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map Vie des régions — Janvier 2010

-Angoulême-
Objectif pédagogie !

Trois profils différents, mais un seul et même fil conducteur réunit les écoles de conduite angoumoisines dont La Tribune des Auto-Écoles est allée à la rencontre. Privilégier la pédagogie et amener sur la table des propositions pour permettre aux auto-écoles d’évoluer dans le bon sens.

Rendez-vous rue de Périgueux, en plein centre-ville d’Angoulême, à la rencontre de l’école de conduite Marc. Pour les lecteurs les plus fidèles, sachez que votre mémoire ne vous trahit pas ! Oui, le gérant de cet établissement, Marc Favre, avait reçu La Tribune des Auto-Écoles il y a de cela une petite dizaine d’années. Le gérant se démarquait par son exigence, son sérieux et sa forte propension à la pédagogie.
Une décennie plus tard, l’homme est resté fidèle à ses préceptes. Mieux, après avoir changé d’emplacement, Marc Favre a réalisé avec son épouse un véritable « petit musée vivant » de l’enseignement de la conduite. C’est simple, une fois que l’on est rentré dans l’école de conduite Marc, on n’a plus envie d’en ressortir ! Du matériel dernier cri, une déco entièrement dédiée au thème de l’auto-école (avec des panneaux récupérés – légalement – qui ornent les murs), des escaliers en colimaçon, des tables qui rappellent celles des écoliers des années 60 – avec la propreté en plus – et, cerise sur le gâteau, un éclairage tamisé dans la salle de Code, dirigé ( !) sur la copie de chaque élève. Du grand art !

LA QUALITÉ DE L’ENSEIGNEMENT AVANT TOUT
« Depuis la dernière visite de La Tribune des Auto-Écoles, je n’ai rien changé à mes habitudes », s’amuse Marc Favre. « J’ai toujours essayé de prôner une mission de service public. Je dis aux gens :
faites de l’apprentissage de la conduite, faites autre chose que du permis de conduire. Le moniteur doit bien intégrer qu’il est avant tout un enseignant », explique celui qui a formé des moniteurs pendant 7 ans.
Et cet hyperactif – il est aussi intervenant à la Prévention routière et à la Sécurité routière – applique bien évidemment ses dogmes à lui-même. « Tous les samedis, je reçois 5 à 6 élèves avec leurs parents. Pendant trois heures, on discute de sa formation, de tout ce qui a trait à l’éducation routière. Est-ce que les conducteurs commettent des infractions par méconnaissance du Code ? Qu’est-ce qui provoque des excès de vitesse ? Il faut donner matière à réflexion aux élèves. Et puis, le cadre officiel est important. Cela me permet d’aller au bout de mes idées ».
Marc Favre estime qu’il faut « semer    la     graine   maintenant » afin qu’elle porte ses fruits « demain ou après-demain ». Conscient que cet aspect perfectionniste « enquiquine les gens », le gérant maintient qu’il faut « pousser les élèves à réfléchir ».

RÉFLEXIONS SUR LA RÉFORME
Syndiqué à l’Adeca (Association de défense de l’enseignement de la conduite automobile, un syndicat dont il fut président et qui a depuis été « absorbé » par la Fnec) depuis 1978, Marc Favre a son mot à dire sur la politique auto-école actuelle. D’emblée, il avoue avoir peur que certaines écoles de conduite « restent sur le carreau ».  Il précise : « Moi qui ai formé des moniteurs, je me pose la question de savoir si tous les enseignants pourront s’adapter à la réforme. Mais ce qui est scandaleux c’est que faute de moyens, de petites structures vont disparaître. Et là, je ne suis pas d’accord ! L’écrémage doit se faire sur la qualité de l’enseignement et non sur des critères économiques ».Et Marc Favre de regretter le discours sur le permis moins cher. « On se demande parfois si le gouvernement ne veut pas foutre en l’air l’enseignement de la conduite », explique-t-il. « Est-ce un hasard s’il y a un turn-over énorme dans la profession ? Si les enseignants s’en vont, c’est qu’ils ne gagnent pas assez leur vie ! », s’exclame le gérant.
Mais tout n’est pas à jeter, au contraire. « Cette réforme est ambitieuse, notamment dans la formation continue qui est un très bon point. Mais est-ce qu’on mettra les moyens pour que les enseignants de la conduite soient reconnus comme des véritables acteurs de la sécurité routière ? »
Marc Favre tient aussi à ce que la profession et le gouvernement tirent les leçons du passé. « La réforme pédagogique de 1991 s’était bien enclenchée. Tout le monde pouvait prendre le train en marche. Mais le suivi n’a pas été effectué dans la transparence et on a vu se décomposer cette réforme petit à petit », explique-t-il. Avant de conclure :« Cette situation est l’échec des syndicats, la profession a été beaucoup livrée à elle-même. Maintenant, il faut se battre pour que la profession soit entendue et reconnue par le public ».

