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school Formation — Février 2026

Formation des seniors : un nouveau marché à ne pas négliger pour les écoles de proximité

Les seniors de 65 ans et plus sont un « segment de marché » important sur lequel les écoles de conduite ont tout intérêt à s’investir avec un objectif sociétal clair : permettre à ce public de conduire le plus longtemps possible en toute sécurité.


Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les plus de 65 ans représentent en 2026 un peu plus de 21 % de la population totale française et ce pourcentage devrait doubler à l’horizon 2050. Cela s’explique par l’augmentation du vieillissement démographique et par l‘ allongement de l’espérance de vie. Pour les seniors, la mobilité est un enjeu majeur parce qu’ils savent que se déplacer est synonyme de garder leur place dans la société le plus longtemps possible, de prévenir et de lutter contre l’isolement.
Majoritairement, ils privilégient la voiture personnelle, ce qui n’est pas sans risque. Les chiffres 2024 en témoignent : 900 personnes de 65 ans et plus ont perdues la vie sur les routes françaises hexagonales et 22 300, gravement blessées, gardent des séquelles de leur accident un an après. Plus globalement, les seniors sont impliqués dans une part importante des accidents mortels, mais leur surreprésentation (28 % des tués pour 21 % de la population) est moindre que celle des 18-24 ans (17 % des tués pour 8 % de la population).
Ils ne sont cependant mis en cause que dans 9 % des accidents contre 19 % pour les 18-24 ans. On ne saurait par conséquent les stigmatiser. Il est, tout au contraire, essentiel de leur permettre de conduire en toute sécurité et dans ce domaine, les écoles de conduite ont un rôle à jouer.

Conséquences de l’avancée en âge sur le comportement au volant
Les seniors, au fur et à mesure de leur avancée en âge, sont confrontés à différentes problématiques. Indépendantes les unes des autres, elles se cumulent au fil du temps. À partir de 65 ans – et souvent avant –, les conducteurs peuvent voir leurs capacités sensorielles, motrices et cognitives se dégrader : une moins bonne vision, une perte d’audition, une mobilité articulaire de qualité moindre ont des conséquences non négligeables sur leurs aptitudes au volant. Les personnes âgées doivent aussi faire face aux infrastructures routières qui évoluent, à l’arrivée de nouveaux usagers avec qui ils doivent partager la route, aux technologies automobiles qui sont en pleine mutation et auxquelles ils doivent s’adapter.

L’expertise des écoles de conduite
« La formation des seniors est pour nous, école de conduite, l’opportunité de mieux faire connaître qui nous sommes, assure Aurélie Joly, gérante de l’ECF Germinal à Albertville, en Savoie et responsable du programme seniors au sein du groupe ECF. Nous devons changer l’image de nos écoles de conduite, expliquer ce que nous savons faire et dire haut et fort que notre expertise va largement au-delà du simple apprentissage initial de la conduite. Autrement dit, à nous de convaincre que nous pouvons nous adresser à des personnes âgées pour prendre en compte leurs problèmes de mobilité, les conseiller, les accompagner, les sécuriser. »

