Les trois auto-écoles rencontrées viennent de vivre les premières semaines de la mise en place de certaines mesures de la réforme du permis. Les avis sont parfois divergents !Mâcon, préfecture du département de Saône-et-Loire, est aussi la ville la plus méridionale de la région Bourgogne. Dans cette cité plutôt tranquille de 35 000 habitants, on compte relativement peu d’écoles de conduite, c’est-à-dire un peu moins d’une dizaine, avec peu de création ou de fermeture d’établissement : l’activité reste stable.
UN GÉRANT INDÉPENDANTLe premier établissement rencontré, l’Auto-moto-école 2000, existe depuis 1981. À sa tête, Dominique Chambard, qui était auparavant salarié d’un autre établissement à Bourg-en-Bresse. L’Auto-moto-école 2000 est située dans une petite rue calme du centre-ville, à proximité immédiate de la plupart des autres écoles de conduite de la ville. Le gérant a choisi de rester indépendant et de ne pas rejoindre un groupement. « Je préfère garder les mains libres ».
Il n’est pas non plus syndiqué. « Au niveau local, je n’ai besoin de personne pour me représenter, j’agis directement si j’ai quelque chose à dire. Et au niveau national, j’estime que les syndicats n’ont pas de réel pouvoir. »
« Il n’y a pas à proprement parler de guerre des prix entre les établissements, les tarifs proposés sont dans la fourchette basse pour tout le monde. Mais un prix ne fait pas tout. Le permis de conduire, ce n’est pas un produit comme une boîte de petit pois ! »
Au niveau des places d’examens, « la situation est aujourd’hui convenable. On a eu un inspecteur supplémentaire pour faire passer des examens le samedi. Mais dans l’absolu, la conjoncture dans ce domaine reste fragile, on n’est jamais à l’abri d’une rechute. Quant à la crise, « il y a eu un léger ralentissement cet hiver, d’octobre 2009 à janvier 2010, mais rien de catastrophique. Depuis, ça a l’air d’être reparti ! »
NOUVELLE BANQUE DE QUESTIONS ETG : PAS SI SIMPLE !Mais le sujet principal touchant les auto-écoles actuellement, c’est la réforme ! « Le nouveau Code devait être plus facile, mais c’est loin d’être le cas. Les nouveaux thèmes (prise de conscience des risques, partage de la route avec les usagers vulnérables…) font pas mal de dégâts, mais les élèves vont s’y faire. D’autre part, depuis la mise en place du bilan de compétences, « un seul élève a été ajourné pour manque de points (18,5 points). Tous les autres élèves ajournés l’ont été pour avoir commis des fautes éliminatoires. Par exemple, ne pas regarder quand on coupe une voie cyclable. » La conduite autonome ? « Elle revient à travailler le point h de l’étape 3 du PNF (« suivre un itinéraire »), ce que nous faisions déjà. D’une manière générale, la réforme ne change pas grand-chose. »
Dominique Chambard émet de sérieuses réserves sur la conduite écologique prônée par la réforme. « Pour moi, c’est une utopie. Je n’essaye même pas de l’enseigner, ou alors juste quelques bases. Cela nécessite beaucoup trop d’heures. Et je n’y crois pas du tout le jour de l’examen. Enfin, l’abaissement de l’âge de l’accompagnateur AAC de 28 à 23 ans me paraît un peu juste. Dans certaines familles, le jeune en AAC pourra ainsi emmener son frère aîné en discothèque ! » Quant au permis à 1 euro par jour, il fonctionne bien à l’auto-moto-école 2000. « Même si je reconnais que ce ne sont pas forcément ceux qui en auraient le plus besoin qui en bénéficient, c’est une bonne formule que je propose systématiquement aux élèves et à leurs parents. »
Selon notre gérant, le développement de la location de véhicules à doubles commandes ne semble pas avoir atteint Mâcon. « Et de toute façon, la conduite supervisée a coupé l’herbe sous le pied à cette alternative. »
Outre la formation auto, l’Auto-moto-école 2000 forme au permis moto depuis 1991, avec environ une centaine d’inscriptions par an. « Nous pouvons disposer d’un grand parking qui appartient à la ville, qui nous sert de piste moto, mais aussi pour les toutes premières leçons auto. À propos de la formation dispensée pour l’équivalence permis B/125 cm3, nous n’avons eu en tout et pour tout que 2 candidats. En ville, il n’y a pas de demande pour le 125 cm3. »
COHÉRENCE GLOBALE DE L’ENSEIGNEMENTDominique Chambard a-t-il des projets de développement pour son auto-école ?
