Les dernières visites de La Tribune des Auto-Écoles à Reims faisaient état d’une féroce guerre des prix entre les établissements. Depuis la disparition des casseurs de prix, la situation semble s’être apaisée pour les nombreuses auto-écoles de la ville.En ce 26 mars 2009 a lieu la 10e édition de la Journée de la courtoisie au volant. Un jour on ne peut mieux choisi pour aller à la rencontre des auto-écoles de Reims !
Mais pour Frédéric Demonceaux, gérant de l’auto-école Demonceaux Conduite, « cette initiative n’est pas assez médiatisée. Alors que beaucoup de campagnes de sécurité routière sont basées sur les images choc et la répression, la Journée de la courtoisie au volant se veut plus pacifique et plus positive. On pourrait en faire un événement plus médiatisé, sympathique et ludique, avec la participation des centres auto, des garages et bien sûr des auto-écoles ! »
Créée en février 2007, l’auto-école Demonceaux Conduite dispense en apparence des formations plutôt classiques : auto, AAC, moto, cyclo, permis EB. « Je suis moniteur depuis 2003, et après avoir travaillé dans une autre auto-école rémoise, j’ai monté tout seul mon établissement. Puis j’ai engagé un autre moniteur. »
L’auto-école Demonceaux est notamment spécialisée dans l’enseignement moto, du débutant complet au stage de pilotage expert. « Pour la piste, nous disposons d’un bout de parking : c’est un centre douanier, dont une partie reste libre. L’avantage, c’est qu’il est éclairé. »
L’école de conduite propose des stages de pilotage, notamment sur le circuit de la Ferté-Gaucher (Seine-et-Marne). » Mais attention, prévient Frédéric, « ces stages s’effectuent dans un but de sécurité routière. Il s’agit de bien faire comprendre aux élèves qu’il ne faut pas confondre la route et le circuit » Le public de ces stages de perfectionnement comprend des personnes d’âges très divers, du jeune au cinquantenaire. Le stage dure une journée, et comprend 7 sessions de roulage. »
ENSEIGNER LA CONDUITE AUX SOURDS ET AUX MALENTENDANTSMais la spécificité de l’auto-école Demonceaux est… l’enseignement de la conduite aux sourds et malentendants. « En effet, pour passer le permis, la vue est réglementée mais pas l’ouie. Le public va du malentendant léger à la personne totalement sourde. Ma femme est interprète en langage des signes. Elle ne travaille pas directement à l’auto-école mais peut s’y rendre pour m’aider à dispenser des cours à ce public. »
Frédéric Demonceaux reconnaît cependant qu’il y a peu de candidats sourds ou malentendants : 5 demandes en 2007 et 6 en 2008. « La plupart des écoles de conduite dispensant ce type de formation sont concentrées à Paris et proposent des formations très complètes. Et depuis l’arrivée du TGV, Reims est très proche de Paris. »
Concrètement, comment cet enseignement peu commun se déroule-t-il ? « En conduite, je suis à la place du passager, comme un moniteur classique, et ma femme est sur la banquette arrière du véhicule, placée de manière à ce que l’élève puisse la voir dans le deuxième rétroviseur intérieur, voire un troisième rétroviseur dédié. Elle fait de temps en temps des gestes et des signes au conducteur. Autre dispositif, je place un petit panneau devant le conducteur avec des indications ponctuelles. » Mais la meilleure solution est d’effectuer des arrêts fréquents pour « faire le point, préciser certaines notions qu’on ne peut pas expliquer pendant la conduite. Et de toute façon, avec ce type de public, nous effectuons systématiquement 2 heures de leçons, car 1 heure serait trop juste, à cause de ces nombreux arrêts pédagogiques. » Un enseignement qui demande certes plus d’investissement au moniteur, mais ce dernier est récompensé, car « l’avantage de ces candidats, c’est qu’ils sont extrêmement motivés, car posséder le permis B est un plus pour ces gens. L’apprentissage s’effectue finalement assez rapidement. Car la vue et la kinesthésie (ensemble des sensations relatives aux mouvements du corps) sont très développées chez les sourds et les malentendants. » Pour le moniteur, c’est aussi en conduite une occasion de chercher des exercices spécifiques. Pédagogiquement, c’est très enrichissant. »
LA FIN DES PRIX CASSÉSLors de la dernière venue à Reims de La Tribune des Auto-Écoles, en 2003, la guerre des prix faisait rage. « C’est beaucoup moins le cas maintenant », estime Frédéric Demonceaux. En effet, en 2003, les 6 bureaux d’une école de conduite dirigée par un « casseur de prix », l’auto-école CRC, ont fermé. Le gérant entretenait une véritable guerre des prix en proposant des tarifs ultra-concurrentiels. Cela a créé un mauvais climat. Mais la situation s’est bien assainie depuis. Il y a toujours beaucoup d’écoles de conduite à Reims, environ une quarantaine. Et beaucoup de départements limitrophes à la Marne (Aine, Ardennes) drainent du monde vers Reims. L’université de médecine amène pas mal d’étudiants, tout comme les élèves des écoles de commerce.
