De nombreuses auto-écoles ont été prises de court par la mise en place de la nouvelle épreuve pratique, qui a démarré le 8 mars. Réactions à chaud !L’arrêté du 19 février 2010 concernant la nouvelle épreuve pratique est paru le 3 mars au Journal Officiel, soit seulement 5 jours avant la mise en place du début du calendrier le 8 mars. Même La Tribune des Auto-Écoles a été prise de court, l’arrêté étant publié quelques jours après le bouclage du numéro de mars. Cette nouvelle épreuve pratique introduit notamment une nouvelle grille d’évaluation sous forme d’un bilan de compétence au lieu d’un décompte d’erreurs, ainsi que la capacité de l’élève à être autonome et à appliquer les principes de l’éco-conduite (voir pages 27-32 pour connaître l’ensemble des modalités).
MANQUE D’INFORMATIONLe principal grief des auto-écoles est d’avoir été informées très tard, laissant les moniteurs quelque peu livrés à eux-mêmes. Jacqueline Rouat, de l’auto-école Association J92 (Issy-les-Moulineaux, Hauts-de-Seine), exprime ainsi son mécontentement : « On a juste eu une réunion le 3 février où on nous a parlé d’une mise en place vers juin-juillet 2009. J’ai appris par hasard que cette mise en place est en fait prévue dès le 6 avril… en discutant lors d’un examen avec un inspecteur, qui venait lui-même tout juste d’être mis au courant ! Les auto-écoles et les inspecteurs ont été mis devant le fait accompli. Cela traduit un manque de respect de la part des instances gouvernementales. J’ai donc dû dans l’urgence changer mes habitudes avec les élèves et parfois leur donner des consignes contraires à celles que je leur donnais auparavant, comme par exemple aller jusqu’en 4e en ville. Et la conduite autonome ne s’improvise pas, mais se travaille de façon bien précise. »
Même constatation de l’auto-école Briend, à Redon (Ille-et-Vilaine), qui s’est exprimée dans Ouest-France du 18 mars. « Nous n’avons eu une réunion qu’en février avec le délégué à la sécurité routière de la DDE » précise Emma Poulain. Concernant la réforme elle-même, « laisser le candidat se diriger seul pendant 5 minutes et choisir la manœuvre qu’il va effectuer est à double tranchant » estime Anne-Laure Vighetti, de la même auto-école. « Certains choisiront celle qu’ils maîtrisent le mieux mais ne trouveront ni le bon moment ni l’endroit pour la réaliser. »
LÉGÈRE AMÉLIORATION DES RÉSULTATSOlivier Goulay, directeur du CER Goulay (Chartres, Eure-et-Loire) et président départemental du CNPA, estime que « la mise en place s’est plutôt bien passée. Avant, contrairement à tous les autres pays européens, lorsqu’on passait l’examen en France, l’élève avait théoriquement le permis en entrant dans la voiture et au fur et à mesure de l’épreuve pouvait en être destitué. Maintenant, c’est le contraire ! La manœuvre laissée au choix de l’élève, c’est bien, mais il ne faut pas qu’il mette trop de temps à choisir quelle manœuvre effectuer et à quel endroit, sinon l’inspecteur « reprendra les commandes » ! Quant à l’éco-conduite, c’est plus flou. On ne sait pas trop comment l’inspecteur va juger certaines utilisations du moteur (sous-régime, etc.). » Autre constatation : une légère amélioration des résultats. « Les notes sont relativement hautes, dans une fourchette allant de 24 à 27 points, et même parfois 29 points sur 30.
Mais cela pourrait baisser une fois les inspecteurs familiarisés avec le nouveau système. »
Enfin, la conduite autonome, « si elle semble plutôt appréciée des candidats, nécessite davantage de préparation en auto-école et va un peu à l’encontre du « permis moins cher ». »
L’AVIS DES SYNDICATS D’INSPECTEURSSelon Christian Grolier, secrétaire général de Snica FO Inspecteurs, « les inspecteurs ne trouvent pas cohérent de pouvoir mettre 0 sur une compétence et donner quand même le permis. De plus, cette nouvelle évaluation accentue les risques liés à l’annonce directe du résultat. L’annonce différée reste la solution la mieux adaptée. Comment compter des points devant un candidat et lui annoncer ensuite qu’il n’a que 19,5 points et qu’il est ajourné ? »
Pour Christophe Nauwelaers, secrétaire général de l’Unsa – Éducation routière, « les inspecteurs doivent se familiariser avec cette nouvelle grille d’évaluation. C’est une sorte de gymnastique intellectuelle à acquérir. Ils prennent plus de temps pour faire leur évaluation, ce qui rallonge un peu la durée de l’examen, sans compter que les moniteurs leur posent davantage de questions une fois l’élève sorti du véhicule. »
Christophe Susung