Au rythme des vagues, les gérants des auto-écoles de Brest ont misé sur des stratégies de développement fines afin de capter une clientèle toujours plus exigeante. En réseau ou indépendants, ayant opté pour le permis à 1 euro ou le cursus bateau, chacun donne son avis sur la profession, sans faux-semblants. Nous avons rencontré trois d’entre eux. Reportage sur la plus grande rade d’Europe.Construction navale, sciences et technologie de la mer, parc de découverte des océans, Brest vit au rythme de la grande bleue. Le premier port de plaisance de Bretagne fait la part belle aux jeunes conducteurs, qui ont envie de prendre la route pour naviguer dans la métropole océane. Celle-ci regroupe Bohars, Gouesnou, Guilers, Guipavas, Plougastel, Plouzané et Relecq-Kerhuon. Si les mouettes veillent sur la plus grande rade d’Europe, longue de 150 km2, en coulisses, les professionnels de la route, s’activent, qu’ils soient en réseau ou indépendants, pour accueillir de leur mieux les futurs conducteurs.
A l’image de Marie-Claire Berre, jeune créatrice d’entreprise, qui s’est lancée en 2004 en ouvrant sa première auto-école au Goesnou, dans l’agglomération de Brest. Ce qui l’a décidée ? Le dépôt de bilan du seul concurrent en juillet 2003. Dans la foulée, elle décide de se lancer avec son mari. « Nous avons vécu 11 ans au Goesnou. C’est notre ville et nous sommes bien connus là-bas grâce aux multiples associations dont nous avons fait partie. Cela nous a paru tout naturel de nous y installer. »
Dans cette commune un peu rurale de 6 700 habitants environ, Marie-Claire Berre a su développer une belle clientèle, autour de Cybelle Conduite, son auto-école : cinq ans après son installation, la gérante emploie cinq salariés – dont son mari ! – et dispose de trois autres bureaux : l’un à Brest, dans le quartier des Quatre Moulins, et les deux autres non loin de là, à Guilers et à Milizac.
FORMER ET FIDÉLISER SES ÉQUIPESMonitrice de moto elle-même, la créatrice a capté une clientèle qu’elle entraîne sur une piste privée dotée de plots pour apprendre les virages. « Je réfléchis au concept de caméra embarquée dans mes voitures car cela me paraît très intéressant quoiqu’un peu cher », poursuit-elle. La grande force de cette chef d’entreprise ? Avoir su garder ses quatre moniteurs qu’elle a formés, souvent au cours de stage et qui lui sont ensuite restés fidèles. « Ils rentrent chez eux avec la voiture de l’auto-école, disposent d’un téléphone portable qui leur est fourni et d’une mutuelle. »
Marie-Claire Berre a même mis en place 2008 un plan d’épargne Entreprise afin que son équipe se sente concernée par la réussite de Cybell Conduite. Ce qui semble être pleinement le cas, d’autant qu’elle compte engager un moniteur supplémentaire cet été.
Sa petite entreprise ne connaît d’ailleurs pas la crise : « Je n’ai pas vu de ralentissement dans mes inscriptions, ni sur la moto ni sur la voiture. »
Pourtant, Marie-Claire Berre craignait un ralentissement de la demande, spécialement sur la moto, un loisir pour la plupart des usagers. Mais rien de tel ; un simple retard sur les inscriptions est parfois constaté. Car les Brestois – comme dans de nombreuses autres régions de l’Hexagone – ont besoin de savoir conduire et de se déplacer pour aller travailler.
PÉDAGOGIE ET ENCADREMENT POUR LES CLIENTSMême concernant le permis à 1 euro par jour qu’elle pratique, la gérante se dit satisfaite. « Il faut bien expliquer le concept aux clients, précise-t-elle. Ce que je déplore simplement, c’est que cette offre ne touche pas forcément le public visé qui peine à bénéficier d’un emprunt bancaire. Mais comme l’Etat doit se porter caution avec la nouvelle réforme, j’espère qu’elle bénéficiera aux personnes qui ont peu de moyens et ont besoin de cette formule pour passer leur permis. »
Et côté réforme justement ? « Beaucoup de bruit pour rien !, lance Marie-Claire Berre qui n’a pas la langue dans sa poche, sauf la possibilité pour les personnes qui ratent leur permis B une fois de bénéficier de trois mois de conduite accompagnée en attendant une nouvelle date. C’est intéressant. »
MISER SUR UNE PME FAMILIALECap sur une auto-école en réseau cette fois, l’ECF-Roudaut et son jovial créateur, Roger Roudaut. « J’ai commencé dans la profession en 1968, tout seul, avec un seul véhicule », aime à rappeler le fondateur de l’institut de formation éponyme. Quarante ans plus tard, l’homme d’ECF Roudaut peut s’enorgueillir d’être à la tête d’une belle entreprise familiale : il a créé entre 1990 et 2008 plusieurs agences – six en tout – à Landivisiau (fondée en 1990), Brest-Guipavas (en 2005), Quimper et Hennebont, ainsi que deux à Brest dans les quartiers de Bellevue et de Recouvrance. Soixante-cinq salariés travaillent sous la houlette de Roger Roudaut et de sa fille, qui va reprendre l’entreprise familiale : « Je suis née dedans ! précise avec enthousiasme Gaëlle Roudaut-Le Pabic. J’ai toujours voulu m’impliquer dans le développement de la société car cela me passionne. »
Les bureaux de Quimper et de Hennebont, ouverts en 2007 et 2008 sont en effet en cours de lancement, et leur mise en place ne manque pas d’intérêt pour la future dirigeante. Actionnaire de la société depuis 1992, Gaëlle Roudaut-Le Pabic est également monitrice d’auto-école elle-même et femme de terrain. « Nous bénéficions de la certification ISO 9001 depuis 2006, ce qui nous a permis de remettre à plat le fonctionnement de l’entreprise », précise-t-elle.
