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map Vie des régions — Avril 2010

-Saint-Quentin-
Places d'examens : une pénurie sans précédent


Dans la capitale de la Haute-Picardie, la pénurie de places d’examens atteint des sommets inconnus jusqu’alors. Une situation difficile à vivre pour les auto-écoles prises en étau entre les centres d’examens et les candidats.

Saint-Quentin possède une histoire particulièrement riche qui remonte aux Romains. À la croisée des chemins entre Paris, Amiens, Reims, Lille et Calais, à mi-distance entre la capitale et Bruxelles, la ville a toujours joui d’une situation géographique favorable. La ville a d’ailleurs connu un important développement économique au cours du XIXème siècle, notamment avec l’industrie de la construction mécanique et le textile. Aujourd’hui, les choses ont malheureusement largement changé. La crise du textile et de l’industrie lourde a frappé de plein fouet l’économie saint-quentinoise. Une situation qui ne s’est naturellement pas améliorée avec la crise économique de ces deux dernières années.

UNE MOSAÏQUE DE TYPOLOGIE
Plus d’une dizaine d’auto-écoles sont présentes sur la ville de Saint-Quentin. Cela va de la petite auto-école
« familiale » aux grosses structures. Parmi les premières, l’auto-école Panico est dirigée par Jean-François Panico. Crée en 1986, cette structure comprend trois moniteurs : le dirigeant, son épouse et un moniteur salarié. Cette auto-école fait passer une petite centaine de permis B par an, seule formation assurée. Les élèves proviennent quasi-exclusivement de Saint-Quentin, la concurrence étant tout de même élevée :
« nous sommes quatre auto-écoles dans ce secteur », explique Jean-François Panico. Le prix du forfait 20 heures est de 698 euros. « Je n’ai volontairement pas participé à la guerre des prix qui a eu lieu il y quelques temps. Malheureusement, les élèves ne s’intéressent plus à la qualité de la formation et aux résultats à l’examen, mais focalisent uniquement sur le prix ». Une situation que confirme Joseph Doucy, dirigeant et unique moniteur de l’auto-école éponyme : « Tous les jours, des personnes m’appellent pour avoir un prix. Les élèves viennent acheter leur permis. Cela pousse à dévaloriser le métier et la formation. J’ai décidé de ne pas entrer dans ce système. J’ai un moins grand nombre d’élèves mais au moins chez moi, ce ne sont pas des matricules. Notre relation est donc plus proche. Ma promotion ne se fait pas sur le prix, mais sur la qualité de la formation grâce au bouche à oreille ». Face à ces petites structures, l’auto-école EFCT (Établissement de Formation à la Conduite et aux transports) De Carvalho fait figure de monstre avec ses trois bureaux implantés dans différents quartiers de la capitale de la Haute-Picardie. Reprise et développée à partir de 1993, l’EFCT propose de très nombreuses formations : permis A, B, C, EC, D, ED, Caces (licences de cariste, grue auxiliaire, nacelle…). La société dirigée par Manuel De Carvalho comprend 5 moniteurs pour le groupe léger et 3 moniteurs pour les formations professionnelles. En 2009, pas loin de 400 candidats ont été présentés, dont environ 80 pour le poids lourd. « Notre taille ne nous empêche pas d’assurer un suivi fréquent et proche des candidats, y compris pour les cours de Code sur Internet que nous proposons ». Cette volonté de diversifier l’activité et de ne pas rester concentré sur un seul permis a été présente dès le lancement de l’EFCT par son dirigeant.

LES PLACES D’EXAMENS : UN SOUCI MAJEUR
Dans le département de l’Aisne, la pénurie de places à l’examen est un souci majeur, souligné par nos trois dirigeants même si Manuel De Carvalho avoue « ne pas avoir eu de problème jusqu’à un passé récent. Je commence à être ennuyé seulement maintenant du fait de l’absence répétée des examinateurs et de la réforme du permis ». Cette dernière semble faire l’unanimité contre elle : « Cela ne répond en aucune façon à nos demandes et aux besoins des élèves. En plus, elle entraîne une diminution mécanique du nombre de places par l’allongement de la durée de l’examen », explique Joseph Doucy. Pour Jean-François Panico, « le nombre de places d’examens est un problème majeur. Nous sommes noyés sous la masse de l’administratif et il est impossible de déterminer une date d’examen avec nos élèves. Cela est dommage car, d’expérience, si l’on connait la date d’examen, il est possible de « booster » le candidat ce qui permet d’obtenir de bien meilleurs résultats ».

