÈRE QUI UTILISENT DES IMAGES-CHOC ? H. A. : Les gens sont intelligents et ils comprennent très bien lorsqu’on leur donne des exemples pratiques qui leur parlent. Par exemple, si vous dites qu’à 130 km/h, il faut l’équivalent de la longueur d’un terrain de football pour s’arrêter, je pense que cela a plus d’effet que si l’on montre des images-choc. Parce qu’à la vision d’images macabres, on se dit que cela n’arrive qu’aux autres. On ne se sent pas concerné.
LA TRIBUNE : COMMENT JUGEZ-VOUS LE PERMIS DE CONDUIRE EN FRANCE ?H. A. : Il a beaucoup de choses à améliorer. Je remarque une différence notable entre le permis B et le A. Une personne qui obtient son permis moto a appris à piloter, alors qu’une personne qui a eu son permis B ne sait pas conduire. Elle est capable de se déplacer,de suivre des trajectoires, c’est tout. Je sais qu’en France, où l’on est dans un système démocratique, il y a une volonté « d’avoir un permis pour tous ». La question est de savoir ce que l’on veut faire des gens. Les moniteurs font plutôt bien leur travail, mais ils restent dans le cadre de leurs possibilités. Nous ne pourrons réellement faire avancer les choses que s’il y a une volonté politique. Je pense que les assureurs devraient avoir leur part de responsabilité en exigeant, par exemple, que le conducteur passe un nouvel examen s’il souhaite conduire une voiture plus puissante, ou, comme c’est le cas pour les motos, exiger une prime nettement plus importante qui ferait prendre un peu conscience de la difficulté de conduire certains modèles.
LA TRIBUNE : DANS VOTRE LIVRE, VOUS SEMBLEZ ÊTRE PLUTÔT FAVORABLE À LA CONDUITE ACCOMPAGNÉE…H. A. : Effectivement, c’est un excellent apprentissage, car vous êtes au cœur de la situation. Vous n’êtes pas stressé, car vous conduisez en compagnie d’un membre de votre famille. Et outre les heures de conduite à l’auto-école, vous vous retrouvez à la place d’un conducteur lambda confronté à divers problèmes, pendant deux ans. Vous roulez aussi bien en ville que sur autoroute. Alors qu’il est souvent difficile, notamment lorsque l’on habite dans une grande ville, de conduire sur autoroute lors d’une leçon qui dure seulement 1 heure. Là encore, je pense que les assureurs devraient s’impliquer plus en proposant des primes moins élevées à ceux qui ont suivi l’AAC, par exemple.
LA TRIBUNE : QUE PENSEZ-VOUS DU SYSTÈME DU PERMIS À 1 EURO PAR JOUR ?H. A. : C’est une bonne idée ! Pour beaucoup de jeunes, le permis est un vrai sésame qui permet d’obtenir du travail. Pour des personnes en difficulté, c’est un prêt sur l’avenir.
LA TRIBUNE : CERTES, MAIS DANS LA RÉALITÉ, LES BANQUES NE SEMBLENT PRÊTER QU’AUX JEUNES QUI OFFRENT DES GARANTIES SUFFISANTES.H. A. : Comme toujours, il y a la volonté, ensuite il y a la réalisation… Une nouvelle fois, je crois que les assureurs pourraient s’impliquer plus dans ce projet. Par exemple, ils pourraient financer le permis d’un jeune qui décide de s’assurer chez eux.
LA TRIBUNE : LES STATISTIQUES MONTRENT QUE PROPORTIONNELLEMENT LES DEUX-ROUES SONT PLUS SOUVENT IMPLIQUÉS DANS DES ACCIDENTS MORTELS QUE LES AUTRES TYPES DE VÉHICULES. VOUS QUI ÊTES MOTARD, QUELLES MESURES PENSEZ-VOUS QU’IL SERAIT SOUHAITABLE D’APPLIQUER ? H. A. : De grandes discussions sont actuellement menées au sujet des deux-roues. Des choses ont été mises en place. Par exemple, on trouve désormais plus de places de parking dédiées aux deux-roues en ville. Par contre, le problème des couloirs de bus n’a toujours pas été résolu. On créé des couloirs pour les cyclistes, ce qui est plutôt positif. Sauf qu’il y a peu de vélos comparativement aux motos et que les pistes cyclables réduisent l’espace réservé aux autres voies de circulations. Je pense que les deux-roues pourraient être autorisés à rouler dans les couloirs de bus, d’autant que ces derniers font souvent une fois et demie la largeur d’un bus. Les bus ont la place pour doubler un deux-roues.
LA TRIBUNE : CE SONT DES MESURES QUI CONCERNENT LES VILLES. ET HORS AGGLOMÉRATION ?
H. A. : Beaucoup de choses ont déjà été faites. Mais d’une manière générale, on pourrait revoir l’accès des jeunes aux grosses cylindrées, en mettant en place un permis probatoire qui instaurerait une durée minimale avant de pouvoir passer à une motorisation plus puissante.
LA TRIBUNE : CETTE ANNÉE, LES CIRCUITS MOTO SONT UN PEU PLUS OUVERTS AU GRAND PUBLIC. ETES-VOUS FAVORABLE À CETTE MESURE ? H. A. : Les circuits s’ouvrent de plus en plus au public, mais l’on manque un peu de terrains d’entraînement. C’est un défouloir extraordinaire. Il vaut mieux que les gens se défoulent pendant une heure à faire la course et rentrent calmés chez eux plutôt que de se faire plaisir sur une route et de mettre leur vie et celle des autres usagers en danger.
LA TRIBUNE : ESTIMEZ-VOUS QUE LES PROFESSIONNELS DE LA ROUTE DEVRAIENT AVOIR UN QUOTA DE POINTS SUPÉRIEUR À CELUI DES CONDUCTEURS CLASSIQUES ?H. A. : Nous sommes passés dans un système du tout répressif. Il y a une volonté de l’Etat français de faire appliquer la loi et que la loi soit la même pour tous. Mais l’on vole des points aux conducteurs qui se font prendre pour 2 km/h au-dessus de la vitesse autorisée, on les flashe parfois par l’arrière sans qu’ils ne s’en aperçoivent et ils reçoivent parfois la lettre d’information longtemps après l’infraction… Par ailleurs, pour connaître son nombre de points, il faut effectuer une démarche auprès de la préfecture car le fichier n’est pas consultable sur Internet. Bref, on peut, surtout si l’on est un professionnel de la route qui conduite toute la journée, se retrouver rapidement sans point, sans le savoir. Et en cas d’accident, même non responsable, l’assurance ne rembourse pas. C’est un engrenage qui peut ruiner une vie. On est tombé dans un excès de répression. Il y a différents niveaux d’erreurs de conduite et il est nécessaire de mieux moduler les peines.
LA TRIBUNE : ON PARLE BEAUCOUP DE CONDUITE ÉCONOMIQUE ET ÉCOLOGIQUE, QUELS CONSEILS DONNERIEZ-VOUS ?H. A. : Un seul mot : anticiper ! Il faut anticiper la conduite des autres, pour adopter une conduite plus coulée, plus douce, sans freiner et accélérer brusquement, ce qui permet de consommer moins. Evidemment, si vous envisager de changer votre voiture, il est préférable d’opter pour un véhicule moderne avec une motorisation écologique. Enfin, mieux vaut rouler à plusieurs que tout seul ou sinon prendre les transports. Mais ce conseil est valable en ville, il est plus difficile à appliquer à la campagne !
Propos recueillis par Sandrine Ancel
A lire : « Le guide Auriol pour mieux conduire », aux éditions Ramsay, 16 euros.