UNE ENVIE D’ENTREPRENDRE
Direction le sud d’Angoulême. La nuit est déjà tombée, automne oblige, mais pour José Benitez, la journée de travail est loin d’être terminée ! Ce jeune gérant, patron de deux établissements, trouve tout de même le temps de recevoir La Tribune des Auto-Écoles entre deux séances de Code.
L’homme raconte comment il est devenu le gérant de l’auto-école Ma Campagne – assez éloignée du centre-ville – presque par hasard. Autrefois moniteur à Soyaux (34), commune d’environ 10 000 habitants, il passait souvent devant cet établissement (qui se nommait auto-école Verger) au cours de leçons de conduite. José Bénitez a alors une intuition. « Je me suis toujours dit que je voulais travailler ici »,
explique-t-il. Chose dite, chose faite… en 2003. Après avoir été moniteur pendant un an au sein de cette structure, José Bénitez reprend l’école de conduite et la renomme Auto-école Ma Campagne.
La reprise se fait en douceur. « L’envie de me lancer couvait depuis plusieurs années. Au début, j’étais un peu rebuté par l’aspect gestion » se remémore le gérant. Cette transition réussie permet à José Benitez de conserver sa clientèle. Un pari qui était loin d’être gagné ! En effet, il existe un bémol, mais de taille. Sur le même trottoir, l’auto-école Ma Campagne jouxte un autre établissement d’enseignement de la conduite, franchisé celui-là. Dans le même secteur, une autre auto-école est également présente et propose « pas mal de prestations et des prix assez bas », selon les mots de José Benitez.
« Heureusement, tous les goûts sont dans la nature », sourit le gérant. José Benitez joue en effet sur ses atouts. « Il y a des élèves qui préfèrent les petites structures. J’expose mes arguments, comme la responsabilisation du moniteur et le suivi des élèves. » Et ça marche !
D’autant plus que José Benitez cache une botte secrète… Une Mini Cooper D qui fait fureur auprès des élèves. « Elle présente beaucoup d’avantages », confirme José Benitez,
« elle est très agréable à conduire, consomme peu d’essence et en plus elle est bien dans l’air du temps ! »

DEUX ÉTABLISSEMENTS POUR UN SEUL HOMME
Grâce à ses valeurs, l’auto-école « vivote » jusqu’au début de l’année 2006. Là encore, c’est l’intuition qui guide le destin du gérant. Mais, pour cette fois-ci, c’est sa compagne qui a eu l’œil en repérant un local en plein centre-ville. « Par curiosité, je suis allé voir et ça m’a plu. On a décidé de passer le cap et d’investir un peu plus »,explique José Benitez. 
L’auto-école Ma Cathédrale était née. Elle présente un atout de taille par rapport à sa devancière. Elle permet en effet à José Benitez d’avoir un pied dans le centre-ville, en plein place Saint-Pierre. Elle est aussi située à proximité d’un lycée. Sur sa lancée, José Benitez embauche un moniteur. Mais la crise arrive et le gérant est de nouveau obligé de tenir à bout de bras ses deux établissements. Cependant, il ne perd pas pied, tisse des liens avec sa clientèle, fait fonctionner le bouche-à-oreille et occupe un espace publicitaire sur un écran du cinéma local.

TOUJOURS PRIVILÉGIER LA PÉDAGOGIE
Aujourd’hui, cette petite baisse de régime est oubliée. José Benitez a demandé une extension d’agrément pour l’auto-école Ma Cathédrale. « J’ai eu vent de bruits comme quoi la visibilité de mon établissement ne serait pas optimale. J’ai décidé de racheter un local qui communique avec le nôtre, un ancien commerce, dont le patron avait décidé de partir », détaille José Benitez. 
Cet esprit d’entrepreneur, José Benitez ne le dissocie pas de son cœur de métier, la pédagogie. « Attention à ne pas tomber dans l’ultralibéralisme ! Il ne faut surtout pas opposer économie et pédagogie », explique le gérant. « Si je pouvais donner un conseil à un jeune qui se lance dans la profession, je lui dirais de trouver des solutions économiques qui n’ont pas pour but de spolier les élèves. Il faut se démarquer des autres, avoir de l’originalité dans la formation. De toutes façons les petites structures, n’ont pas le choix. Elle seront prises en tenaille si elles ne font pas preuve d’initiative. Elles doivent se bouger si elles ne veulent pas disparaître. Il y a des idées à développer, comme les cours de conduite à trois et les cours de Code sur le terrain. »

