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map Vie des régions — Novembre 2009

-Nevers-
Retour à la sérénité


Malgré la crise économique et une population nivernaise qui décroît, les trois auto-écoles rencontrées, de taille très différente, restent sereines. Il faut dire que les problèmes de places d’examens appartiennent globalement au passé…

La préfecture de la Nièvre est une ville paisible. Depuis 1975, sa population baisse régulièrement et d’autres villes comme Auxerre, Chalon-sur-Saône ou encore Dijon sont parallèlement « montée en puissance » et lui font concurrence. Malgré tout, les auto-écoles de Nevers ne semblent pas particulièrement touchées par ce phénomène, ni par la crise. Elles continuent à garder la tête froide et à exercer leur profession avec un entrain certain.

STATUT : COOPÉRATIVE !
« Ici, on est tous associés, nous nous investissons tous de la même manière », explique Béatrice Fleurier de l’ECF Ecole de conduite de Nevers, sise à deux petites minutes de la gare. « Notre statut est celui d’une SARL Scoop qui emploie 3 personnes, un statut peu courant en auto-école. On n’y retrouve pas la traditionnelle structure patron + moniteurs. » Le statut de SARL Scoop, qui n’est pas incompatible avec l’appartenance au réseau d’écoles de conduite ECF, convient en tout cas fort bien à cette petite auto-école à échelle humaine créée en 1996, qui ne fait que du permis B ainsi que quelques interventions ponctuelles en entreprise, comme l’explique l’un des autres associés Philippe Decelle, également directeur pédagogique et moniteur. « C’est un état d’esprit qui nous convient. On est une petite structure qui partage tout et on veut tous aller dans la même direction. » Quant à faire partie du réseau ECF, nous n’y voyons que des avantages : cela permet de bénéficier d’une bonne image, de s’engager dans une démarche de qualité et de ne pas être isolés. »

 « L’AAC, ON Y CROIT ! »
À l’ECF de Nevers, l’AAC est primordial, comme le souligne Philippe Decelle. « Cela représente au moins 50 % de nos formations. Nous sommes convaincus que c’est une solution efficace pour faire chuter le nombre de tués sur la route chez les 18-25 ans. Les rendez-vous pédagogiques permettent de faire connaître des notions que les parents ne possèdent pas. On se retrouve tous (élève, parents, formateur) avec un intérêt commun. »
L’auto-école croit aussi beaucoup à l’éco-conduite. « Comme d’autres agences ECF, nous sommes en train de dispenser des modules d’éco-conduite, dans le but d’intégrer les objectifs du Grenelle de l’Environnement. C’est un cercle vertueux puisque consommer moins, polluer moins et conduire avec prudence vont de pair. J’espère seulement qu’avec la réforme, les inspecteurs vont davantage prendre en considération les habitudes d’éco-conduite d’un élève. »
À propos de la réforme, qu’en pensent les associés de cette auto-école ? « La réforme va faire en sorte qu’il soit encore plus facile d’accéder à l’AAC et c’est une bonne chose. L’AAC sur une période plus courte constitue un pas en avant, car souvent c’est la durée de l’AAC qui constitue un frein. Cependant, la réforme parle de « permis moins cher » alors que le permis français est l’un des moins chers d’Europe. Quant au permis à 1 euro par jour, jusqu’à présent, ce ne sont pas forcément les personnes qui en auraient le plus besoin qui en bénéficient. »
Si la réforme est plutôt bien perçue par Philippe Decelle, ce n’est pas le cas de la location de véhicules à doubles commandes, dont les médias grand public parlent à corps et à cris. « On marche sur la tête ! Seules les auto-écoles ont de vrais formateurs. C’est indispensable. Le permis ce n’est pas seulement savoir faire rouler une voiture, c’est surtout un comportement global à adopter sur la route. Mais les gens raisonnent à court terme et se focalisent davantage sur un coût de formation réduit au minimum. »
Philippe regrette par ailleurs l’absence de formation une fois le permis obtenu. Le post-permis obligatoire ne fait hélas pas partie des mesures retenues. « Moi qui dispense des formations pour les entreprises, je me rends bien compte qu’il existe beaucoup de comportements à risques chez ceux qui ont le permis. »

