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map Vie des régions — Avril 2006

-Mulhouse-
La boîte à idées !


La conjoncture a beau être morose, les auto-écoles de la région de Mulhouse fourmillent d’initiatives pour dynamiser leur activité. Rencontre avec quatre gérants très différents, mais animés de la même dynamique.

Mulhouse est à la croisée de l’Europe. Située à 10 km de la frontière allemande et à 15 km de la frontière suisse, cette ville de 112 000 habitants est au cœur d’une importante zone d’échange. Jadis connue pour ses industries florissantes (textile, automobile), la capitale haut-rhinoise lutte depuis plusieurs dizaines d’années pour retrouver une économique dynamique… Parmi les auto-écoles rencontrées, un seul gérant affirme clairement avoir été touché par cette économie en berne. Dans le quartier « Franklin Briand », derrière ses stores baissés, Jacky Dionigi dénonce : « Autrefois, le quartier était habité par des ouvriers, mais il avait bonne réputation. Depuis 15-20 ans, les bâtisses se vendent à des populations cosmopolites et le quartier périclite. Les magasins ferment, la rue est à l’abandon. J’ai dû investir dans du matériel pour protéger mon établissement et le soir, mon épouse a peur de sortir seule. L’hiver, après les cours de Code, nous raccompagnons les élèves pour qu’ils n’aient pas à attendre dans la rue. »

S’ADAPTER À LA CLIENTÈLE
Si le quartier évolue, la clientèle de l’auto-école semble également avoir changé et cela ne plaît pas plus au gérant de l’auto-école Napoléon. « Quand pendant les cours de Code, on en arrive à donner des leçons de français et d’arithmétique de base, l’enseignement ne me plaît plus, indique-t-il. Depuis l’arrivée du nouvel examen théorique, nous donnons à nos élèves des feuilles de vocabulaires à apprendre par cœur… Les technocrates nous livrent des réformes qui ne sont pas adaptées à la France d’en bas. Or, je n’ai pas envie de faire du social. Si demain on me donne 600 000 francs pour partir, je m’en vais. Je trouverais autre chose » En attendant le miracle, Jacky Dionigi soigne tout de même sa motivation et cherche des solutions de repli pour trouver des activités qui lui plaisent. La première, c’est l’opération « Volants Jeunes » (voir encadré), dont il est un fervent adepte. Hors des murs de l’auto-école, l’exploitant donne des cours de sécurité routière à la faculté de Mulhouse. Il atteint également un public plus âgé : « Je travaille avec l’Automobile Club d’Alsace, pour proposer des sessions de perfectionnement aux seniors. C’est très intéressant, ça m’est bien plus agréable que d’enseigner dans mon établissement. » Encore investi dans son activité, Jacky Dionigi a même pris la tête de l’association VRAI (Voir, Réagir et Agir en toute Intégrité), qui regroupe une quinzaine d’auto-écoles de Mulhouse et des environs afin de présenter un visage uni aux pouvoirs publics et partager des techniques pédagogiques.

L’AUTO-ÉCOLE QUI FAIT PARLER D’ELLE
Plus présent que n’importe quel groupement ou association, le groupe Larger est, depuis les années 1980, un incontournable dans le monde des auto-écoles haut-rhinoises. Les 22 établissements - aux enseignes Larger, Champion, Carly et Pilote - ne sont d’ailleurs plus qu’un bras d’une entreprise tentaculaire, qui intervient aussi bien dans le domaine de la formation de moniteurs, que dans la communication et l’organisation de courses cyclistes (pour en savoir plus, www.groupelarger.fr). Du plaisir et de l’enthousiasme, quelques qualités relationnelles, un soupçon d’imagination et une bonne dose de culot… telle est, visiblement, la recette du succès de Francis Larger. Dès son arrivée sur le marché, le jeune gérant s’était fait remarquer par le look de ses agences et de ses voitures, un mélange étonnant de design chic et de réclame tape-à-l’œil. Aujourd’hui encore, Francis Larger maîtrise parfaitement l’image de son groupe et imagine chaque jour de nouveaux « coups » très efficaces. Le dernier en date vaut le coup d’œil. Non content de faire sa pub sur les voitures du groupe, Francis Larger propose désormais ses portières comme support aux annonceurs privés : 2 m² d’affiche, qui parcourent 50 000 km par an, pour 1440 euros, tel est le concept de Médiautovision. Très content de cette idée originale, Francis Larger voudrait même la sous-traiter à d’autres auto-écoles. Mais pour l’instant, le projet est à l’arrêt : certains inspecteurs du permis de conduire refusent de jouer les hommes sandwichs. Qu’importe, Francis Larger a plus d’un scoop dans sa poche. Le permis à moins d’un euro, voilà le nouveau produit des auto-écoles du groupe. « Quand le permis à 1 euro est arrivé, je suis allé voir des banques pour négocier un prêt dont je finance les intérêts… On ne le propose pas d’emblée, on ne communique pas dessus, mais nous sortons la formule si l’élève vient se renseigner pour le permis à 1 euro. » Le businessman a trouvé cette solution pour répondre à la demande, mais il ne croit pas à sa réussite (« les gens ne veulent pas faire de prêt, dit-il). Détaché de l’enseignement (« ça fait 15 ans que je n’ai pas donné une leçon de conduite », s’amuse-t-il), il envisage de placer certaines de ses agences en location-gérance… Tant qu’il continue à en gérer le look, le succès ne devrait pas faire défaut !

