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warning Sécurité routière — Novembre 2026

Franck Guichard, directeur général de Master : Hausse des coûts des réparations, événements climatiq

Hausse des coûts des réparations, événements climatiques, accidents et fraudes : les assureurs font face à des risques croissants, qui pourraient se traduire par une nouvelle hausse des tarifs en 2027. Franck Guichard, directeur général de Master, décrypte les évolutions à venir et les garanties indispensables pour les auto-écoles.


La Tribune des Auto-Écoles : Compte tenu de l’augmentation du coût des réparations automobiles et de la multiplication des catastrophes naturelles qui ont touché la France, les écoles de conduite doivent-elles s’attendre à une hausse du tarif des assurances professionnelles ?
Franck Guichard, directeur général de Master : Malheureusement, je n’ai pas de bonnes nouvelles concernant les tarifs Auto et Dommages aux biens pour 2027. Plusieurs facteurs expliquent la hausse à prévoir. Premièrement, d’un point de vue général, l’Insee estime l’inflation à + 2,7 % pour le mois d’août 2026, en France. Deuxièmement, en ce qui concerne directement le secteur des assureurs, on constate une hausse significative du coût moyen d’un sinistre matériel, de l’ordre de + 25 % en trois ans. À cela s’ajoute une dérive exponentielle des indemnités en corporel qui pèse très lourd sur l’équilibre financier des sociétés d’assurance. Enfin, comme vous l’avez fait remarquer, les aléas climatiques ont durement touchés la France en 2025 et 2026. Si Master n’a pas eu à traiter de dossiers relatifs aux incendies survenus cet été, il n’en est pas de même pour la grêle qui s’est abattue à plusieurs reprises cette année et a endommagé plusieurs centaines de véhicules de nos assurés. Les projections parlent de doubler les primes dommages sur les 30 prochaines années, soit a minima une hausse tarifaire de 2 % par an. De plus, et nous en reparlerons certainement, l’État passe lui aussi à l’offensive ! En effet, après des augmentations de taxes survenues au 1er janvier 2025 (de 12 à 20 % en habitation et de 6 à 9 % sur les garanties vol et incendie auto), les assureurs devront régler 2 euros de plus sur la taxe FGAO qui passe à 8,5 euros et qui s’applique dorénavant à tous les contrats, et non pas uniquement à ceux garantissant des dommages. Par ailleurs, les assureurs restent dans l’attente des décrets d’application, et donc des taxes, concernant la future garantie émeutes et le fond dédié. Ces différents paramètres devraient donc se répercuter sur les tarifs en 2027. Les premières projections du marché évoquent entre + 7 % et + 12 % selon les garanties.


La Tribune des Auto-Écoles : Observez-vous une augmentation du nombre de sinistres chez les auto-écoles ? Et quels sont les sinistres les plus fréquents ?
Franck Guichard : La fréquence des sinistres en auto-école est très importante. Pour vous donner une idée, chez Master qui est une mutuelle spécialisée auto-école, on compte en moyenne 18 sinistres par an pour 100 véhicules, alors qu’en matière de sinistralité automobile, les assureurs grand-public enregistrent annuellement environ 78 sinistres pour 1 000 véhicules. Cela s’explique par le nombre de kilomètres parcourus qui est plus important pour une école de conduite que pour la majorité des automobilistes, mais aussi par les circonstances des sinistres. En effet, les accidents provoqués par des chocs arrière sont clairement les plus représentatifs du secteur de l’apprentissage de la conduite, avec également les bris de glace. Cela est dû au manque de prudence des autres usagers qui n’ont plus l’habitude de voir des véhicules s’arrêter à des STOP et/ou de respecter les limitations de vitesse… D’ailleurs, avant de se poser la question sur le coût des assurances, il faut aussi se demander ce à quoi un assureur est exposé en termes de risques. Est-il encore normal de devoir régler, parfois plusieurs centaines de milliers d’euros, le préjudice corporel d’un cycliste qui vous heurte à l’arrière alors que vous êtes arrêté au feu rouge ? La circulation a changé, pas la loi. Aussi, l’assurance s’adapte à cette contrainte.

La Tribune des Auto-Écoles : Compte tenu du coût des assurances, certains peuvent être tentés d’aller au moins cher, sans forcément regarder ce qui est couvert. Quels sont les postes incontournables à assurer pour une auto-école ?


