Située au centre de la presqu’île du Cotentin, battue par les embruns mais où le soleil sait illuminer la cité, Saint-Lô est la seconde ville du département après Cherbourg. Une dizaine de professionnels y travaillent et il y a de la clientèle pour tout le monde, ce qui n’empêche pas de nombreux gérants de chercher à conquérir de nouveaux marchés.Saint-Lô compte 20 000 habitants, nombre de commerces de proximité et une pléiade de petites et moyennes entreprises et industries. Ville dynamique, la cité est aussi agréable pour les professionnels de la conduite et ce n’est pas Loïc Mouton qui dira le contraire : « Pour les auto-écoles, la région de Saint-Lô est un territoire idéal. Il y a une quatre-voies, des côtes un peu partout et l’autoroute n’est pas loin. On dispose d’infrastructures variées pour que les élèves apprennent correctement. Saint-Lô est un centre administratif relativement actif. C’est le cœur urbain de la région ». C’est aussi un fief où les auto-écoles semblent jalouses de leur indépendance. « À Saint-Lô et aux alentours, nous sommes tous indépendants. Je ne connais pas d’auto-école affiliée à un réseau. Ici, ça n’a pas l’air d’être dans la culture des gens », précise Loïc Mouton. Les trois communes où l’homme s’est installé depuis 2007 (reprise de l’auto-école de Marigny en 2007 puis des deux auto-écoles de Pont Hébert et Saint-Clair-sur-l’Elle en 2009) sont de petits bourgs (entre mille et trois mille habitants), tous situés à moins de 15 kilomètres.
CONQUÉRIR UNE NOUVELLE CLIENTÈLELoïc Mouton est un bon exemple de ce dynamisme entrepreneurial et de ce désir d’indépendance. Il est littéralement porté par son métier. « C’est une passion. Je pense que c’est important de rester passionné pour faire du bon boulot ». Côté cursus, « j’ai d’abord occupé un emploi administratif dans une société de location d’automobiles. Puis j’ai passé mon Bepecaser en 2002. En 2007, j’ai racheté le site où j’étais salarié, celui de Marigny. Puis en 2009, les deux autres ». Après seulement trois ans, il envisage déjà de développer davantage son activité. « Je suis en train d’accumuler les devis pour l’achat d’une remorque. Je compte proposer prochainement la formation au permis EB. À plus long terme, j’ai aussi l’intention de passer le permis transport en commun pour proposer la mention lourd. Dans quelques années, un collègue va vendre son auto-école, qui propose la mention lourd. Ce serait l’occasion de me lancer ». Mais les projets ne s’arrêtent pas là. « Ce n’est pas encore à l’ordre du jour, mais quand j’observe que beaucoup d’entreprises sont demandeuses de stages de formation au risque routier, je me dis : pourquoi pas ? » Aujourd’hui, les voitures et les motos de l’auto-école qui sillonnent les routes de la région arborent fièrement le nom de Conduit’ 50 et son numéro de téléphone. Tout est mis en œuvre pour la réussite des élèves au centre d’examen de Saint-Lô.
« Pour l’instant, je suis encore en train d’amortir les frais de reprise. Mais j’envisage, au niveau du Code par exemple, l’achat d’un rétroprojecteur et de grands écrans. Je viens d’acquérir le logiciel Rapido. Cela facilite grandement le suivi des élèves ainsi que le contrôle de leur assiduité. » Les taux de réussite sont bons.
« Pour les permis B et AAC, il oscille entre 70 et 80%. Je vais voir régulièrement les inspecteurs pour qu’ils me fassent des retours sur les performances de mes candidats. »
Autre source de satisfaction : « les élèves que j’ai en BSR reviennent ensuite pour le permis moto ou auto ».
La clé du succès ? « Un bon relationnel avec les élèves. ça m’est arrivé de recadrer un moniteur qui parlait un peu trop brusquement aux élèves. Ce n’est pas à eux de s’adapter mais au professeur car les publics sont très différents. Il y a beaucoup de jeunes mais en moto, on a aussi beaucoup de quadragénaires. On ne leur parle pas comme à des jeunes. » Partout le constat est le même. Les jeunes ont changé. « Il faut les motiver plus qu’avant. Le découragement n’est jamais très loin. »
Comment ? « En s’appuyant sur leur vie, leurs expériences et leurs activités annexes pour leur faire comprendre l’importance du permis de conduire et de la sécurité ». D’où l’impératif d’avoir un bon contact. La boucle est bouclée.
LE RESPECT D’UNE PROGRESSION RAISONNÉELes femmes ne sont pas en reste. Le moteur de Mélanie Lelièvre ? Sa vocation, apparue lorsqu’elle-même a appris à conduire. « Lorsque j’ai passé le permis, j’ai eu la chance d’avoir un moniteur qui m’a transmis le goût d’enseigner. J’ai su alors que j’avais envie d’être monitrice ».