UNE AMBIANCE SEREINE
L’entente avec les autres auto-écoles de la ville est sereine. « Il n’y a pas d’établissement qui casse exagérément les prix et l’ambiance est détendue. C’était beaucoup plus tendu, il y a une dizaine d’années, une époque à laquelle sévissaient certains bradeurs… Pour notre part, notre rapport qualité/prix nous paraît juste. »
De même, la situation s’est améliorée en matière de délai de places d’examens. « Il y a deux ans les délais d’attente s’élevaient à 6 mois ! Maintenant ça va mieux. On gère des formations et non plus des conflits ! La réforme nous a donné des places d’examen supplémentaires et les délais sont divisés par trois. Les élèves n’ont plus la pression de se dire que s’ils ratent leur permis, ils ne pourront le repasser avant 6 mois. Cela apporte un bol d’air à tout le monde. »
Enfin, parmi les développements récents de cette auto-école, citons la Web formation. « Les jeunes utilisent beaucoup Internet, c’est pourquoi nous avons lancé, il y a un an, un site qui intègre un véritable programme de formation et non pas uniquement des tests. Il y a un vrai contenu, qui ne remplace cependant pas les cours. Ce site constitue un complément et non un remplacement. »

UN ÉTABLISSEMENT DE GRANDE ENVERGURE
Nous rencontrons ensuite Colette Paradis, directrice de l’établissement Paradis Formation (groupe Elit), qui regroupe deux sites : l’un place Carnot en centre-ville, qui s’occupe de la partie auto-école traditionnelle, et le second route de Sermoise, de l’autre côté de la Loire, dédié à la formation professionnelle. Les formations proposées sont particulièrement nombreuses, puisqu’elles comprennent l’ensemble des permis auto, moto, poids-lourd et bateau, ainsi le post-permis, les stages de récupération de points en partenariat avec l’Anper, les formations FIMO, FCO et Caces…
« L’établissement a été fondé en 1955 par mon beau-père et mon mari », indique Colette Paradis. « Je suis rentrée dans la profession car j’ai épousé un enseignant de la conduite. Depuis le décès de mon mari, en 1986, je gère l’établissement. L’évolution des formations proposées s’est faite en plusieurs étapes. Dès 1970, nous avons estimé que la formation continue était importante. Puis nous avons enchaîné sur le permis poids-lourds, et, dès 1990, les formations Caces et enfin, depuis 1995, les formations FIMO/FCOS (aujourd’hui FCO). Petit à petit, nous sommes devenus un centre de formation digne de ce nom ». Un centre qui réalise également des actions post-permis avec d’autres adhérents de l’Anper dans la Nièvre, dans le cadre du PDASR (Plan départemental d’actions de sécurité routière), en direction des jeunes qui ont obtenu leur permis il y a 6 mois/1 an. Toujours dans le cadre du PDASR, Paradis Formation effectue des journées de sensibilisation pour les accompagnateurs AAC.
« Et ce n’est pas tout », ajoute Colette Paradis, « puisque nous allons prochainement ajouter à nos compétences les titres professionnels, en collaboration avec le Greta. Par contre, nous ne faisons pas la formation de moniteurs, car la Nièvre est un petit département et recense peu de moniteurs. » Si l’on ajoute que Colette Paradis est également déléguée départementale de l’Anper et secrétaire nationale du CNPA, on imagine aisément que ses journées doivent être bien remplies.

