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school Pédagogie — Mai 2009

-Fiche-
Faire travailler les apprentis conducteurs sur leurs représentations


Appréhender les représentations des apprentis conducteurs sur la réglementation, leur regard sur les autres usagers – notamment les plus vulnérables – peut s’avérer utile en formation initiale. Pour ce faire, cette fiche propose des pistes d’exercices. Incidemment, cette fiche permet également de préparer partiellement le thème n°11 de la nouvelle épreuve de pédagogie du Bepecaser*.

Qu’est-ce qu’une « représentation » ? Pour répondre à cette question, offrons-nous un petit voyage dans le temps. En 1633, Galilée se retrouve face au tribunal de l’Inquisition. Pour échapper au bûcher, l’astronome accepte de renier publiquement sa thèse selon laquelle la terre n’est qu’une planète parmi d’autres tournant autour du soleil. Sacrilège à l’époque où la représentation du Monde plaçait la terre statique au centre de l’univers. Fort de ses convictions, Galilée aurait alors prononcé en parlant de notre planète : « Et pourtant elle tourne ».
Le terme de « représentation » provient de la sociologie. Emile Durkheim(1) (1858-1917) fut le premier à évoquer la notion de représentations qu'il appelait « collectives » à travers l'étude des religions et des mythes. Sa conception est actuellement utilisée par les divers courants de pensée de la psychologie sous des acceptions différentes. En psychologie sociale, une des définitions de ce concept est la suivante : « une forme de connaissance socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d'une réalité commune à un ensemble social ou culturel »(2).

EXERCICE DE SENSIBILISATION À LA NOTION DE REPRÉSENTATION
Dans un premier temps, en salle, on proposera aux participants un exercice permettant de comprendre la notion de « représentations ». Pour un « tour de chauffe », il suffit de donner à titre d’exemple le mot « sapin » et de demander aux participants d’associer immédiatement trois termes à ce mot, ce qui illustre la représentation qu’ils se font d’un sapin. Puis, pour revenir au sujet qui nous intéresse, remettez à chaque participant une feuille et demandez d’y inscrire immédiatement trois adjectifs qui évoquent le terme de « réglementation ».
Le formateur recense alors les résultats et demande au groupe d’essayer de regrouper autant que possible les termes dans des ensembles communs. Il demande également, en fonction des résultats, si la prédominance des termes choisis est négative ou positive à l’encontre ou à l’égard des règles.
En fonction de l’intérêt porté à cet exercice, le formateur peut apporter son éclairage sur la genèse du Code de la route (3). On peut s’appuyer sur un ouvrage consacré à ce thème « L’automobile et la loi, comment est né le Code de la route » (4). Si certains aspects du Code de la route comme la protection des routes (limites de poids, de tailles des véhicules) ou la sauvegarde du chemin de fer (qui revient actuellement au goût du jour avec l’écologie) ont été oubliés, il est intéressant de les noter pour prendre conscience du rôle de miroir que peut jouer la réglementation par rapport à l’évolution de la société.

UTILITÉ PERÇUE DE LA RÈGLE ET DE LA SANCTION
Ensuite, vous pouvez demander aux participants en sous-groupes de deux ou trois personnes de se positionner par rapport à l’affirmation suivante et de motiver leur réponse :
« Le strict respect de l’ensemble des règles du Code de la route éviterait la survenue de tous les accidents »
• Pas du tout d’accord
Assez d’accord
Complètement d’accord
Le dépouillement des réponses a pour objet de montrer l’éventuelle diversité des réponses et de laisser s’exprimer les apprenants sur leur rapport à la règle. D’évidence, le seul respect des règles ne pourrait éviter l’ensemble des accidents (erreurs d’appréciations des conducteurs, masques à la visibilité, déficience mécanique des véhicules, défaut de voirie, sont autant d’éléments à prendre également en compte), mais leur respect strict éviterait les accidents liés à la transgression volontaire. Ainsi les accidents deviendraient tous dans ce cas… accidentels !
On distribue ensuite le tableau reproduit ci-dessous extrait de l’ouvrage « La politique de sécurité routière. Derrière les chiffres, des vies », de Jean Chapelon(5).
La notion de « risque attribuable » a trait au nombre de victimes qui aurait pu être évité si les conducteurs avaient respecté la règle. Ce tableau montre que les infractions alcool et cannabis étaient en 2007 sanctionnées 30 fois moins que la vitesse. On comprend mieux en l’analysant que la lutte contre l’alcoolémie au volant s’intensifie. On profitera de l’exploitation de cet exercice pour demander aux apprentis conducteurs quelle différence ils font entre « contrôle » et « répression » sur la route.