Franck Guichard : Selon le Code des assurances, l’assurance responsabilité civile (RC) pour les véhicules est la seule garantie obligatoire ! Elle conditionne même votre capacité à circuler sur les routes. Quand on parle d’une personne qui roule sans assurance, on parle uniquement de la garantie RC. Toutes les autres garanties sont optionnelles. Dès lors, selon l’âge, la valeur et l’usage de votre véhicule, vous pouvez la garantir de manière plus ou moins importante contre le vol, le bris de glace, l’incendie mais aussi en tout risque. Plus les garanties seront importantes, plus la prime sera conséquente. Attention, le risque pour une école de conduite n’est pas uniquement derrière un volant ou au guidon d’une moto. Il se trouve aussi dans l’enseignement lui-même. Il est alors très fortement conseillé de souscrire une garantie RC Professionnelle. Chez Master, nous avons fait le choix de l’inclure systématiquement dans nos contrats. Il en va de notre devoir de conseil. Par ailleurs, je rappelle que les auto-écoles labellisées et/ou qui proposent le permis à 1€ par jour ont l’obligation de souscrire une garantie financière. Après avoir posé ces bases, il est important de rappeler que plus vous demandez à votre assureur de régler des indemnités, plus vous paierez cher. À l’origine et par définition, l’assurance couvre les aléas et doit garantir l’arrêt de l’activité. Aujourd’hui, en raison de la densité de circulation et du fait que l’assurance est devenue un bien de consommation courante, l’aléa a tendance à régresser et donc à augmenter l’intervention des assureurs. Il est évident que plus un professionnel acceptera de prendre à sa charge une part de cet aléa via des franchises importantes et/ou par la non-souscription de garanties optionnelles, plus la prime sera calculée en conséquence.


La Tribune des Auto-Écoles : Le Fonds de garantie des victimes (FGAO) déclare avoir poursuivi en 2025 environ 15 400 conducteurs non-assurés impliqués dans un accident. Avez-vous constaté des cas d’auto-écoles victimes de conducteurs non-assurés ?
Franck Guichard : Les exemples d’accidents avec des tiers non-assurés sont très fréquents, et encore plus si l’on considère les auteurs qui prennent la fuite… Les écoles de conduite sont donc elles-aussi victimes de ce problème de société. À noter que nous constatons, là encore pour des questions de coûts, des cas d’auto-écoles qui ne s’assurent plus ou qui ne peuvent plus payer tout en continuant d’exercer. Pour en revenir à votre question, à l’exception de très rares cas (si les autorités interviennent par exemple), vous ne savez pas que le véhicule qui vous a causé des dommages n’est pas assuré. Les auteurs trouveront toujours de quoi remplir un constat et vous laisser repartir avec votre exemplaire. C’est lorsque votre assureur interroge le FVA (Fichier des Véhicules Assurés) que l’on découvre que les informations mentionnées ne sont pas exactes. Dès lors, votre assureur devra adapter sa gestion et tenter d’obtenir les fonds contre l’auteur de l’accident. Les chances de recouvrement sont souvent très faibles et la franchise, alors que l’assuré n’est pas responsable, peut donc rester à sa charge. En effet, un assureur vous indemnise d’abord au titre de votre contrat (donc avec une franchise), puis exerce un recours contre le responsable pour récupérer la totalité des fonds. Ce n’est qu’à réception de son recours que les fonds qui vous reviennent (franchise) vous sont reversés. Il ne faut pas confondre absence de responsabilité et droit à indemnisation.


La Tribune des Auto-Écoles : Avec le développement de l’IA, certains ont la tentation de faire de fausses déclarations de sinistres. Que risquent les fraudeurs ?
Franck Guichard : Si les fraudeurs mettaient leur compétence au service du mieux vivre, nous irions beaucoup mieux ! Après les faux constats, les fausses factures, les faux témoins, les faux certificats médicaux, voici qu’arrivent les fausses photos de dommages imaginaires. Aucune activité, et encore moins l’assurance, n’est épargnée. On estime d’ailleurs que la fraude est en hausse. Nous serions passés à presque 5 % de dossiers frauduleux ces dernières années contre une moyenne de 2 à 3 % auparavant. Et encore, on ne parle que de celle qui est détectée. Les assureurs disposent cependant de quelques astuces et outils pour détecter la fraude. Elle est de deux types : vous avez les « vrai faux » sinistres ou ceux imaginés pour rentrer dans les cases des garanties, ceux-là résistent peu à la charge de la preuve et à l’expertise. Puis, vous avez ceux dont on va exagérer le préjudice. Le sinistre est réel, mais il coûte bizarrement beaucoup plus cher. Par exemple, ce sinistre a, comme par hasard, détruit une collection inestimable ou bien c’est précisément ce jour-là que vous aviez décidé de transporter toute votre garde-robe dans la voiture, etc. Fraus omnia corrumpit est un adage juridique qui signifie que la fraude corrompt tout et annule les actes malhonnêtes. Dès lors, en cas de fraude, l’assuré va se voir opposer la déchéance totale de son droit à indemnisation mais aussi s’exposer à des sanctions pénales. C’est prendre beaucoup de risques pour gagner quelques euros. Malheureusement cette fraude ne concerne que les assurés. Les victimes elles, ont encore le droit de mentir et de frauder sans que cela remette en cause leur droit à indemnisation. Là encore, les assureurs s’adaptent et incluent une part de fraude dans les tarifs.


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