UNE RECONVERSION RÉUSSIE
L’image, pour Christine et Pascal Monin, est également une donnée essentielle. Depuis l’ouverture de leur premier établissement en 1998, ils veillent à ce que leur réputation inspire la confiance. « Le contexte était difficile, les auto-écoles se battaient sur les tarifs, pas sur la qualité, se souvient Pascal Monin. Moi, je ne voulais pas entrer dans cette logique. Je voulais un pourcentage de réussite convenable. Aux gens qui venaient se renseigner, je disais : « Ici, on va vous prendre en main, on prendra le temps qu’il faudra, mais on vous apprendra tout ce dont vous aurez besoin ensuite sur la route… Ils étaient sceptiques, ça a mis du temps avant de démarrer. Heureusement que mon épouse continuait à travailler ailleurs, car je n’ai pas eu de salaire pendant un an et demi ». La persévérance a fini par payer, l’équipe s’est finalement agrandie de deux moniteurs et Pascal Monin a ouvert un deuxième établissement en 2001. Avant l’arrivée, dans la foulée, de son épouse ! Le travail d’équipe et le recrutement d’enseignants compétents devaient favoriser le développement des auto-écoles Euro Leader… Mais en 2003, la grève des inspecteurs porte un coup d’arrêt à cette expansion. « Chez nous, se rappelle Christine, le mouvement était suivi à 100 %. Les examens ont été bloqués, les médias ont commencé à le dire et, très rapidement, les élèves ont arrêté de prendre des leçons et de s’inscrire, de peur de ne pas pouvoir passer l’examen. Ça a duré trois mois. Par chance, notre monitrice a quitté la région à ce moment-là et notre moniteur est parti en retraite… Et malgré ces départs inespérés, nous nous sommes demandé si ça valait le coup de continuer. » Encore effrayé par ce souvenir, Pascal Monin explique : « Nous pensions être indépendants, mais en réalité, nous sommes tributaires des fonctionnaires. Nous étions pris au piège ! » Après plusieurs bilans teintés de cet épisode cauchemardesque, les auto-écoles Euro Leader ont retrouvé du poil de la bête ! Le nouveau souci de Pascal Monin est de trouver du personnel qui corresponde à ses exigences. « Je ne veux pas de moniteur « ON-OFF », pour allumer et éteindre le lecteur DVD, dit-il. Je cherche des enseignants qui sachent donner un vrai cours théorique et s’adapter aux élèves en voiture. Avant d’embaucher, je teste les prétendants en situation. Il m’est arrivé de rembourser l’élève parce que j’estimais qu’il n’en avait pas eu pour son argent pendant la leçon. » En attendant la perle rare, l’exploitant préfère refuser du travail plutôt que de fournir une prestation médiocre… quitte à freiner une diversification pour laquelle les clients viennent eux-mêmes le solliciter.

