← Retour à la liste
work Gestion & management — Avril 2010

-Groupe lourd-
La location de véhicules-écoles gagne du terrain


Si la location de véhicules-écoles fait peu parler d’elle, elle semble rentrer dans les mœurs et constitue un mode de gestion pour les centres de formation. Pour un besoin ponctuel ou en longue durée, la location utilise des processus qui sont désormais bien rodés.

De manière ponctuelle ou pour une durée plus longue, la location de poids lourds et d’autocars s’impose progressivement comme une solution de secours et, parfois, comme une alternative à l’achat. « Nous avons connu une situation de crise en 2009, constate Éric Mortier, directeur d’Anjou Loc’amion. Les centres de formations ont vu leur volume d’activité partir à la baisse. Dans ces conditions, pour répondre à un pic d’activité, certains d’entre eux ont eu recours à la location. » Face au manque de visibilité sur la pérennité de leurs formations, de plus en plus de professionnels reculent face à l’investissement que représentent un poids lourd et un autocar aménagés. Première contrainte, ils doivent être équipés de doubles commandes. Par ailleurs, la couchette des poids lourds doit être supprimée pour accueillir
4 places assises qui viennent compléter les deux places aménagées à l’origine. Enfin, ces véhicules doivent répondre à des normes strictes. Sans agrément, le véhicule ne peut servir ni à la formation, ni au passage de l’examen. Les puissances, les dimensions et les charges sont fixées par la loi. Transformés et équipés, ces véhicules sont homologués par les DRIRE (Directions Régionales de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement). L’investissement à consentir est loin d’être négligeable. Il faut débourser aux environs de 300 000 euros pour un autocar aménagé, 90 000 euros environ pour un porteur avec une cabine deux portes et 120 000 euros pour un porteur avec une cabine 4 portes. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les centres de formation hésitent à franchir le pas. Pour tester un marché, la location s’affirme comme une alternative de choix. Si la formation mise en place ne prend pas, il suffit de rendre le véhicule-école au loueur et de passer à autre chose. En revanche, si le centre a opté pour l’achat, il se retrouve avec un véhicule immobilisé.

UN BUDGET MAÎTRISÉ
La location répond également à d’autres besoins. Un véhicule en panne ou accidenté doit être remplacé par le centre de formation sous peine de perdre ses élèves au profit de l’un de ses concurrents. Là encore la location s’affirme comme un recours le temps que le véhicule du centre soit réparé. Les durées de location varient de quelques jours à plusieurs mois ou à plusieurs années. Entre une location de courte durée et une location au long cours, les enjeux diffèrent du tout au tout. Mais d’après Françoise Lambert, directrice générale de Lambert Location, « de plus en plus de centres de formation choisissent la location longue durée comme un mode de gestion à long terme ».
Les avantages peuvent être multiples. « Les charges sont lissées sur toute la durée du contrat, explique Francis Arnoux, gérant de Trans-Location. Le centre de formation peut établir un budget prévisionnel précis. En longue durée, le contrat de location s’enrichit de services comme la maintenance. Or, avec un matériel vieillissant, le coût de l’entretien explose. »
Le prix des pièces détachées d’un poids lourd ou d’un car plaide en faveur de la position défendue par Francis Arnoux. « Le coût moyen d’une pièce détachée s’élève à 1 000 euros et celui d’une boîte de vitesses à 8 000 euros », confirme Éric Mortier. Autre avantage mis en avant par les loueurs qui proposent des contrats de longue durée : les centres de formation n’ont pas à investir. Par conséquent, leur trésorerie reste intacte et peut être affectée à d’autres postes de dépenses.

DES RÈGLES COMPTABLES ET FISCALES
Selon Jean-Louis Kernané, expert-comptable au sein du cabinet Abax Audit (Saint-Malo), « le financement d’un véhicule sur les fonds propres implique de puiser dans la trésorerie. Cela n’est possible que si cette dernière est suffisante. Les autres modes de financement permettent de répartir les flux de trésorerie sur la durée de financement. »
Mais attention, la location longue durée engage le centre de formation sur toute la durée du contrat. « En cas de baisse d’activité, vous pouvez revendre le véhicule immédiatement s’il a été financé sur fonds propres, continue Jean-Louis Kernané, une alternative que n’offre pas le crédit-bail ou la location longue durée. » Le choix du mode de financement des véhicules a également un impact sur le bilan et le compte de résultat des centres de formation. « L’achat au comptant induit une diminution de la trésorerie compensée par l’inscription du bien à l’actif du bilan, reprend Jean-Louis Kernané. Les dotations aux amortissements seront comptabilisées dans les charges d’exploitation de l’exercice. Dans le cas d’un financement par crédit-bail ou d’une location longue durée, l’artisan est locataire et le bien n’apparaît pas au bilan de son entreprise. La location génère une redevance qui inclue le coût financier et le capital. Le coût global apparaît sur une seule ligne et s’inscrit dans les charges de l’exercice. » Bref, avant d’opter pour la location longue durée d’un véhicule-école, le responsable du centre de formation doit établir ses priorités en toute connaissance de cause.