DE LA REPRÉSENTATION AU STÉRÉOTYPE
Le stéréotype est une croyance qui concerne les caractéristiques des membres d’une même catégorie, d’un groupe et qui sont généralisées à l’ensemble du groupe. L’avantage du stéréotype qui d’après les experts remonterait à la nuit des temps (l’homme des cavernes devant très rapidement se faire une opinion sans nuance sur d’éventuels amis ou ennemis…) est qu’il nous permet de « fonctionner » à l’économie. Le gros désavantage est qu’il altère notre jugement et peut fausser notre prise de décision. Il existe ainsi parfois des consensus basés sur une confusion intellectuelle.
Dans ce registre, les « vieux » au volant seraient gêneurs par leur lenteur et donc dangereux, les jeunes (les mettant tous dans le même sac seraient inéluctablement « casse-cou ». On ignore ici l’énorme différentiel homme/femmes en matière d’implications à âge égal. Au volant, les femmes seraient « étourdies sans que l’on puisse, données scientifiques à l’appui, prouver leur sur-représentation dans des accidents pour lesquels l’étourderie aurait été vraiment le facteur majeur. Autant d’adjectifs souvent peu amènes pour stigmatiser une partie des conducteurs et justifier les accidents routiers en s’exonérant au passage d’avoir à analyser sa propre prise de risques au volant…
Un exercice amusant à effectuer en salle peut l’illustrer. Distribuez des photos de véhicules récents puisés dans des revues automobiles à chaque participant. Choisissez des véhicules pour les plus petits du type voiturette, puis smart et  Austin Mini, puis des véhicules haut de gamme Citroën et enfin, sur des revues spécialisées, découpez des véhicules « tunés » de type BMW, ainsi que des véhicules de prestige style Porsche. Chaque photo est affectée d’un numéro pour faciliter son traitement. Demandez aux participants d’inscrire le type de conducteur/ice (âge/statut social) qui semble le mieux correspondre d’après eux à chaque type de véhicule. Lors du dépouillement, demandez à chacun de justifier ses choix.
Au-delà, on peut imaginer d’intervertir les couples conducteurs/ices /véhicules que les participants ont trouvé et de leur demander ce qu’ils ressentiraient s’ils rencontraient sur la route ces équipages.
Bien sûr, les représentations des conducteurs se forgent par leur propres lectures.
Suivant l’effectif, l’exercice s’effectue en sous-groupes de deux ou trois personnes, en salle. Le formateur distribue à chaque sous-groupe l’article de journal reproduit ci-dessus. Après avoir pris connaissance de ce fait-divers, les participants en discutent entre eux. Puis, le formateur distribue à chacun une feuille sur laquelle sont inscrites les trois questions suivantes :
1/ Le titre de cet article de Ouest-France fait référence à l’âge de la conductrice. Pensez-vous, après avoir lu l’intégralité du document que cela soit :
Pas du tout justifié
Assez justifié
• Complètement justifié
2/ Si les personnes impliquées avaient été plus âgées, aurait-on pu, dans la même situation,
lire un titre du type : « La mère de famille de 40 ans a croisé sur la route une autre voiture, conduite elle aussi par un quadragénaire ».
C’est très improbable
Assez probable
• Très probable
3/ Pourrait-on envisager de lire un titre du type : « La conductrice de 80 ans a croisé sur la route une autre voiture, conduite elle aussi par une personne âgée » ?
C’est très improbable
Assez probable
• Très probable
Les élèves doivent se mettre d’accord pour apporter une réponse commune dans chacun des sous-groupes et pouvoir ensuite justifier leurs réponses. Le formateur recense ensuite les réponses et en tire une synthèse. Ce travail fera émerger les représentations de chacun notamment sur l’influence de l’âge sur la survenue des accidents. Le formateur s’abstient de démêler le vrai du faux dans ce genre d’échanges au risque de braquer les apprenants. Il semble préférable au contraire de faire comprendre que toutes les idées sont bonnes à entendre mais que l’on peut ensuite les confronter à une réalité objective, celle par exemple des connaissances scientifiques actuelles sur le risque routier de chacune des tranches d’âges concernées. Cet exercice peut donc servir d’introduction à un cours sur ce thème**. Cet exercice permet également d’exercer l’esprit critique des élèves à l’encontre des descriptions strictement journalistiques des accidents de la route et de leur caractère très souvent abusivement réducteur (accent mis sur un seul facteur : ici l’âge) pour rendre compte des accidents. Dans cet exemple les apprenants devraient découvrir que rien, en l’absence d’informations nouvelles, ne permet d’imputer à l’âge des impliqués la cause de l’accident.
Une fois l’ensemble de ces exercices réalisés, on demandera aux élèves quels enseignements généraux ils peuvent en tirer sur la route.
Et puisque nous avons commencé par citer Galilée pour débuter cette fiche, laissons-le donc conclure : « On ne peut rien apprendre aux gens. On peut seulement les aider à découvrir qu'ils possèdent déjà en eux tout ce qui est à apprendre. »

Jean-Claude Huant











































Relation entre le nombre d'infractions sanctionnées et le risque attribuable   
 Facteur  Part dans les infractions (a)
Risque attribuable (b)
 Taux de sanction (a/b)
Vitesse
62 %
20 %
3,1  %
 Alcool 3 %
 26 %
 0,11 %
Cannabis
 0,07%  2,5 % 0,03  %
Ceinture
 3 %
 9 % 0,35  %
 Téléphone 4 %
 4 % 0,94  %

 * La fiche 11 a pour titre : « La prise en compte des diverses catégories d’usagers ». Un des sous-thèmes proposé est intitulé : « Réglementation, exigence de la vie sociale ».
** Sous-thèmes de la fiche 11.
 (1) « Représentations individuelles et représentations collectives » de Emile Durkheim, dans Sociologie et Philosophie, Collection « Le Sociologue », paru aux Presses universitaires de France, 1967, Paris.
(2) « Les représentations sociales », ouvrage collectif sous la direction de Denise Jodelet. Puf, 1994.
(3) Dossier de La Tribune des Auto-Ecoles, n°122, Novembre 2006.
(4) « L’automobile et la loi. Comment est né le Code de la route ? », par Anne Kletzlen, paru chez L’Harmattan, Avril 2000.
(5) « La politique de sécurité routière. Derrière les chiffres, des vies », par Jean Chapelon, paru chez Lavoisier, 2008.





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