SAISIR LES OPPORTUNITÉS QU’OFFRE LA RÉGIONEt ce n’est pas la seule de la famille à être impliquée : Jacqueline Roudaut, sa mère et épouse de l’entrepreneur est aux commandes des finances et s’occupe de la comptabilité. Quant à son gendre, Guy Le Pabic – l’époux de Gaëlle – il officie comme responsable commercial, et pilote une équipe de cinq assistants.
Très organisés, les collaborateurs sont pour certains itinérants tandis que les autres sont sédentaires. Objectif : nouer des partenariats avec des entreprises notamment, afin de former de nouveaux conducteurs routiers.
Roger Roudaut ne compte d’ailleurs pas lâcher le volant de sitôt et souligne avec enthousiasme : « Tant que j’ai le plaisir d’entreprendre, je reste à la barre ; je suis toujours friand de saisir les bonnes opportunités dans la région, c’est aussi pour cela que j’ai choisi d’intégrer le réseau ECF. »
Les auto-écoles Roudaut proposent donc à leurs élèves une formation très pratique, fruit de leur partenariat avec leur réseau, qui passe par des exercices pratiques spécifiques, et des objectifs pédagogiques définis par le Programme National de Formation.
DES CAMÉRAS EMBARQUÉES POUR OPTIMISER L’APPRENTISSAGECours audiovisuels et pratiques de Code et de conduite, apprentissage sur des véhicules neufs, rien n’est laissé au hasard afin de proposer aux futurs conducteurs un apprentissage facilité et performant. Roger Roudaut et sa fille n’ont d’ailleurs pas hésité à investir de nouveau pour appuyer leurs élèves dans leur progression : « Nous avons choisi de miser sur les caméras embarquées dans les voitures afin de les aider à prendre conscience de leurs erreurs et à se remettre en question. Le fait d’être filmé et de se regarder ensuite leur permet de pointer leurs défauts mais aussi leurs atouts, et de mieux progresser », expliquent-ils en cœur.
Le choix de la nouvelle implantation de l’entreprise Roudaut, en périphérie de Brest, en bordure d’une voie expresse, et au sein d’une zone commerciale est d’ailleurs le fruit d’une stratégie bien pensée : environnée de grands groupes, tel Ikéa, Jardiland, Décathlon – une des plus grandes surfaces sportives d’Europe – la société accueille la nombreuse clientèle venue faire ses achats et enregistre plus facilement les inscriptions : « Le stationnement est cher en ville, cela fait réfléchir les gens au permis, précise le dirigeant. En outre, cette zone commerciale très dynamique draine pas moins de 24 000 véhicules par 24 heures ! »
Une aubaine pour l’entreprise familiale. Parmi les formations professionnelles dispensées par l’ECF Roudaut (voir fiche d’identité), le CAP de conducteur de routier, celui de Transport de voyageurs, mais aussi des cursus pour les taxis.
Les Roudaut père et fille poursuivent l’année 2009 avec confiance : leur chiffre d’affaires 2008 s’élève en effet à 3,5 millions d’euros. Sur cette année, pas moins de 222 500 heures de formations ont été dispensées par leurs soins et ceux de leurs équipes.
D’ailleurs, cette belle PME ne semble pas connaître la crise. En revanche, ils ont renforcé leur contrôle des mauvais payeurs, et stoppé certains investissements : « Nous avons décidé de ne pas renouveler notre flotte cette année. Habituellement, nous achetons trois ou quatre véhicules par an. Aujourd’hui, nous sommes bien équipés et nous marquons donc une pause », concluent-ils. Mais d’autres investissements sont en cours, fonciers ceux-là. Les entrepreneurs sont en train d’acheter un terrain supplémentaire en périphérie de Brest, à Guipavas où se trouve le centre de formation ouvert en 2005, pour agrandir leurs pistes d’entraînement. La belle aventure se poursuit.