DES PROFESSIONNELS RESPECTUEUX
Qu’il s’agisse de longue ou de courte durée, les pratiques des loueurs changent peu. En général, l’entretien et le remplacement des pièces d’usure sont intégrés au contrat. En revanche, si le véhicule est accidenté, les frais de réparation sont à la charge du locataire. À ce titre, les loueurs ne prennent pas en charge l’assurance du véhicule. Les auto-écoles et les centres de formation disposent de leur propre assurance pour l’ensemble de leurs véhicules. Il suffit de prévenir l’assureur qu’un véhicule supplémentaire va rentrer dans la flotte pour une durée déterminée pour que le centre de formation soit couvert.
Généralement, l’un des collaborateurs du centre de formation vient chercher le véhicule chez le loueur et le restitue au même endroit. Cela étant, de nombreux loueurs proposent le convoyage. « Pour un trajet Aurillac-Le Havre, Europe Camion, notre partenaire, facture 800 euros, précise Marc Rodrigues, directeur de Gaillard Location. Certains de nos clients viennent chercher le porteur avec une voiture et la charge à l’arrière pour le retour. »
Lors de la prise en main, loueur et locataire font le tour du véhicule et signent une fiche qui détaille l’état du véhicule. Lavé et le réservoir plein, le véhicule est alors confié au locataire qui doit le rendre dans le même état. Sinon, les frais de réparation sont à la charge du locataire. La restitution pourrait se révéler une étape délicate du contrat de location. Dans les faits et aux dires des loueurs, les problèmes sont rares. « Nos clients sont respectueux », observe Françoise Lambert.
« Ce sont des professionnels, ils connaissent les conditions et nous avons développé des relations de confiance avec eux », renchérit Francis Arnoux. Un soin et des processus rodés qui montrent que la location est rentrée dans les mœurs.

Éric Gibory



JOËL CASSEGRAIN


« LE LOYER D’UN VÉHICULE LOURD TOURNE AUTOUR DE 200 EUROS LA JOURNÉE »

À la tête d’un réseau d’auto-écoles qui compte 6 agences, Joël Cassegrain dirige également deux centres de formations professionnelles. Cassegrain Formation Professionnelle, le premier, est implanté à Orléans alors que La Poitevine, le second, a ouvert ses portes à Poitiers. Pour des besoins ponctuels, Joël Cassegrain a recours à la location.

« Pour les véhicules-écoles nécessaires à la formation au permis B, je fais appel à la location longue durée sur une période d’un an. J’ai négocié les services avec le constructeur. Ainsi, lorsqu’une panne mécanique ou un problème de carrosserie survient, le garage me prête un véhicule de remplacement.
Pour les permis et les formations professionnels, j’ai recours à la location de véhicules-écoles pour des besoins ponctuels. À titre d’exemple, pour suivre la formation théorique d’une FIMO, les élèves sont au nombre de 16. Mais, pour la pratique, chaque groupe ne compte que 4 personnes. Dans ces conditions, nous avons besoin de véhicules supplémentaires pour former l’ensemble des stagiaires. Nous assurons nous-mêmes les véhicules loués. Notre contrat couvre l’ensemble de notre flotte et il suffit de prévenir notre assureur que nous aurons un véhicule supplémentaire pendant une durée déterminée. Pour un véhicule lourd, le loyer tourne autour de 200 euros HT la journée. Le véhicule est confié propre et avec le plein de carburant. Une fiche signée par le loueur et le locataire décrit en détail l’état du véhicule. Il faut le rendre dans le même état, propre et avec le plein de carburant. En général, il s’agit de véhicules récents sur lesquels nous ne rencontrons pas de problèmes de mécanique. De plus, la conduite est plus agréable.
Lorsque le centre agréé FIMO doit mettre sur pied une nouvelle session de formation qu’il n’avait pas prévu, il décide de louer ponctuellement un véhicule. Cela permet de limiter les risques. Mais, pour ce type de besoin, la durée de location n’excède pas 6 mois. Au-delà, si le centre monte en puissance, il achète un véhicule supplémentaire. En général, sur des très courtes durées, les centres de formation se dépannent entre eux. En revanche, dès que la location dépasse quelques jours, les centres de formation doivent s’adresser à un loueur du marché. »


Dans le même thème

Retraite progressive - Ce qui a changé en 2025
Deux décrets publiés au Journal Officiel le 23 juillet 2025 ont revu les conditions d’accès à la retraite progressive. Ainsi, depuis le 1er septembre 2025, ce dispositif est accessible dès l’âge de 60 ans. Explications.
Achat/vente d’une auto-école : Dix conseils pour une transaction apaisée
Cela peut être l’affaire d’une vie, c’est en tous les cas, un moment essentiel, acheter une ­auto-école
ou vendre son entreprise, mérite une préparation minutieuse pour que la transaction soit « gagnant-gagnant ».
Cour de cassation : Arrêt de travail pendant les congés payés : zoom sur la nouvelle règle
Le 10 septembre dernier, la Cour de cassation a rendu deux décisions en matière d’arrêtés de travail posés pendant les congés payés et de décompte des heures supplémentaires qui ne sont pas sans conséquences financières et organisationnelles pour les employeurs.