Manque de places d’examens, délais d’attente trop longs entre deux examens, manque d’inspecteurs. Les problèmes rencontrés dans certains départements ont généré de nombreuses manifestations dans l’Hexagone. La pénurie en places d’examens se fait de plus en plus sentir dans un nombre croissant de départements. A tel point que plusieurs écoles de conduite ont manifesté en mai et en juin dernier, alors que d’autres sont sur le point de descendre dans la rue. Ainsi, dans le Var, « les auto-écoles rencontrent de graves problèmes de manque de places d’examens », estime Patrice Bessonne, président régional du CNPA auto-école du Var, « Cela risque d’être problématique pendant les mois d’été, qui sont des mois « pleins » où les jeunes reviennent de faculté pour finir leur formation. Le passage de l’examen pratique à 35 minutes a démarré en novembre dernier, et si l’on ajoute les vacances et les récupérations des examinateurs, la situation s’est aggravée depuis le mois de mai 2006. Nous avons besoin de renforts d’inspecteurs ». Pour ces raisons, Patrice Bessonne a organisé une manifestation le 29 mai dans les rues de Toulon, rassemblant 90 écoles de conduite sur les 110 du département. Une délégation a été reçue à la préfecture, qui a promis des réponses rapides. « Effectivement, suite à cette manifestation, nous avons obtenu une journée supplémentaire par centre d’examen. Il faut espérer qu’en juillet et en août on puisse également obtenir des renforts. Mais cela risque d’être insuffisant car il y a beaucoup de retard à rattraper ». Dans l’Essonne, une manifestation s’est déroulée le 23 juin devant la préfecture d’Evry, à l’appel du CNPA Essonne, qui a rassemblé près d’une centaine de voitures. Etaient présents à cette manifestation Daniel Quentin, président départemental du CNPA auto-école, Daniel Achard, président régional et Philippe Malpièce, secrétaire général national de la branche auto-école du CNPA. Les demandes de la délégation étaient multiples : des coefficients d’attribution des places plus réguliers, une période de renfort au cours du mois de juillet pour résorber le retard accumulé en juin, la nomination à court terme d’un IPSCR sur le département en remplacement d’un poste manquant, la mise en place d’examens supplémentaires (les samedis) au mois de juillet, voire en août pour gérer la pénurie de places, et enfin des examens effectués par le délégué de circonscription en période de crise. Après un dialogue avec l’administration, ces demandes ont été reçues favorablement, avec la promesse « que tout sera mis en œuvre pour qu’elles se concrétisent ».
LA HAUTE-CORSE EN MAUVAISE POSTUREEn Haute-Corse, la situation est jugée « très préoccupante ». Pour Martine Guadanini, responsable du CNPA auto-école du département, « les problèmes de manque de places d’examens sont très importants. On constate un fort sous-effectif d’inspecteurs. Pourtant, il y a un potentiel normal d’examinateurs en Corse du Sud, dont on pourrait bénéficier en renfort, mais ils se mettent systématiquement en arrêt maladie. Une rencontre avec la DDE en juin nous a toutefois permis d’obtenir des contingents supplémentaires d’examens, qui nous permettent de retravailler à peu près normalement, même si cela ne suffit pas à rattraper le retard. Mais le mois de juillet risque d’être chaud… ». A l’heure où nous mettons sous presse, une manifestation du CNPA de Haute-Corse était prévue pour le vendredi 30 juin.
Des exigences variables en fonction de l’inspecteur
Enfin, dans le Val-de-Marne, une délégation du CNPA a été reçue à la DDE. Selon Serge Lenoir, président départemental du CNPA, « la solution proposée par la DDE pour améliorer les résultats est, pour le permis B, de mettre les inspecteurs en binôme, pour aboutir à des résultats plus homogènes. Et la DDE nous a fait savoir qu’elle s’engageait à fournir les deux inspecteurs supplémentaires qui font défaut dans le département pour arriver à compenser « l’excès du groupe lourd ». Néanmoins, si la situation perdure et si les coefficients continuent à baisser, on pourrait organiser des manifestations… ».
LA NOUVELLE MÉTHODE D’ATTRIBUTION DES PLACES EN LIGNE DE MIRECe manque de places d’examens est, selon l’Unic (Union nationale des indépendants de la conduite), « aggravé par la mise en place de la nouvelle méthode d’attribution des places d’examens ». Même si le problème principal reste que « l’État n’arrive plus à produire des places en nombre suffisant. Dans certains départements, les délais de re-convocation des élèves peuvent dépasser les six mois. Les examens du permis de conduire sont organisés par la fonction publique, qui se doit de respecter les exigences des candidats en mettant en place suffisamment de sections d’examens » affirme Philippe Colombani, président de l’Unic. Le syndicat a coordonné plusieurs manifestations le 31 mai dernier, dans différents départements (Yvelines, Morbihan, Loire, Haute-Vienne et Seine-et-Marne). L’Unic a également envoyé un courrier à chacun des 577 députés français, mettant également l’accent sur le manque d’enseignants de la conduite, le manque de places d’examens et les « dégâts » occasionnés par la nouvelle méthode de répartition des places d’examens.