PLACES D’EXAMENS : RETOUR À LA NORMALE
« Si nous avons connu des problèmes d’effectifs d’inspecteurs il y a 2 ans, ils ont été résolus et la situation est redevenue normale dans le département en ce qui concerne les places d’examen », se réjouit Colette Paradis. « Un dialogue permanent avec la DDE, qui nous tenait régulièrement au courant de la situation, a permis d’aller dans le bon sens. Il reste cependant un petit souci dans les centres d’examen secondaires de Cosnes-sur-Loire et de Decize, où les inspecteurs doivent faire une journée entière d’examen. Il faut toujours rester vigilant. Pour faire des économies, on nous met parfois dans des situations peu confortables. »
Colette Paradis insiste également sur l’importance de la pédagogie. « Il faut faire le mieux possible. Le principal, c’est d’être efficace. Or, les conditions économiques actuelles font que les enseignants n’ont pas véritablement le temps de faire de la pédagogie. Mais la sécurité routière concerne tout le monde, il y a un objectif global qui est plus important que de faire simplement passer un permis. » Colette Paradis croît aussi beaucoup à l’importance du cours théorique, en face à face avec les élèves. « Nous sommes censés participer à l’éducation à la route des gens, les cours théoriques sont essentiels ». Cependant, les jeunes ont évolué. « Il arrive souvent qu’on se retrouve face à des jeunes qui n’ont pas envie d’apprendre à conduire ! Il y en a beaucoup plus qu’auparavant. La liberté ne réside plus forcément dans la possession d’une voiture. Le permis est surtout vu comme une nécessité, une contrainte. Quant à la crise, « nous la ressentons légèrement, mais nous n’avons pas constaté de baisse phénoménale de la demande. » Et comment se passent les relations avec les autres écoles de conduite de la ville ? « Elles se passent bien. La concurrence est un aiguillon et permet d’évoluer. Un concurrent n’est pas un ennemi ! ».
Autre sujet abordé avec Colette Paradis, l’éco-conduite. « Cela nous intéresse car une conduite apaisée est une conduite plus sûre. Nous disposons d’un économètre dans les poids-lourds, qui quantifie l’économie réalisée suivant le style de conduite. Nous organisons aussi des stages de formation. Le volet consacré à l’éco-conduite désormais obligatoire va peut-être entraîner des changements au niveau de la pédagogie. Les simulateurs de conduite vont prendre de l’importance, car ils permettent de moins consommer de carburant. Nous possédons des simulateurs relativement abordables qui peuvent traiter des situations à risque, notamment pour le cyclo. C’est intéressant de pouvoir focaliser l’attention des jeunes sur les situations à risque. » Enfin, d’une manière plus générale, Colette Paradis espère que la réforme actuelle du permis « sera à la hauteur de l’attente… »

L’AUTO-ÉCOLE RÉDUITE À SA PLUS SIMPLE EXPRESSION
En comparaison de ce « géant » de la formation à la conduite qu’est Paradis Formation, la troisième auto-école visitée paraît quelque peu lilliputienne. Un petit bureau face à la Loire abrite les locaux de l’auto-école Synergie. Ici, une seule et unique personne est aux commandes : Jérôme Naud, à la fois gérant et moniteur. Jeune (31 ans) et motivé, il officiait auparavant dans une autre auto-école de la ville, avant de décider de se mettre à son compte et de reprendre l’auto-école Synergie il y a 3 ans, suite au départ à la retraite du propriétaire. « Je ne fais que du permis B et je ne suis pas agréé pour le permis à 1 euro par jour, qui selon moi ne fonctionne pas comme il devrait. C’est bien connu, les banques ne prêtent qu’aux riches ! Ma philosophie est de proposer un permis moins cher avec une formation de qualité. Je ne cherche pas à concurrencer les grosses auto-écoles, j’essaye simplement de faire tourner mon entreprise tout en proposant des prix accessibles à tous. Je propose pas mal de facilités de paiement pour mes élèves, pour la plupart issus des HLM du bord de la Loire, qui apprécient cette souplesse. Quant à mon emplacement, hors du centre-ville, il est certes un peu isolé, mais c’est plus facile pour se garer et il n’y a pas de vis-à-vis. »
La crise, Jérôme Naud ne l’a pas ressentie. « Mon auto-école est récente, j’ai une activité qui croît régulièrement. Les auto-écoles plus anciennes sont peut-être davantage touchées. De toute façon, les gens ont besoin du permis pour décrocher un emploi. » Jérôme compte même acquérir un local plus grand. « Je compte acheter les murs de mon auto-école, pour être maître de mon destin. Le propriétaire vend le local, avec également l’appartement situé au-dessus. Mais comme le local est un peu exigu, j’envisage également une autre solution : acquérir un autre local, situé à quelques dizaines de mètres, plus spacieux. »

