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school Formation — Avril 2010

-Location de véhicules-écoles-
Des acteurs peu nombreux sur un marché de niche


Sur le marché de la location de véhicules-écoles, le nombre d’acteurs se compte sur les doigts d’une main. Tributaires de l’activité des centres de formation, les loueurs réalisent une marge plus ou moins confortable qui peut être réduite à néant par une casse importante. Un risque qui limite le nombre d’intervenants.

« En France et à ma connaissance, le nombre de loueurs nationaux de véhicules lourds dédiés à la formation est de l’ordre de 3 à 5. » Francis Arnoux, gérant de Trans-Location confirme l’atomisation d’un marché sur lequel les principaux acteurs se comptent sur les doigts d’une main. Et Francis Arnoux de surenchérir : « Ce marché n’intéresse pas les loueurs traditionnels de poids lourds comme Fraikin ou Artegy qui souhaitent réaliser du volume. Les centres de formation sont peu nombreux. Nous avons une microstructure qui apporte une réponse à des besoins ponctuels. » Éric Mortier, directeur d’Anjou Loc’amion, abonde dans le même sens : « C’est un tout petit milieu. Il existe peu d’auto-écoles et de centres de formation qui opèrent sur les titres professionnels et sur les poids lourds. De plus, le marché se resserre. » Quoi qu’il en soit, si le nombre potentiel de locataires baisse, le marché de la location ne semble pas en souffrir. De plus, certains acteurs affirment que la crise n’a pas affecté leur activité. « Nous ne connaissons pas de baisse d’activité, affirme Marc Rodrigues, directeur de Gaillard Location. Nous louons de plus en plus car les besoins sont plus nombreux. En période de chômage, les budgets de formation augmentent. Les centres de formation ont davantage d’activité et ont recours de plus en plus à la location. »

UN MARCHÉ ATOMISÉ
L’histoire des principaux loueurs de la place est plus ou moins la même. À la tête d’un centre de formation, ils ont été confrontés à des surcroîts d’activité pour lesquels ils ne voulaient pas prendre le risque d’investir. Et ils ont constaté qu’ils n’étaient pas les seuls. L’idée a fait son chemin et, de fil en aiguille, ils ont créé une structure ad hoc pour louer des véhicules-écoles. C’est le cas de Gaillard Location. Créé en 1969, Gaillard Formation a développé les formations aux titres du groupe lourd. « Nous ne trouvions pas de véhicules à louer quand l’activité connaissait un pic. Ce type d’offre n’existait pas à l’époque. Nous avons donc créé une structure dédiée pour louer des véhicules pour une journée, deux jours, trois semaines ou un mois. » Aujourd’hui Gaillard Location est à la tête d’une flotte d’une dizaine de porteurs, de huit tracteurs et de deux autocars. « Le parc n’est pas énorme, explique Marc Rodrigues, mais il s’agit d’un marché de niche. » Gaillard Location réalise un million d’euros de chiffre d’affaires et emploie quatre collaborateurs. Le loueur dispose de son propre atelier où il transforme autocar et poids lourds en véhicules-écoles et ce, aussi bien pour sa propre activité que pour des concessions ou des centres de formation. Sur un mois, les tarifs de Gaillard Location s’élève à 1 700 euros
pour un porteur auxquels il faut rajouter 0,15 centime du kilomètre. Pour un autocar, le loyer mensuel est de 2 400 euros auxquels viennent s’ajouter 0,15 centime du kilomètre. Un tarif qui comprend l’entretien, le passage aux mines et la réparation des pannes à l’exclusion des accidents.

UNE OPPORTUNITÉ PROFESSIONNELLE
Éric Mortier a d’abord créé une auto-école en avril 1995 avant de développer les formations professionnelles en 2000. À cette époque, le centre d’Éric Mortier a eu l’opportunité de travailler comme sous-traitant de l’AFT-IFTIM, la structure de formation des métiers de la logistique.
« Pour nous, il s’agissait d’une opportunité économique et professionnelle. Nous avons augmenté notre parc de matériel et créé une structure de location baptisée Anjou Loc’amion qui assurait une activité plus régulière. » Aujourd’hui Anjou Loc’amion est à la tête d’une flotte de six porteurs, trois tracteurs, quatre remorques, deux semi-remorques et un autocar. « La durée d’exploitation de ces véhicules-écoles est de 15 ans », explique Éric Mortier. Les durées de location vont de deux à trois jours pour un dépannage ponctuel à des contrats qui courent jusqu’à 6 ou 8 mois. « Certains loueurs proposent des contrats à l’année à des conditions financières défiant toute concurrence, regrette Éric Mortier. Ils peuvent casser les prix en exploitant les véhicules neufs pendant 5 ou 6 ans et en les transformant ensuite en véhicules-écoles quand ils sont amortis pour les louer. Nous ne sommes pas capables de le faire. Cette pratique émascule une activité qui est déjà un marché de niche. » Anjou Loc’amion loue entre 180 et 200 euros pas jour ces véhicules-écoles. Implanté sur la région d’Angers, le loueur opère sur l’Ouest de la France.