Son bac en poche, elle passe donc son Bepecaser et, à peine âgée de 20 ans, devient salariée d’une grosse auto-école de la région comptant 10 moniteurs. Elle y reste six ans. Puis, il y a trois ans et demi en septembre 2006, elle se jette à l’eau. Elle rachète d’abord l’auto-école de Percy, une ville de 2500 habitants à 23 kilomètres de Saint-Lô, puis une année plus tard (septembre 2007), celle de Torigni-sur-Vire (2600 habitants, 11 km de Saint-Lô). D’abord seule, elle est rejointe par son mari un an plus tard, puis par un salarié depuis un peu plus d’un an. « La difficulté mais aussi le côté passionnant du métier, c’est de s’adapter au niveau de chaque élève, d’ajuster son discours pour que les leçons soient les plus efficaces possibles. L’important est aussi de trouver les armes pour lutter contre le découragement qui rôde. Aujourd’hui, les jeunes sont un peu nonchalants et reculent facilement devant la difficulté. Le pari est de les motiver pour éviter qu’ils ne se découragent ». Comment ? D’abord en assurant un suivi rigoureux des progrès des élèves. « Un élève qui n’est pas assidu, on lui parle. On essaie de voir ce qui le démotive. On peut aussi appeler les parents pour les mettre à contribution ». Deuxième principe de base. « On travaille par paliers, par objectifs, à l’aide du livret d’apprentissage. Il n’est pas question chez nous de méthode globale. Seul le respect d’une progression raisonnée, étape par étape et adaptée à chaque élève, porte ses fruits. Les élèves voient ainsi qu’ils progressent et cela les encourage. Il existe pleins de raisons pour lesquelles un élève se décourage. Au Code, il peut-être dyslexique par exemple. Dans ce cas, on lui propose des cours particuliers à la place des cours collectifs. Cela marche le plus souvent ». Autre conviction :
« Pour un élève, avoir plusieurs moniteurs lors de sa formation, c’est important. Il a ainsi plusieurs sons de cloche et des approches plus diverses. Cela aussi le fait progresser ». Tout est mis en œuvre pour que les plannings permettent cette rotation des moniteurs. S’adapter au public est un impératif. Car si les deux auto-écoles ne sont pas éloignées, les publics y sont assez différents. « À Percy, il y a une forte demande pour la conduite accompagnée. Cela représente 60% de notre activité auto, contre 40% pour le permis B traditionnel. À Torigni, c’est l’inverse. Sûrement parce que mon prédécesseur ne s’y intéressait pas. C’est un autre objectif de l’auto-école : développer les formations AAC sur la région de Torigni. Une autre différence flagrante est la durée moyenne des formations, soit 35 heures à Percy contre 30 à Torigni ».
À Torigni comme à Percy, le taux de réussite à l’ETG est de 80%. Pour le permis B 1er passage, il est de 60% à Percy et de 75% à Torigni. Un chiffre qui grimpe à 90% pour le permis moto. « Je fais régulièrement des statistiques », rappelle Mélanie Lelièvre, avant de préciser que son prédécesseur à Percy est resté dans la commune 42 ans. « Il ne fallait pas décevoir, ni perdre la fidélisation qu’il avait réussi à créer ».
DES PROJETS PLEINS LA TÊTELe pari est gagné. Les frères, sœurs, amis des élèves viennent frapper à la porte de l’auto-école Percy ou Torigni. « Pour le permis moto, 90% des élèves sont des garçons et des filles qui ont déjà passé leur permis auto chez nous », se félicite-t-elle. Les clients viennent de l’ensemble des cantons de Torigni et de Percy. « Beaucoup d’élèves, scolarisés dans les lycées de Saint-Lô, nous demandent aussi de venir les chercher au lycée à Saint-Lô pour les préparer à la conduite ». Les deux structures sont petites, avec seulement trois moniteurs, mais cela n’empêche pas Mélanie Lelièvre de développer son entreprise. « Il y a deux ans, nous avons démarré le permis A. Cela occupe les trois-quarts de l’emploi du temps d’un salarié. Pour l’instant, il s’agit de solidifier les bases de l’entreprise qui n’a que 3 ans et demi. Mais à l’avenir, nous avons déjà des projets en tête ». Lesquels ? « D’abord que l’ensemble des moniteurs (seul son mari la possède) passe la mention moto. Il y a beaucoup de demandes car l’offre, surtout à Torigni, n’est pas abondante. Deuxième objectif ? Faire du EB, car là aussi il y a une réelle demande sur la région. Et pourquoi pas du lourd, ce qui me plairait vraiment mais qui nécessiterait une structure bien différente. Alors ce n’est pas pour tout de suite. »
UN VRAI SUIVI DE CHAQUE ÉLÈVEAutre professionnel, autre vision du métier : chez Jean-Yves Hélie, gérant de Conduite Passion, chaque moniteur, au nombre de trois, a ses propres élèves dont il assure le suivi sur le long terme. « Cela ne nous empêche pas d’en discuter, souligne l’homme. Mais je suis attachée à cet encadrement. » L’auto-école, créée en 1991 est idéalement située près du lycée Le Verrier, et bénéficie d’une bonne clientèle. Pour autant, Jean-Yves Hélie ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et souhaite renouveler son parc de voitures : « J’aimerais opter pour un véhicule avec boîte de vitesse automatique pour pouvoir suivre les motos et également équipé pour accueillir les élèves handicapés. » Originaire de Saint-Lô, l’homme apprécie l’ambiance chaleureuse qui règle dans la ville entre professionnels : « Nous nous voyons régulièrement aux examens et tout se passe bien ». Pourvu que ça dure !
Olivia Jamet