Créé en 2001 pour faire dialoguer les acteurs de la route et éclairer les décisions publiques, le Conseil national de la sécurité routière (CNSR) fête ses 25 ans. De la lutte contre l’alcool et la vitesse à la protection des cyclistes et des piétons, plusieurs de ses recommandations ont contribué à faire évoluer la politique française de sécurité routière. Retour sur un quart de siècle de propositions et de mesures.
Le Conseil national de la sécurité routière (CNSR) voit véritablement le jour le 26 octobre 2001. Conçu comme une instance de concertation, il réunit les principales parties prenantes de la sécurité routière, à savoir élus, associations, professionnels de la route, constructeurs, assureurs, médecins, gestionnaires d’infrastructures ou représentants de l’État y confrontent leurs expériences et leurs expertises. Sa mission est claire : conseiller le Gouvernement. Ainsi, le CNSR formule des recommandations, propose des études et identifie des pistes d’action. Mais ses avis ne s’imposent pas aux pouvoirs publics : une recommandation peut être reprise intégralement, partiellement ou rester sans suite.
Création de 4 commissions
Lors de son premier mandat (de 2001 à 2004) présidé par le député René Dosière, puis par le journaliste Robert Namias, le Conseil crée 4 commissions qui travaillent chacune sur un thème spécifique : « Usagers », « Véhicules », « Infrastructures » et « Connaissances ». Ces groupes de travail déboucheront sur 16 recommandations, dont sept seront intégralement reprises et mises en œuvre par le Gouvernement, les neuf autres l’étant partiellement. Lors du deuxième mandat (de 2005 à 2008) toujours présidé par Robert Namias, la commission « Véhicule » est complétée par une sous-commission « Deux-roues ». Le CNSR émet neuf recommandations, dont trois sont intégralement reprises par le Gouvernement.
Vitesse, alcool et jeunes : le tournant de 2012
Après une interruption de plusieurs années, le CNSR est relancé fin 2012, sous l’impulsion de Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur. Le député Armand Jung est nommé au poste de président. Quatre nouvelles commissions sont créées : « Alcool – Stupéfiants-Vitesse », « Deux roues et deux-roues motorisés », « Jeunes et éducation routière », « Outils technologiques et infrastructure routière ». Durant cette troisième mandature, 21 recommandations sont adoptées. Le CNSR contribue notamment à alimenter les plans d’action gouvernementaux de 2015 : une vingtaine de ses recommandations se retrouvent dans les 26 mesures du plan ministériel Cazeneuve et dans les 55 mesures arrêtées par le Comité interministériel de la sécurité routière (CISR) en octobre de la même année. Parmi les sujets abordés figurent entre autres la vitesse, l’éthylotest antidémarrage, les jeunes conducteurs, les deux-roues et le téléphone au volant. Dès 2013-2014, le Conseil travaille ainsi sur la pré-signalisation des radars, l’abaissement de la vitesse sur les routes bidirectionnelles et le renforcement de l’utilisation de l’éthylotest antidémarrage.
Le 80 km/h, une mesure emblématique
La mandature 2017-2020 marque une nouvelle étape. Les travaux du CNSR portent notamment sur les usagers vulnérables, l’éducation routière, la santé, les véhicules et les nouvelles technologies. Plusieurs de ces réflexions inspirent les mesures annoncées lors du CISR du 9 janvier 2018, parmi lesquelles la protection des piétons et des cyclistes, les équipements des motards et surtout l’abaissement à 80 km/h de la vitesse maximale sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central. Entrée en vigueur le 1er juillet 2018, cette mesure devient l’une des plus controversées de l’histoire récente de la sécurité routière. Un an après, le ministère de l’Intérieur affirmait, sur la base de données provisoires de l’ONISR, que grâce à l’abaissement à 80 km/h de la vitesse maximale sur les routes limitées à 90 km/h, 206 vies avaient pu être épargnées par rapport à la moyenne 2013-2017 sur le réseau concerné. Mais face à la grogne déclenchée par cette mesure, le CNSR a également travaillé sur les conditions permettant aux autorités locales de relever ponctuellement la vitesse à 90 km/h, en préconisant une analyse de l’accidentalité et des risques avant toute décision.
Du conducteur à l’ensemble des usagers
Au fil des années, le champ d’action du CNSR s’élargit. La sécurité des cyclistes, des piétons et des usagers de deux-roues devient un axe majeur. En 2019, le Conseil, alors présidé par Yves Goasdoué, député de l'Orne et maire de Flers, recommande notamment la création d’un observatoire des modes de déplacement doux, une meilleure protection des cyclistes et le développement de formations destinées à mieux partager la route entre les différents usagers. Il se penche également sur la question des conducteurs seniors, en privilégiant le repérage des situations à risque et l’évaluation des capacités plutôt qu’en préconisant d’instaurer une visite médicale obligatoire à partir d’un âge donné. La même année, le CNSR formule des propositions contre la circulation à contresens et pour généraliser l’apprentissage des gestes qui sauvent sur la route. Ses travaux accompagnent aussi l’évolution de la réglementation sur le téléphone au volant et l’éthylotest antidémarrage. Le CISR de 2018 prévoit notamment la possibilité de suspendre le permis en cas d’infraction commise avec un téléphone tenu en main, tandis que l’éthylotest antidémarrage est développé comme alternative à la suspension du permis dans certaines situations d’alcoolémie.
Santé, données et nouvelles mobilités
Depuis 2021, le CNSR travaille sur des problématiques qui dépassent les seules infractions routières : médicaments et conduite, addictions, risque professionnel, infrastructures, prise en charge des blessés, données issues des véhicules ou encore nouvelles technologies. Le mandat 2021-2024 a donné lieu à 14 recommandations et à 7 rapports ou avis du comité des experts. En 2023, ses travaux ont porté notamment sur le contrôle médical de l’aptitude à la conduite, la conduite à 17 ans et la sécurité des déplacements urbains nocturnes. Le Conseil a ainsi recommandé d’encadrer l’accès au permis B et à la conduite à 17 ans, avec un suivi de l’impact de la mesure sur l’accidentalité des jeunes. En un quart de siècle, le CNSR a donc évolué avec les usages de la route. D’abord centré sur les grands facteurs traditionnels de mortalité – vitesse, alcool, comportement –, il s’intéresse désormais à la mobilité dans son ensemble, aux usagers vulnérables, aux technologies et à la santé. Son histoire est aussi celle d’un intermédiaire entre expertise et décision politique. Certaines de ses propositions ont directement nourri des mesures nationales ; d’autres sont restées sans suite. En 2025, un nouveau mandat de trois ans a été installé, avec une représentation renforcée des collectivités territoriales, des victimes, des cyclistes et des seniors. Lors de la séance anniversaire qui s’est tenue le 17 septembre dernier, les membres du Conseil ont réaffirmé leur volonté de répondre aux enjeux actuels et futurs de la sécurité routière en proposant trois nouvelles recommandations structurantes (voir encadrés). Une manière, pour le CNSR, de poursuivre sa mission : faire émerger, autour de la table, les solutions susceptibles de réduire encore l’accidentalité routière.