DE LA LOCATION À L’INNOVATION
Anjou Loc’amion ne se contente pas de louer des véhicules-écoles puisqu’Éric Mortier et son équipe développent également de nouveaux équipements. En partenariat avec Scania France, dont le siège est implanté près d’Angers, Anjou Loc’amion a développé son propre système de doubles commandes électriques en 2005. « La technologie à barres était disgracieuse, perdait des fonctionnalités au fil du temps et la ferraille produisait des grincements pénibles, explique Éric Mortier. Autre innovation, Anjou Loc’amion implante sur demande un compteur de vitesse supplémentaire du côté du moniteur. En 2010, Éric Mortier devrait également investir dans un camion équipé d’une boîte automatique pour former les conducteurs handicapés. « Chaque année, seulement trois à quatre candidats sont concernés, explique Éric Mortier. C’est un marché très exotique, mais nous avons décidé de le faire car nous formons déjà des handicapés pour le permis léger et nous travaillons avec des organismes spécialisés. »

UN ACTEUR MODESTE, MAIS DE POIDS
Si certains loueurs sont issus de l’univers de la formation, d’autres sont d’anciens professionnels du transport routier. C’est le cas de Francis Arnoux qui s’est orienté ensuite vers la formation des chauffeurs routiers en 1978. Parallèlement, le centre de formation a développé une activité de location de véhicules-écoles. Les deux activités ont été séparées en 1990 et Trans-Location a ainsi vu le jour. Avec une quarantaine de poids lourds dont une dizaine d’autocars, 18 porteurs, 10 véhicules articulés, des tracteurs et des semi-remorques, Trans-Location apparaît comme un acteur essentiel du marché même si Francis Arnoux décrit son entreprise comme étant une microstructure qui a vocation à répondre à des besoins ponctuels. Les durées de location varient de la journée à 5 années en passant par la semaine, le mois, le semestre… « L’éventail des durées est vaste, reconnaît Francis Arnoux. Dans les DOM-TOM, nous louons nos véhicules pour 5 ans. » Si son siège social est implanté à Brives, Trans-Location dispose de deux points relais, l’un à Bourg-en-Bresse et l’autre au Havre. Le contrat de location inclut la maintenance, l’entretien et la réparation des pièces d’usure. « Nous ne prenons pas en charge la gestion du carburant et l’assurance, car nous ne maîtrisons pas l’utilisation des véhicules », précise Francis Arnoux.

UN LEADER SUR LE MARCHÉ DE L’AUTOCAR
De leurs côtés, anciens transporteurs et autocaristes depuis 1968, les Autocars Lambert pratiquent également une activité de négoce d’autocars. La location s’est développée à partir de 1996 et cette activité a été séparée dans une deuxième structure en 2005. Aujourd’hui Lambert Location ne pratique que cette activité. « Au départ, nous travaillions avec des transporteurs pour remplacer un autocar qui était en panne. La saison touristique ne dure qu’un ou deux mois et ils devaient à tout prix maintenir leur outil de travail, explique Françoise Lambert, directrice générale. Mais aujourd’hui, la location a de plus en plus tendance à devenir un outil de gestion pour nos clients. » De fil en aiguille, les centres de formation ont interrogé Lambert Location sur les véhicules-écoles à double commandes. « Plutôt que d’acheter un autocar équipé pour une formation, reprend Françoise Lambert, les centres et les auto-écoles ont recours à la location pour 15 jours ou un mois. Cette opportunité leur permet d’avoir une corde supplémentaire à leur arc et d’élargir leur potentiel de chiffre d’affaires. » Lambert Location commence également à proposer de la location longue durée avec un forfait kilométrique. L’entreprise dispose de 35 véhicules-écoles et de trois porteurs. « Pour satisfaire la demande, nous manquons tout le temps de véhicules », reconnaît Françoise Lambert qui revendique la place de leader sur le marché de la location des autocars et dispose de la flotte la plus importante. Avec
20 collaborateurs, Lambert Location réalise
10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Près de 15 % de cette activité est généré à travers la location de véhicules-écoles, la majorité du chiffre d’affaires étant réalisé à travers la location d’autocars lambda aux transporteurs. « Mais la part des véhicules-écoles progresse chaque année », se félicite Françoise Lambert.
Il n’en reste pas moins que cette activité reste soumise aux aléas du marché des formations : « Les marges sont importantes à condition d’avoir une activité récurrente, explique Éric Mortier. La marge brute annuelle atteint entre 5 et 15 points. Cela étant, le moindre incident, la moindre casse impacte lourdement la marge. » Et de conclure : « Une boîte de vitesse cassée et la marge annuelle est réduite à néant. »

É. G.





PHILIPPE TARDIN
« LA LOCATION EST UNE SOLUTION RENTABLE POUR RÉPONDRE À DES BESOINS PONCTUELS »


Philippe Tardin est le directeur d’une l’auto-école qui porte son nom. Implantée à Agen dans le Lot-et-Garonne, son centre de formation compte 8 collaborateurs et loue régulièrement des véhicules-écoles à Gaillard Location.
« Quand plusieurs contrats de formation sur les poids lourds arrivent au même moment, il m’arrive de faire appel à Gaillard Location car je manque de véhicules. Grâce à cette solution, je suis certain d’obtenir un service à la hauteur et du matériel en bon état. Le loyer est de 450 euros hors taxes la semaine auxquels il faut rajouter un prix au kilomètre. Généralement, je loue un véhicule pour un mois ou un mois et demi. Nous répondons à des appels d’offres, mais cette démarche peut aboutir ou non. L’activité n’est pas régulière. Détenir un véhicule-école immobilisé me coûterait plus cher que d’avoir recours à la location ponctuellement. Aujourd’hui, j’ai deux porteurs et un semi-remorque. Je viens d’acheter un porteur d’occasion à Gaillard Location car le volume de formations a augmenté. Cela m’aurait coûté plus cher de continuer à louer régulièrement. J’ai cherché à me renseigner sur la location longue durée de véhicules-écoles lourds sur un an, solution que j’ai adoptée pour les véhicules légers, mais j’ai eu du mal à trouver une offre et celle que j’ai trouvée atteignait un prix prohibitif. Finalement, pour des centres de taille modeste comme le mien, la location est une solution rentable pour répondre à des besoins ponctuels.


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