UN TRAVAIL QUI PAIE
Ces trois portraits pourraient suffire à montrer que les auto-écoles haut-rhinoises se portent bien. Mais pour ceux qui auraient encore un doute, une ultime visite vient confirmer l’impression positive. A Brunstatt, un village de 5 500 habitants situé à quatre km de Mulhouse, Christelle Marschall est une jeune gérante pétillante qui n’était pas destinée à l’auto-école. « A Bac +2, mes études de comptabilité ne m’ont pas empêché de me retrouver au chômage. Sur les conseils de l’ANPE, j’ai suivi la formation de moniteurs en contrat de qualification et j’ai été embauchée après le diplôme. J’ai été responsable d’agence dans la région pendant trois ans, cela m’a permis de voir comment cela se passait dans le secteur, avant de me lancer seule. » Installée à son compte dans une rue commerçante depuis l’an 2000, la frêle jeune femme raconte en toute simplicité son cheminement pour créer une affaire saine. « L’endroit me semblait bien, la clientèle est agréable. J’avais fait faire une étude démographique à l’INSEE, qui montrait que le projet était viable. J’ai eu de la chance, une belle boutique de laine, située en plein centre, a fermé au moment où je cherchais un local. J’ai acheté le pas de porte et je me suis mise au travail. » Pendant un an et demi, elle travaille seule, avec des méthodes carrées : pas de conduite avant la réussite à l’examen théorique, mais une formation pratique au rythme de trois ou quatre heures par semaine. Et, à la 17ème heure, une évaluation pré-examen, pour situer l’élève, fixer sa date approximative de passage et prévoir dans le planning les dernières heures. Les facilités des élèves (Brunstatt fait partie de la banlieue aisée de Mulhouse) et le bouche à oreille font le reste. En 2002, Christelle Marschall embauche un premier moniteur, rapidement suivi d’une monitrice, cueillie à la sortie de la formation sur les bons conseils de son ancien formateur. Une équipe qui travaille en bonne entente. « Les employés sont rares, ce serait un coup dur de perdre l’un ou l’autre, indique la gérante. Nous avons nos petits rituels : le samedi par exemple, nous déjeunons ensemble pour faire le point. Et, tout au long de l’année, j’essaie de leur montrer que je reconnais leur investissement, je leur verse des primes pour les vacances ou pour Noël. C’est important qu’ils se sentent considérés. » Ultime reconnaissance, Christelle Marschall a proposé en priorité à ses salariés de reprendre l’établissement qu’elle a créé. « J’ai des projets personnels qui me conduisent à quitter la région, confie-t-elle. Je suis contente de laisser cette entreprise à Vincent et Jennifer, car ils ont largement contribué à son succès. En attendant la vente, je les initie doucement à la gestion de l’entreprise, je les accompagne dans les démarches administratives, j’essaie de les aider pour la reprise, car je me souviens très bien de mes difficultés au début de cette aventure. » Si l’auto-école poursuit sa route sans elle, la jeune femme ne semble pas vouloir quitter le monde de l’enseignement de la conduite, auquel elle a pris goût. Le BAFM, raté il y a quelques mois à quelques points près, pourrait être un nouvel objectif… Qu’on lui souhaite d’atteindre avec la même efficacité que le précédent !

Cécile Rudloff


VOLANTS JEUNES, UNE INITIATIVE À RETENIR !
Volants jeunes, c’est deux jours de formation complémentaire, à suivre après l’obtention du permis de conduire pour perfectionner ses connaissances et ses techniques. Cette formation post-permis est proposée – sur la base du volontariat – à tous les jeunes conducteurs âgés de 18 à 25 ans, qui habitent le Haut-Rhin. Créée en 1991, cette opération de prévention mobilise environ 210 auto-écoles, le Conseil Général, trois compagnies d’assurance, l’Automobile Club et La Prévention Routière. Ce nœud de partenariat permet de proposer des conditions tarifaires très avantageuses aux jeunes conducteurs participants. Ainsi, sur les 210 euros de facture pour deux jours, le département verse 130 euros de subventions, et certaines assurances partenaires rajoutent un chèque cadeau de 50 euros. Économie supplémentaire pour le jeune, les trois assurances partenaires l’exonèrent de la surprime « jeune conducteur ». Mais le bénéfice le plus important se situe pour tout le monde au niveau de la formation. Durant les deux jours de voyage-école, le nouveau conducteur aborde de nombreux points souvent éludés pendant la formation initiale faute de temps. Ainsi, il conduit en montagne, en agglomération dense dans des endroits qu’il ne connaît pas, apprend à lire une carte, préparer un itinéraire, monter des chaînes ou changer une roue. Evitement d’obstacles, freinages d’urgence et rappel sur les distances de freinage et d’arrêt, les distances de sécurité sont également au programme. En 2005, 1 288 jeunes ont suivi la formation.


CARTES D’IDENTITÉ

Auto-école Euro Leader
Gérant : Pascal Monin
Effectifs : deux moniteurs (dont Christine Monin) et une secrétaire
Formations proposées : A, B, AAC, BSR
Inscriptions : 20 A, 95 B, 15 AAC
Véhicules : trois Modus, un Scénic, deux Kawasaki ER5, une Kawasaki Eliminator, un scooter
Tarifs : 1 130 € l’équivalent d’un forfait B, 34 € l’heure de conduite.

Groupe Larger (22 agences)
Gérant : Francis Larger
Effectifs : 61salariés
Formations proposées : n. c.
Inscriptions : dans le Haut-Rhin, un élève sur cinq est formé dans une auto-école Larger
Véhicules : n. c.
Tarifs : environ 1 200 € l’équivalent d’un forfait B, 35 € l’heure de conduite

Auto-école Start Up
Gérant : Christelle Marschall
Effectifs : deux moniteurs et une secrétaire en contrat de professionnalisation
Formations proposées : B, AAC
Inscriptions : 160 dont la moitié environ en AAC
Véhicules : trois 206
Tarifs : 1 100 € l’équivalent du forfait B

Auto-école Napoléon
Gérant : Jacky Dionigi
Effectifs : deux salariés et une conjointe collaboratrice (Christine Dionigi)
Formations proposées : B
Inscriptions : n. c.
Véhicules : deux Modus, un Scénic
Tarifs : 995 € l’équivalent du forfait B, 32 € l’heure de conduite


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