Afin d’améliorer le système actuel de formation, la DSCR a confié au Laboratoire d’économie et sociologie du travail d’Aix-en-Provence la réalisation d’une étude. L’objectif est d’analyser les contenus d'activités des métiers liés à la sécurité routière pour servir de support à l'élaboration de scenarii de formation pour les professionnels du secteur. Résumé.Au sein du Lest (Laboratoire d’économie et sociologie du travail), Jacques Bouteiller, Christèle Dondeyne, Chantal Labruyère et Philippe Mossé ont réalisé une étude, intitulée « Métiers et filières de formation de la sécurité routière. Une analyse en région PACA », en partenariat avec le CEREQ (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) et l’ORM (Observatoire régional des métiers de la région PACA). Le rapport final de cette étude(1) est paru le 15 novembre 2005 et a été rendu public en avril 2006.
LES OBJECTIFS DE L’ÉTUDECette étude vise à identifier et à analyser les contenus d’activités des métiers liés à la sécurité routière. Son objectif est de servir de support à l’élaboration de scénarii de formation (initiale et continue) pour les professionnels du secteur. Elle répond à une demande de la DSCR, dans le cadre d’une réflexion sur l’amélioration de l’actuel système de formation, qui comporte certaines incohérences, qui concernent en particulier le « noyau dur » de la profession, les enseignants de la conduite, dont les évolutions de carrières sont limitées. Cette absence de perspectives d’évolution renforce la faible attractivité de la profession, déjà affaiblie par des difficultés économiques. Il peut donc s’avérer intéressant pour les enseignants de la conduite d’envisager de s’ouvrir à des métiers dans les domaines de la sensibilisation en milieu scolaire, l’insertion sociale ou la formation en entreprise. Parallèlement, des formations universitaires ont été créées récemment (trois en France, dont une en PACA), dans le but d’ouvrir une voie d’élargissement aux professionnels de la sécurité routière.
LA BASE DE L’ÉTUDE : LES TÉMOIGNAGESL’étude se base notamment sur un grand nombre d’entretiens avec les professionnels du secteur de la région PACA, qu’ils soient enseignants de la conduite, organismes de formation, organisations professionnelles d’exploitants et de salariés, formateurs de moniteurs, ou enseignants de l’Éducation nationale, associations… La première partie de l’étude présente la sécurité routière telle qu’elle est abordée dans le cadre de l’Éducation nationale afin d’illustrer la notion de « continuum éducatif ». Mais ce continuum se heurte à un manque de coordination, de continuité et d’homogénéité pédagogiques. L’étude constate que la diffusion de la sécurité routière à l’école, notamment dans le cadre de l’APER en primaire et de l’ASSR au collège, se heurte encore au manque de disponibilité et de formation des professeurs. Quant aux enseignants de la conduite, ils sont peu présents dans les établissements scolaires. Lorsqu’ils interviennent, c’est le plus souvent à titre bénévole, associatif ou en tant qu’IDSR. Car peu d’établissements scolaires font directement appel à eux, craignant le coût de l’intervention.
ACTIONS LOCALES, RÔLE DES ASSOCIATIONSLa deuxième partie analyse des exemples d’actions locales. Il s’agit surtout de projets multiples qui mêlent différents niveaux de responsabilité et mobilisent différents acteurs (correspondants sécurité routière nommés parmi les élus, coordinateurs sécurité routière à la préfecture, collectivités locales, associations, « maisons de la sécurité routière »). Là encore, on constate un cloisonnement entre cette action publique locale et les auto-écoles, qui ne sont d’ailleurs pas mentionnées dans les dispositifs législatifs sur le sujet.
La troisième partie s’attache au rôle des associations dans la formation à la sécurité routière au sein des parcours d’insertion sociale. Ces formes d’intervention montrent les relations entre des acteurs très différenciés et d’autre part illustrent le rôle social, économique et civique que doit tenir la formation à la sécurité routière. Les associations jouent un grand rôle dans l’insertion des exclus du système scolaire et des publics « en difficulté ». Selon l’étude, les écoles de conduite sont encore dans leur majorité réticentes à intervenir auprès de ces publics, pour des raisons de rentabilité financière ou à cause du manque de formation des moniteurs.
ÉLARGIR LE MÉTIER ?La quatrième partie est consacrée à l’analyse du cœur des métiers de la sécurité routière. Après avoir constaté les nombreuses difficultés de la profession (conditions de travail difficiles, turn-over élevé, difficultés économiques…), l’étude s’intéresse à l’élargissement du champ d’activité des écoles de conduite. Les nouveaux domaines d’activité en matière de sécurité routière laissent souvent de côté les auto-écoles, qui elles-mêmes ne sont pas forcément promptes à s’y engager. Par conséquent, la grande majorité de la profession se cantonne à son métier de base, la préparation au permis de conduire, avec éventuellement le BSR en sus. Mais l’étude constate que la sécurité routière à l’école comme les stages de permis à points ou la formation en entreprise sont des marchés encore relativement limités pour les auto-écoles, car souvent déjà occupés par d’autres acteurs.
PRÉCONISATIONS POUR FAIRE ÉVOLUER LA FORMATIONLa cinquième partie précise les préconisations en matière de formation aux métiers de la sécurité routière formulées par l’équipe de recherche. Elles reposent sur trois scenarii, qui ont pour objet « de construire un espace de mobilité dans un marché du travail renouvelé, élargi et ouvert à la diversité des métiers de la sécurité routière ». Ils se différencient par leur caractère plus ou moins ouvert en termes d’acteurs impliqués dans la certification et la formation :
- Un scénario dominé par la profession et son administration (ministère des Transports, CSECAOP),
- Un scénario partenarial, la certification s’effectuant avec d’autres ministères (Éducation, Travail, Enseignement supérieur),
- Un scénario de partenariat mixte modulé selon le niveau de diplôme.
Dans ce cadre, et afin de remonter le niveau de formation des enseignants de la conduite et de la sécurité routière et leur offrir des perspectives d’évolution professionnelles, l’étude propose une nouvelle architecture des métiers selon leur niveau de qualification :
- Niveau IV : Enseignants de la conduite débutant, qualifiés pour intervenir auprès du public habituel.
- Niveau III : Enseignants de la conduite très qualifiés, pouvant intervenir auprès de publics présentant des déficits cognitifs, sociaux-comportementaux… pour l’apprentissage de la conduite et réaliser des missions diversifiées d’éducation à la sécurité routière ; gestionnaires d’auto-écoles ; intervenants spécialisés en éducation à la sécurité routière en milieu scolaire, entreprises…
- Niveau II : enseignants spécialisés dans la formation des enseignants de la conduite ; conseillers en actions d’éducation à la sécurité routière ou en prévention routière.
Les niveaux II et IV font déjà l’objet d’une certification (Bepecaser et BAFM). La nécessaire diversification des certifications se traduit par la création de la certification de niveau III, de type « technicien supérieur » et de certifications universitaires de niveau II, afin de créer une « filière du conseil en sécurité/prévention routière » à côté de la filière « enseignement » existante.
LE NIVEAU D’ENTRÉE DANS LA PROFESSIONL’étude propose de maintenir l’homologation au niveau IV du Bepecaser, afin de ne pas priver les candidats ne possédant que le BEPC ou sans diplôme. La nouvelle certification de niveau III permet de rehausser le niveau de formation des enseignants de la conduite. Son obtention peut s’effectuer dans le cadre de la formation continue ou par la VAE (Validation des acquis de l’expérience).
Christophe Susung
(1) voir le site http ://halshs.ccsd.cnrs.fr/halshs-00010287