MANIFESTATIONS SIMULTANÉESDans les Yvelines, une soixantaine d’exploitants d’auto-école s’est rendue à la DDE de Versailles pour protester contre la dégradation de leurs conditions de travail liée au manque d’inspecteurs. Les manifestants ont été reçus par le directeur adjoint à la DDE, qui a expliqué que le système obligeait à envoyer des personnes bien préparées à l’examen. De nouvelles réunions avec les exploitants et la DDE sont prévues. Une autre manifestation était organisée par l’Unic le 31 mai dans le Morbihan. Environ 40 véhicules ont effectué le trajet Lorient-Vannes au ralenti, en embouteillant les principaux rond-points du parcours. Il s’agissait d’aller porter leurs revendications à la préfecture : « contre le manque d’inspecteurs et la solution trouvée par le gouvernement : la nouvelle méthode d’attribution des places d’examens ».
Toujours le même jour, une manifestation orchestrée par l’Unic a également eu lieu à Saint-Étienne pour protester contre la nouvelle méthode de répartition, qui doit être appliquée à partir du mois de septembre dans la Loire. Seules quelques auto-écoles étaient présentes. Néanmoins, un courrier a été remis à la DDE ainsi qu’à la préfecture de la Loire. La Haute-Vienne devrait également être concernée par la méthode dès septembre. C’est pourquoi une quarantaine de moniteurs d’auto-école du département ont manifesté le 31 mai devant le Pôle des administrations et services techniques de l’État en Limousin (Pastel), puis, après ont défilé dans les rues de la ville et devant la préfecture de Limoges. Le directeur délégué de l’équipement a écouté les revendications des manifestants, les assurant qu’il les ferait remonter au ministère et qu’une réunion de concertation pourrait avoir lieu. « Le gouvernement doit faire marche arrière », ont affirmé les manifestants.
DÉLAIS D’ATTENTE TROP LONGSEn Seine-et-Marne, une quarantaine de directeurs d’auto-école s’est invitée à la DDE de Vaux-le-Péril le 31 mai. Ils ont manifesté contre des délais de plus en plus longs pour passer ou repasser l’examen. Une délégation emmenée par la représentante de l’Unic réclamait l’embauche d’inspecteurs supplémentaires pour réduire les délais d’attente avant de pouvoir présenter un élève au permis de conduire. La délégation a été reçue par le directeur de la DDE 77, qui a proposé de mettre en place rapidement des indicateurs pour mesurer les besoins et prévoir ponctuellement des heures supplémentaires d’examens pour le permis B.
Pour sa part, Francis Fanen, vice-président de l’Adec 77 (Association de défense des écoles de conduite), a fait participer ses adhérents à la manifestation du 31 mai. « Le problème est en fait national et non pas simplement départemental : le gouvernement n’est pas capable d’assumer le nombre de candidats au permis de conduire. En cause, le nombre d’inspecteurs insuffisant ainsi que le passage de l’examen à 35 minutes. Et depuis deux ans, les résultats ont sérieusement baissé dans les écoles de conduite de Seine-et-Marne. Les inspecteurs sont plus intransigeants qu’avant. La nouvelle méthode d’attribution des places d’examens n’est pas encore effective en Seine-et-Marne. Nous verrons bien ce qui se passera si elle arrive, mais je ne suis pas optimiste à ce sujet ».
L’UNIDEC FAIT DES PROPOSITIONSQuant à l’Unidec, farouchement opposée à la nouvelle méthode, qu’elle juge « inadaptée et incohérente », elle a pourtant choisi de dialoguer une dernière fois avec l’administration. Pour Jean-Louis Bouscaren, son président, « nous attendons la commission nationale de suivi qui se réunit le 4 juillet, où nous allons proposer au gouvernement que l’on expérimente notre proposition de prendre comme référence pour l’attribution des places pratiques les résultats de l’épreuve théorique. Si l’administration n’accepte pas de retirer son système de nouvelle méthode de répartition, alors là, nous entamerons sérieusement des actions.
Christophe Susung
RETARD DANS L’ENREGISTREMENT ADMINISTRATIF DES DOSSIERSDans l’Eure, certains établissements ont à faire face à un autre type de problème, comme l’explique Laurent Lechevalier, de l’auto-école Rio (Louviers). « Nous connaissons depuis quelque temps non pas vraiment un manque de places d’examens mais un retard important dans l’enregistrement administratif des dossiers 02. Lorsque l’on dépose un dossier en préfecture, on le récupère seulement un mois et demi plus tard, à cause de mutations dans l’administration ! Nos bons coefficients d’attribution des places d’examens sont faussés par cette accumulation de retards d’enregistrement des dossiers. Je fais principalement les permis A et E(B), dans des délais habituellement plus courts que le permis B. Ceux qui souhaitaient passer leur permis E(B) afin de pouvoir tracter une caravane en été en sont pour leurs frais. Nous envisageons de nous regrouper et de peut-être mener une action pour essayer de mettre fin à ce problème ». Robert Malézieux, président départemental et régional du CNPA auto-école Eure et Haute-Normandie, s’alarme également de la situation : « Avec un mois de délai, quelqu’un qui viendrait pour s’inscrire au permis moto, sans avoir l’ETG à passer, se retrouve bloqué. Cela devient vraiment problématique pour la bonne marche des auto-écoles de la région ».