Signer des accords de partenariat pour être plus efficace
Pour cela, il faut aller à leur rencontre et, de l’avis de nombreux professionnels de l’enseignement de la conduite, ce n’est pas toujours facile d’établir un contact. « La semaine nationale des personnes âgées et retraités, la Semaine bleue, qui a lieu tous les ans à l’automne depuis 1951, est une occasion à ne pas manquer, explique Lorenzo Lefèbvre, vice-président de Mobilians-ESR et Pdg du groupe Movébo, composé de quatre écoles de conduite, une moto-école et deux centres de formation professionnelle dans la région rouennaise. Cela demande un peu de préparation et beaucoup de communication, mais les écoles de conduite, à travers toute la France, peuvent ouvrir leurs portes et proposer aux seniors des ateliers autour de leurs déplacements automobiles. » Pour animer cette semaine, elles peuvent recevoir l’appui, logistique et financier, de collectivités territoriales. En effet, les communes, communautés de communes, départements, régions, etc. cherchent à mobiliser le public senior de la meilleure façon et leur faire prendre le chemin d’une auto-école est une initiative qui a un certain succès. « Dans ce cadre, fait remarquer Lorenzo Lefèbvre, l’objectif de nos écoles n’est pas d’évaluer les aptitudes des seniors à conduire, mais de leur donner la possibilité de comprendre qu’il est bon pour eux d’adapter leur conduite, et plus largement leur mobilité, à leurs capacités physiques et cognitives. Nous pouvons leur présenter les programmes, les formations, que nous avons conçus spécialement pour eux. »
Et « pour être vraiment efficace dans notre action auprès des seniors, ajoute-t-il, nous devons mettre en place des partenariats sur le temps long. » Les mutuelles et les compagnies d’assurance sont souvent en demande, à l’image de la Matmut, de la Mutualité sociale agricole (MSA) qui assure la protection sociale de la population agricole et des ayants-droits ou encore d’AXA Prévention, une association à but non lucratif créée en 1983 et très engagée dans la prévention des risques routiers, notamment pour les conducteurs seniors.
L’accord de partenariat signé en 2025 entre le groupe ECF fort de ses 500 agences et France Silver Eco est exemplaire parce qu’il se projette dans l’avenir. Il vise à apporter des réponses adaptées aux problèmes de mobilité des seniors et aux risques associés à leurs déplacements quotidiens avec des solutions pragmatiques et duplicables sur tout le territoire. « Ce partenariat vaut à l’échelle nationale comme celui que nous avons avec le groupe de protection sociale paritaire et mutualiste Malakoff-Humanis, confie Aurélie Joly. Ces partenariats viennent renforcer les initiatives que l’on peut prendre localement. Pour ma part, j’ai gagné, il y a quatre ans, un appel d’offres de la communauté de communes et lors de la Semaine bleue, je reçois des seniors. Je leur présente les formations qu’ils peuvent suivre pour adopter une conduite différente et leur propose de réactualiser leurs connaissances du Code la route par exemple. »
Autre piste, les consultations mémoire. C’est ainsi qu’Aurélie Joly a été sollicitée par l’équipe de gériatrie du Centre hospitalier Albertville-Moutiers (CHAM). « Dans le cadre de l’unité mémoire, ils se sont interrogés sur ce qu’ils pouvaient faire au niveau du permis de conduire, raconte-t-elle. Quand ils ont un doute, ils nous envoient le patient pour un audit de conduite d’une heure. Nous leur rendons compte et ils prennent les décisions, parfois douloureuses, qui s’imposent. »

Réactualiser ses connaissances : une démarche personnelle et volontaire
« La mise en situation peut se faire dans un premier temps sur un simulateur de nouvelle génération avec un programme spécifique, mais il me semble qu’un temps de conduite réel est indispensable », poursuit Aurélie Joly. C’est ce que propose, après un test psychotechnique, le CER Bobillot à Paris qui offre également la possibilité aux seniors de réactualiser leurs connaissances du Code la route en salle avec un formateur. « C’est une démarche personnelle et volontaire que nous souhaiterions développer », souligne Pascal Augé, son directeur, qui est à l’origine du programme « Check-up & Accompagnement conduite ».
Alors que le texte de refonte de la directive européenne sur le permis de conduire a été adopté par le Parlement européen le 21 octobre 2025, le moment est propice pour les écoles de conduite de se diversifier et investir ce nouveau champ d’activités qu’est la formation des seniors. Si pour l’heure, la France n’envisage pas de contraintes autres qu’un test d’autoévaluation pour conserver son permis de conduite au-delà d’un certain âge, la réglementation pourrait évoluer. Les écoles de conduite de proximité ont ici une carte à jouer. Seules ou dans le cadre de partenariat, elles doivent aller au-devant de cette clientèle potentielle que sont les plus de 65 ans. N’est-ce pas là d’ailleurs une source de chiffre d’affaires complémentaire ? 


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