LA MOTIVATION DES ÉLÈVES À LA BAISSE
Booster les élèves avant l’examen devient de plus en plus nécessaire car nos trois dirigeants d’auto-école reconnaissent une diminution importante de la motivation des élèves. « Cela est d’autant plus dommageable que cette motivation reste le premier facteur de réussite. Pourtant, de nombreux élèves ne sont pas assidus et exigent quand même de passer leur permis à la fin du forfait 20 h, souvent insuffisant ». « Malgré notre situation proche d’un lycée, il faut bien reconnaître que de nombreux élèves n’ont pas la motivation suffisante. Nous devons aussi faire face à une pression de plus en plus forte des candidats et de leur entourage. Avant, les personnes étaient beaucoup plus respectueuses. Notre devoir est de former l’élève, mais aussi de lui faire comprendre quand il n’est pas prêt que cela ne sert à rien de se présenter. Or, ce genre de discours est de plus en plus difficile à faire passer », affirme Manuel De Carvalho.

LES INDÉPENDANTS S’ASSOCIENT
Afin de faire entendre leurs revendications et leur volonté de faire évoluer le métier, plusieurs auto-écoles indépendantes se sont regroupées au sein d’une association de type Loi de 1901 :
l’A.N.S. (Auto-écoles Non Syndiquées). Celle-ci est présidée par Joseph Doucy, dirigeant de l’auto-école portant son nom. Il explique sa motivation à créer une telle association : « Le but de cette association est la défense de l’outil de travail et la revalorisation de la profession. Nous souhaitons parvenir à une meilleure reconnaissance de notre diplôme tout en assurant des réformes efficaces du point de vue de la sécurité routière ». Un vaste programme, surtout en cette période de changements profonds de la profession. Joseph Doucy n’hésite donc pas à interpeller par écrit les pouvoirs publics concernant les soucis rencontrés par toute une profession. Extraits : « Les réformes du permis de conduire ne répondent à aucune question de fond posée par l’ensemble de notre profession très inquiète des difficultés à exercer notre profession d’enseignant. […] La pénurie de places d’examen engendre une atteinte à la liberté du travail d’une part et d’autre part un mécontentement légitime des candidats au permis de conduire qui reportent toute la responsabilité sur les auto-écoles. […] La refonte de l’examen pratique : le système de notation par points a déjà été mis en place il y a une vingtaine d’années sans succès notoire. […]
La conduite accompagnée :
« la baisse de l’âge de l’accompagnateur à 23 ans au lieu de 28 pose problème : peut-on, à cet âge là, avoir suffisamment d’expérience ? Pas toujours. […] La conduite supervisée : les professionnels sont très inquiets de ces modifications qui excluent la présence obligatoire des parents ou d’adultes responsables au profit des copains sans expériences réelles. […] La location de voiture école : la profession est très choquée que l’État autorise des sociétés sans agrément préfectoral à louer des véhicules équipés auto-école. […] La réduction du temps de formation et la suppression du délai d’un mois de l’enseignement : « encore un effet d’annonce des pouvoirs publics. Auparavant, le délai de retour des dossiers en préfecture était d’environ 8 à 10 jours ; aujourd’hui il faut attendre plus d’un mois ».
Enfin, Joseph Doucy tient à souligner les conséquences d’une politique de sécurité routière entièrement basée sur la répression : « les professionnels de la formation routière savent que la répression à outrance avec la perte totale de points et donc l’annulation de milliers de permis de conduire va faire exploser le système. Les conducteurs privés de permis, donc d’emploi, risquent de plus en plus de devenir des délinquants en roulant sans permis ». Joseph Doucy espère, grâce à son association qui compte désormais une vingtaine d’adhérents, faire entendre la voix des professionnels de la formation à la conduite auprès des pouvoirs publics. Un travail de longue haleine, mais plein d’espoirs.

Guillaume Geneste





CARTE D’IDENTITÉ

EFCT De Carvalho
Gérant :Manuel De Carvalho
Bureaux : 3
Formations : B, AAC, BSR,  A, A1, C, D, E, Caces…
Véhicules : 6 VW Polo, 4 motos
Inscriptions 2009 : 380
Tarif permis B : forfait 20 h : 835 euros

Auto-école Panico
Gérant : Jean-François Panico
Bureau : 1
Formations : B, AAC, BSR
Véhicules : 3 Renault Clio
Inscriptions 2009 : 100
Tarif permis B :forfait 20 h : 698 euros

Auto-école Doucy
Gérant : Joseph Doucy
Bureau : 1
Formations : B, AAC, BSR
Véhicules : 3 Renault Clio
Inscriptions 2009 : 100
Tarifs permis B :forfait 20 h : 840 euros


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