UN MANQUE DE PLACES DE CODE
Jérôme Naud juge les délais d’attente de place d’examens pour la partie conduite « raisonnables », mais c’est surtout le Code qui lui pose problème. « L’administration ne veut pas débloquer des places de Code. Résultat, je dispose de plus de places pour la conduite que pour le Code. Tout cela est en grande partie dû à la nouvelle méthode de répartition des places d’examen, dont le principe n’est pas très logique. On va parfois à Château-Chinon, c’est-à-dire à quelque 60 km d’ici, pour passer le Code. Certes, l’ancien système était loin d’être parfait. En fait, il nous faudrait un système qui soit à mi-chemin entre les deux méthodes. De plus, ici dans la Nièvre, nous n’avons que 4 inspecteurs, alors que l’Yonne en a 7… »
Quant à la réfome, « j’attends de voir » souligne Jérôme Naud. « Ceci dit, le passage du Code par Internet est une bonne idée. Ainsi, on n’aurait plus qu’à faire passer les candidats qui ne disposent pas d’Internet. C’est intéressant pour une petite auto-école comme la mienne, qui n’est ouverte que 3 jours par semaine. Cela pourrait limiter l’attente pour passer le Code. » Comme beaucoup, Jérôme regrette enfin que la réforme n’ait pas rendu obligatoire le post-permis. « C’est vraiment dommage pour la sécurité routière… ».
Enfin, Jérôme est motivé par l’éco-conduite et souhaiterait aller encore plus loin dans ce domaine en louant une véritable voiture écologique. « Mais il n’y a pas d’offre chez les constructeurs français et la Toyota Prius n’est pas disponible en location pour les auto-écoles. Il faudrait acheter un véhicule, le faire équiper… c’est trop cher et trop compliqué ! Quant aux véhicules utilisant du bio-carburant, j’hésite depuis leur remise en cause par les écologistes… » Pas facile de rouler propre pour une auto-école !

Christophe Susung



CARTES D’IDENTITÉ

Auto-école ECF Ecole de conduite de Nevers
Gérant/moniteurs : 3 associés salariés : Béatrice Fleurier, Philippe Decelle et Martine Poggi
Bureau : 1
Formations : B, AAC + quelques interventions en entreprise
Employés : XXXXX
Véhicules : 2 Renault Clio III
Inscriptions : 120 inscriptions à l’année
Tarifs permis B : 20 h : 1 000 euros en moyenne, 34 euros de l’heure

Paradis Formation
Gérante : Colette Paradis
Bureaux : 2
Formations : BSR, A, A1, B, AAC, EB, bateau, C, EC, D, perfectionnement à la conduite, stages de récupération de points, FIMO, FCO, CACES
Nombre d’employés : XXXX
Véhicules : 6 Citroën C3, dont une avec boîte automatique, 3 camions porteurs, un camion grue, 1 remorque B, 2 ensembles semi-remorques, chariots élévateurs
Inscriptions :   XXX    par an
Tarifs permis B : forfait 20 h :  XXX   euros ; heure de conduite supplémentaire :  XX euros

Auto-école Synergie
Gérant : Jérôme Naud
Bureau : 1
Formations : B, AAC
Véhicule : 1 Renault Clio
Inscriptions : environ 60 à 70 par an
Tarifs permis B : 20 h : 890 euros, 34 euros l’heure


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