Le laboratoire d’étude pour une éducation à la mobilité (LEEM) de l’ECF a publié une étude basée sur la littérature scientifique internationale consacrée à l’apprentissage anticipé de la conduite (AAC).
Instauré en France à la fin des années 1980, l’apprentissage anticipé de la conduite (AAC) est inspiré des systèmes nord-américains de permis progressif (Graduated Driver Licensing). Il repose sur l’idée que l’expérience acquise avant l’obtention du permis constitue le meilleur moyen de prévenir les accidents.
Un taux de réussite plus élevé et une sinistralité moindre
Les résultats observés depuis sa généralisation sont globalement très positifs. Les candidats issus de l’AAC affichent un taux de réussite au permis de 75 %, contre 59 % pour la filière classique. Surtout, leur risque d’accident lors de la première année de conduite autonome est réduit de 20 à 30 %, voire davantage lorsque l’apprentissage est associé à des restrictions de conduite. Ces bénéfices s’expliquent par une exposition plus longue aux situations réelles de circulation, une meilleure maîtrise technique et une perception plus développée des dangers. Les neurosciences montrent également que l’apprentissage précoce favorise l’automatisation des gestes de conduite grâce à la mémoire procédurale, libérant ainsi les ressources cognitives nécessaires à l’anticipation des risques.
Les limites de l’AAC
Cependant, le dispositif présente plusieurs limites. La première est un biais de sélection : les familles qui choisissent l’AAC disposent souvent de davantage de ressources matérielles et éducatives, ce qui contribue en partie aux bons résultats observés. La deuxième concerne la qualité variable de l’accompagnement parental. Les accompagnateurs ne sont pas des formateurs professionnels et peuvent transmettre involontairement de mauvaises habitudes, limiter les échanges pédagogiques ou exposer le jeune à des situations de conduite trop répétitives. Enfin, l’AAC ne peut totalement compenser les particularités du cerveau adolescent. Les recherches montrent que le contrôle des impulsions et la prise de décision rationnelle ne sont pleinement matures qu’au début de l’âge adulte, ce qui explique la persistance de comportements à risque malgré une bonne maîtrise technique.
Abaisser l’âge d’entrée en AAC à 14 ans
Face à ces constats, le rapport propose d’abaisser l’âge d’entrée en AAC de 15 à 14 ans. Cette mesure s’appuie sur la forte plasticité cérébrale de l’adolescence, période particulièrement favorable à l’acquisition d’automatismes. L’accompagnateur jouerait alors le rôle d’un « cortex préfrontal externe », aidant le jeune à anticiper les dangers et à réguler ses comportements. L’objectif n’est pas d’autoriser une conduite autonome plus précoce, mais d’allonger la durée d’apprentissage encadré. Le rapport souligne également que les adolescents de 14 ans sont déjà exposés à la route via les cyclomoteurs, trottinettes électriques ou voiturettes, souvent avec une formation limitée. L’AAC pourrait ainsi constituer un maillon essentiel d’un parcours global d’éducation à la mobilité.
La position d’ECF
Pour Patrick Mirouse, président d’ECF, « cette étude réaffirme la nécessité d’une évolution ambitieuse du modèle actuel ». Aussi, il appelle à « engager une expérimentation nationale encadrée de l’apprentissage dès 14 ans », à « améliorer le parcours éducatif à la mobilité dès le début de l’adolescence », à « renforcer l’encadrement des accompagnateurs et des enseignants de la conduite », « à démocratiser l’accès à la conduite accompagnée sur l’ensemble du territoire et pour tous les publics », et enfin à « intégrer pleinement les nouvelles mobilités dans une trajectoire éducative cohérente et progressive ».