DÉVELOPPER LA FORMATION PROFESSIONNELLEPlus près du centre de Brest officie un autre entrepreneur, Hervé Bihan-Poudec, lui aussi en réseau. Cinq, pas un de moins. Tel est le nombre de bureaux qu’il dirige dans la région Bretagne. Si Brest – ouvert le 1er janvier 2004 – est le siège social de son affaire, l’homme a su se développer largement. Lesneven, Plabennec, Guipavas, Rennes lui permettent également d’attirer la clientèle d’autres villes bretonnes, et d’étendre sa croissance. « J’ai géré jusqu’à 8 agences, explique le chef d’entreprise avec fierté. Aujourd’hui, j’emploie 24 employés en tout. »
Il fait les honneurs de son agence, montrant son bureau d’où le réseau informatique supervise les autres structures. Un coordinateur et un responsable administratif veillent au grain dans les trois sites principaux, Rennes, Brest et Lesneven, tandis que « lui s’occupe de Brest », souligne le gérant qui a adhéré en 2005 au réseau Citizen Conduite afin de bien se positionner dans la région Bretagne, et pour développer la formation professionnelle. Un pari réussi aujourd’hui puisque HBP Conduite a généré pas moins de 1,3 million d’euros de chiffre d’affaires en 2008 pour environ 900 dossiers.
Moto, voiture, bateau, il faut dire que l’agence a su se diversifier. Malheureusement la réforme pour les navigants ne passe pas : « Je faisais 300 permis bateaux avant, l’année qui a suivi la réforme, en 2008, cela a chuté à 67. Heureusement, mon activité n’en a pas trop pâti. » Par rapport au volume, cela ne représentait pas un chiffre d’affaires trop important.
A Brest, sept moniteurs dûment formés encadrent les élèves et Hervé Bihan-Poudec leur demande une remise en question constante, sans laquelle selon lui, l’enseignement ne peut pas être suffisamment complet. « J’essaie de mettre en place un tutorat pour chaque nouveau moniteur qui rentre chez nous, pour permettre ensuite un bon suivi des élèves. Objectif : leur offrir une formation rigoureuse afin d’optimiser les résultats des élèves. » Les moniteurs sont impliqués dans cette recherche de résultats : créer une dynamique de formation et savoir la communiquer. « Je veux qu’ils prennent parti sur la réputation de la boutique, cela passe aussi par une certaine pédagogie quand ils expliquent leur manière de travailler. »
L’homme applique la même rigueur quand il surveille les paiements des futurs conducteurs : un suivi bi-mensuel est effectué afin de bien contrôler en début de période tous les dossiers, et d’éviter les mauvais payeurs. Une vigilance importante pour bien gérer l’entreprise. Gageons qu’avec de tels entrepreneurs, les futurs conducteurs de Brest auront leur permis haut la main !
Olivia Jamet
CARTES D’IDENTITÉ
Cybell ConduiteGérante : Marie-Claire Berre
Effectif : 6 formateurs
Formations proposées : Permis B, conduite accompagnée, Moto 125 et toutes cylindrées à partir de 18 ans, BSR.
Véhicules : 4 Citroën C3, une Peugeot 207. Motos : un Yamaha Fazer (F 26), un Kawasaki ER5, une Yamaha (YBR 125), Scooter Yamaha.
Tarifs : Forfait Code 4 mois Permis B (1 091 euros pour 20 h), pour six mois (1151 euros), 36 euros la leçon de conduite. Forfait Moto sans Code (921 euros).
ECF RoudautGérant : Roger Roudaut
Formations proposées : B, C, D, spécialisation AAC, permis à 1 euro par jour, remorques permis EB, formations EC, ED.
Cursus : Transport routier public de marchandises, CAP de conducteur routier, CAP Transport de voyageurs, formation initiale + CACES, perfectionnement ou recyclage + CACES.
Bureaux : 6
Employés : 65
Véhicules : 25 voitures dont deux Scénic, deux espaces, 21 Clio. Egalement 13 véhicules porteurs pour la formation professionnelle, trois autocars, cinq remorques, deux remorques EB, quatre motos et 11 tracteurs.
HBP ConduiteGérant : Hervé Bihan-Poudec
Formations proposées : permis B, AAC et moto. Bateau, BSR
Tarifs : 1 heure de cours au-delà de la formule : 40 euros
Formation initiale minimum obligatoire : 1 062 euros.
Véhicules : 26 voitures Citroën C3, 4 motos, 3 scooters et 1 bateau.