« Pas particulièrement. Je me contente de bien faire ce que je sais faire. » Sur le plan de la pédagogie, « nous organisons régulièrement des réunions au sein de l’équipe de moniteurs afin que tout le monde aille dans la même direction, pour qu’il y ait une cohérence globale au niveau de l’auto-école. » Le gérant précise enfin qu’il « tient à être présent dans la salle de Code. Je fais moi-même les corrections. On est enseignants et non pas montreurs de DVD ! »
Outre cette philosophie « saine », l’auto-moto-école 2000 dispose de deux autres particularités notables. Tout d’abord, ses 6 voitures-écoles bénéficient d’une décoration esthétique, originale et surtout particulièrement moderne. « Les 6 véhicules ont chacun des adhésifs de couleur distincte. Cela permet aux élèves de reconnaître immédiatement leur moniteur et leur véhicule. »
Autre atout, un site Internet lui aussi très moderne, clair et complet, œuvre de l’un des élèves de l’auto-école ! On est loin de l’amateurisme qui sévit parfois en la matière.
LA PLUS ANCIENNE AUTO-ÉCOLE MÂCONNAISELa deuxième école de conduite visitée par La Tribune des Auto-Écoles est l’établissement « historique » de la ville. Créée en 1953, l’auto-école Deguisne est gérée par Cédric Deguisne depuis 1998, également président départemental du CNPA depuis 2002.
« C’est mon grand-père qui a créé l’auto-école. Il était aussi l’un des fondateurs du CSNCRA, qui est en quelque sorte l’ancêtre du CNPA. »
« Ici à Mâcon, il y a une bonne entente entre les différents établissements », constate Cédric Deguisne. « Par contre, Mâcon a été pendant très longtemps sinistrée en places d’examens. Il y a peu, il y avait entre 4 et 6 mois d’attente pour le permis B, délais qui ont été résorbés en 2009, par une volonté de la DDT (Direction départementale des territoires) d’ouvrir des places supplémentaires. La DDT a vraiment joué le jeu. Reste que le département compte énormément de centres professionnels pour le transport routier, qui mobilisent beaucoup d’inspecteurs. Et cela n’est pas pris en compte dans le système. Sans oublier les récentes intempéries, qui ont entraîné quasiment 2 semaines d’arrêt, contre 1 ou 2 jours habituellement ! »
Concernant la réforme, Cédric Deguisne se déclare « favorable à la nouveauté. Mais il est un peu tôt pour tirer des conclusions. Une réunion est bientôt prévue avec la DDT pour éclairer certains points. Par exemple, l’élève doit annoncer au départ que les ceintures de sécurité sont bien attachées et que les portières sont fermées pour avoir ses 2 points. Pour l’instant, cela reste vague, alors qu’il faudrait que ce soit clair, net et précis. Il faudrait également savoir précisément quelles sont les attentes en matière de conduite écologique. La conduite autonome doit aussi être annoncée clairement. » Pour le nouveau Code, « il n’y a pas assez de recul pour le moment. Les moniteurs doivent se remettre un peu à jour par rapport aux nouveaux thèmes. »
L’AAC EN RECUL ?Cédric Deguisne a constaté un léger désintéressement pour la conduite accompagnée. « On est passé de 50 % d’AAC à 40 % et même 30 % ces derniers temps. Peut-être est-ce dû au fait que les jeunes ont plus d’autonomie et sont moins avec leurs parents. Ils prennent les transports en communs ou leurs scooters plutôt que de conduire avec leurs parents. » L’abaissement de l’âge de l’accompagnateur de 28 à 23 ans
« permet quant à lui d’élargir le panel d’accompagnateurs pour la conduite accompagnée, c’est plutôt une bonne chose. »
Sur le plan pédagogique, l’auto-école Deguisne ne ressent pas le besoin de travailler sur simulateur de conduite.
« Nous préférons travailler de manière traditionnelle. Et organiser périodiquement des réunions entre nos formateurs afin d’homogénéiser le discours.