UNE RECONVERSION RÉUSSIE
C’est le petit matin dans la cité internationale de la bande-dessinée. Michel Phelippeau
nous accueille dans son établissement, rue de Bordeaux, sur un axe un peu isolé de l’agitation du centre-ville. « Je n’ai pas voulu me mettre en porte-à-faux vis-à-vis de la profession en m’installant dans le voisinage d’une autre auto-école », explique cet ancien cadre dans la papeterie et l’industrie agroalimentaire. 
Ce gérant revient sur les conditions de son arrivée dans la profession. « Je suis venu sur le tard dans le métier, en 1996, suite à une réorientation professionnelle. J’ai senti le coup de grisou et je suis parti ! Je me suis tourné vers l’enseignement de la conduite car j’étais en quête d’indépendance, d’autonomie »,
explique-t-il.
Les débuts ont donc été « relativement difficiles ». Le gérant se souvient qu’il était « sur un fil, comme un funambule ».Mais son obstination a fini par payer. Celui qui la volonté d’être « un capitaine »
pour les apprentis conducteurs a réussi à se faire une place dans l’apprentissage de la conduite. Sa clientèle ? Des jeunes des zones résidentielles avoisinantes, souvent considérés comme des élèves difficiles. « Des personnes aussi méritantes que les autres. La satisfaction est d’autant plus grande que le challenge est important », complète-t-il.

UN CHANGEMENT DES MENTALITÉS DES ÉLÈVES S’EST OPÉRÉ
Après plus d’une dizaine d’années dans le métier, Michel Phelippeau dresse un constat dur mais lucide sur l’enseignement de la conduite dans l’hexagone. « Avant, on sentait un vrai engouement pour le permis de conduire. Les jeunes étaient motivés. Depuis la crise, avec cette instabilité sociale et économique, on ne sait même pas si les élèves vont poursuivre leur apprentissage », explique le gérant. Il ajoute : « Maintenant, je travaille beaucoup le mental. Le mien, ceux des autres, pour affronter les difficultés. On est un peu inondé par un aspect social qui n’existait pas avant ».
Les années 2000, c’était un peu « l’âge d’or » pour Michel Phelippeau. On se souvient de l’opération « véhicules électriques » instaurée en mai 1999 par le GEMA (Groupement des entreprises mutuelles des assurances), une initiative qui concernait les villes d’Angoulême, Bordeaux, La Rochelle, Niort et Poitiers. Le principe était le suivant : permettre en deux ans à 1 500 candidats au permis d’apprendre à conduire avec des véhicules électriques. L’examen se déroulait principalement sur un véhicule électrique, avec un test de contrôle sur une voiture thermique. « Je ne comprends pas le revirement de l’État sur cette initiative », regrette Michel Phelippeau, suite à l’arrêt prématuré de ce dispositif. « Aujourd’hui, on se rend compte que ce projet était vraiment d’actualité. Mais il paraît que c’est le désengagement des assureurs qui a provoqué l’arrêt des expérimentations », ajoute le gérant.

S’INSPIRER DES AUTRES PAYS EUROPÉENS
Autre regret de Michel Phelippeau, que la France n’intègre pas l’Éducation routière à l’Éducation nationale. « Sans oublier d’impliquer les gérants », sourit l’ancien électrotechnicien. « Une bonne formation ne peut pas se faire à moindre coût. Il ne faut pas que les jeunes qui sont démunis socialement soient lésés. La solution serait d’intégrer cette formation le plus tôt possible dans le cadre scolaire ».
Le gérant de l’auto-école Michel a d’autres revendications. « En France, on est relativement isolé dans la manière d’éduquer et d’évaluer les gens quand on regarde ce qui se passe dans les autres pays », juge-t-il. « En Yougoslavie, par exemple, lors de l’examen de la conduite, les inspecteurs montent à l’arrière du véhicule et non à l’avant. ça veut tout dire ! Si on appliquait ce principe en France, il y aurait une moins grande subjectivité dans le permis et cela permettrait de replacer le formateur au premier plan. » Michel Phelippeau continue de s’interroger : « En Hollande, le Code fonctionne en self-service. L’évaluation dure plus longtemps que chez nous, mais il n’y a pas de temps d’attente ! » De quoi donner envie à l’administration française d’analyser le fonctionnement de nos voisins européens dans le domaine de l’enseignement de la conduite ?


Hugo Roger



 

CARTE D’IDENTITÉ

École de conduite Marc
Gérant : Marc Favre
Bureau : 1
Employés : 2 secrétaires, 1 moniteur auto-moto + 5 moniteurs auto.
Formations proposées : B, AAC, A, AL, BSR, EB et BA
Inscriptions : 324
Véhicules : 1 Modus auto, 5 Clio, 1 Scénic, 2 Honda et 2 scoots BSR.
Tarifs :
• 35 euros de l’heure
• 700 euros pour 20 heures (pas de forfait)

Auto-école Ma Campagne
Gérant : José Benitez
Bureau : 2
Formations : B et AAC
Véhicule : Mini Cooper D
Inscriptions : 100
Tarifs :
• 35 euros de l’heure
• 700 euros pour 20 heures (pas de forfait).

Auto-école Michel
Gérant : Michel Phelippeau
Bureau : 1
Formations : B et AAC
Véhicule : 1 C3
Inscriptions : 60
Tarifs :
• 28 euros de l’heure
• 768 euros pour le forfait 20 heures.


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