On essaye de bien communiquer avec l’élève, afin d’éviter surprises et malentendus. Il est inutile de dire à un élève qu’il aura besoin de 25 heures de cours s’il en nécessite plutôt 35. »
Outre le permis B classique, l’auto-école Deguisne propose également l’apprentissage de la conduite pour les personnes handicapées. « Nous répondons aux principaux handicaps, grâce aux différents équipements montés sur l’un de nos véhicules (boule au volant, télécommande, accélérateur pied gauche, accélérateur et frein au volant…). Mais le véhicule que nous utilisons, une Clio à boîte pilotée (pas d’embrayage, passage manuel ou automatique des vitesses), n’est pas rentable si on ne s’en sert qu’en usage handicapé. Nous le rentabilisons en l’utilisant également avec les personnes qui rencontrent des difficultés avec une classique boîte de vitesses manuelle, comme par exemple des veuves qui n’ont pas conduit depuis très longtemps. »
PERMIS BATEAU : UNE RÉFORME UTILEL’une des particularités de l’auto-école Deguisne est de proposer tous les types de permis bateau. Cédric Deguisne, dont le père est vendeur de bateaux, est un passionné qui participe fréquemment à des compétitions de « Inshore » (courses en eaux intérieures), comme en attestent les nombreux diplômes qui ornent son bureau à l’auto-école. « La réforme d’il y a 2 ans a pas mal révolutionné le permis bateau »,
explique-t-il. « On est passé d’un système très hétéroclite à quelque chose de plus recentré. Il n’y a plus d’épreuve pratique, ce qui évite les déplacements de bateaux, une procédure lourde. La formation et la validation s’effectuent par l’établissement formateur. Cette réforme est bien faite et pourrait pourquoi pas inspirer le permis B. »
S’ajoute à toutes ces activités l’engagement syndical de Cédric Deguisne (délégué départemental du CNPA). « J’incite tous les adhérents du syndicat à me contacter en cas de problèmes ou de questions. Je suis également en contact avec la DDT. Il faut savoir dire les choses quand elles vont mal tout comme quand elles vont bien. Les Comités locaux de suivi (CLS) permettent également de faire progresser la profession. Je remarque enfin que le métier opère une mutation : il y a de plus en plus d’adhérents CNPA avec 1 ou 2 employés et de moins en moins d’adhérents seuls. C’est un progrès. »
QUANT UN ANCIEN ÉLÈVE REPREND UNE AUTO-ÉCOLEEn comparaison du grand nombre de formations proposées par l’auto-école Deguisne, l’auto-école Saint-Antoine paraît plus modeste. Son implantation à Mâcon est également plus récente, puisqu’elle remonte à une dizaine d’années. C’est un ancien élève, Luis Fernandes qui a repris cette auto-école en janvier 2010, après avoir travaillé dans la maintenance industrielle. « J’ai passé mon permis moto dans cet établissement, j’ai sympathisé avec son directeur, qui m’a fait part de sa volonté de céder son auto-école. J’ai sauté sur l’occasion. »
Une reprise pourtant effectuée alors que la crise rôde…
« Oui, on commence à ressentir la crise. Ce ne sont pas les élèves qui nous manquent, mais l’argent qui manque aux élèves ! » Une formule qui résume bien la situation ! « On a eu plusieurs impayés, alors on ne fait plus de crédit. Du moins, on le limite à 2 heures de conduite au maximum, car il faut tout de même faire preuve d’un peu de compréhension. Mais en général, les élèves payent les leçons qu’ils prennent, et pas au-delà. Il faut savoir que des élèves qui ne peuvent déjà pas payer les leçons ne pourraient de toute façon pas payer le contentieux en cas de poursuite. »
Autre souci, « on constate un manque de places d’examens. La « nouvelle » méthode d’attribution des places n’est pas adaptée. Elle incite à ne faire passer que des candidats B1 (en première présentation). Et ceux qui échouent, on en fait quoi ? »
LA RÉFORME BIEN ACCUEILLIELuis Fernandes se montre plus clément envers la réforme du permis. « Le nouveau permis est une bonne chose. Certes, les élèves rencontrent quelques difficultés à s’adapter aux nouvelles questions de l’examen théorique, mais le bilan de compétences fait qu’ils sont un peu moins stressés à l’examen pratique, ils ont l’impression d’avoir plus leur chance. »
Et l’éco-conduite « est une bonne idée. Dans notre auto-école, nous la dispensons une fois les 15 premières leçons passées. Il faut d’abord que l’élève apprenne le fonctionnement du véhicule avant de songer à conduire de manière écologique. » Quant à la conduite supervisée, « il y a peu de demandes. Les élèves en parlent aux assureurs, mais ces derniers connaissent très peu cette formule. Alors les élèves reviennent nous voir et sont un peu perdus. »
Parmi les projets de l’auto-école Saint-Antoine, citons la mise en place d’une heure de conduite avec GPS. « Je vais la proposer dès la rentrée. Elle se déroulera en fin de formation, et permettra aux élèves de se familiariser avec le GPS. En effet, ils sont de plus en plus nombreux à en acquérir un, une fois le permis en poche, mais ne savent pas toujours bien l’utiliser. » Une bonne idée qui pourrait faire des émules…
Christophe Susung