Au niveau des places d’examen, « il n’y a pas de grosse carence, même si bien sûr un peu plus de fluidité nous apporterait davantage de sérénité. Car dans une journée, on passe tout de même beaucoup de temps à s’occuper de la gestion des places d’examen. Et les conflits avec les parents et les élèves concernent plus les places d’examen que les tarifs ! »
Frédéric Demonceaux ressent-il la crise ? « L’hiver a été assez rude et la crise a été fortement médiatisée. Malgré tout, on ne ressent pas de baisse de la demande, même en moto, réputée être davantage une activité de loisirs. Mon auto-école est récente et donc plutôt en phase de croissance. Et c’est justement dans les périodes de crise que les gens s’accrochent aux diplômes : avoir le permis de conduire, c’est un plus ! »
QUAND UNE MOTO-ÉCOLE S’OUVRE À L’AUTOLe seconde établissement visité, l’auto-école Petit, se situe dans une autre partie de la ville, et les travaux du futur tramway, prévu pour 2011, n’aident pas à y accéder ! Lors de notre dernière visite, en 2003, le gérant Michel Petit, également responsable de l’activité moto, s’apprêtait à vendre sa moto-école. Mais il s’est ensuite ravisé et son établissement existe toujours. Le gérant n’étant pas disponible, c’est Fabienne Nicollet, responsable de l’activité auto et également responsable pédagogique, qui reçoit La Tribune des Auto-Écoles. Car si au départ, l’auto-école Petit ne faisait que de la moto, l’établissement propose également de la formation auto depuis 2004. Mais comme le précise Fabienne, « nous ne proposons pas le permis à 1 euro par jour, car nous n’y sommes pas tout à fait favorables. En effet, nous craignons que les élèves ne terminent pas leur formation une fois que le montant prêté est dépassé. »
Si les inspecteurs sont parfois décriés par les auto-écoles, Fabienne Nicollet se dit « satisfaite des inspecteurs du département. Il n’y a pas de grande disparité en ce qui concerne leur évaluation des candidats. Ils rassurent bien les élèves, ne se montrent pas stressants et se mobilisent pour réduire le temps d’attente des places d’examen en venant parfois le samedi matin quand le besoin s’en fait sentir. »
Si les rapports avec les inspecteurs sont donc au beau fixe, qu’en est-il avec les autres écoles de conduite ? « D’une manière générale, nous entretenons de bonnes relations, car la guerre des prix est terminée. Et la profession ne semble pas ressentir la crise. Peut-être la ressentirons-nous dans 6 à 8 mois ? En permis B, nous ne sommes pas touchés. Nous avons bien ressenti une légère baisse en moto, mais c’est surtout parce que l’hiver a été long. Il est trop tôt pour pouvoir mesurer les effets de la crise. Par contre, les travaux du futur tramway sont eux bien réels ! lls entraînent des nuisances sonores et de gros problèmes de stationnement pour nous autres auto-écoles. »
La réforme du permis ? C’est pour Fabienne un leurre. « La tolérance supplémentaire pendant l’examen pour les manœuvres est déjà effective. Bref, on va de réforme en réforme mais il y a en fin de compte peu de changement. Ceci dit, j’attends de voir la suite. »
Quant à la Journée de la courtoisie au volant, « les gens à Reims sont trop excédés par les difficultés de circulation qu’entraînent les travaux du tramway pour être courtois au volant ! C’est un peu dommage que l’on soit obligés d’en arriver à devoir créer une journée spécifique pour inciter les gens à respecter autrui ! Par contre, une autre auto-école de Reims a apposé à l’arrière de ses véhicules un autocollant « Vous aussi, vous avez appris à conduire ». Je trouve cela sympathique, même si cela n’empêche pas certains conducteurs de klaxonner ! »
LA PÉDAGOGIE, UN TRAVAIL D’ÉQUIPE ET DE COMMUNICATIONSur le plan pédagogique, Fabienne Nicollet est une monitrice particulièrement motivée. « On essaye surtout de s’adapter à l’élève. Tous sont différents et ne suivent pas le même rythme de progression. Entre moniteurs, nous échangeons une fois par mois nos avis sur les élèves et leurs difficultés. C’est aussi pour déterminer avec quel moniteur un élève s’entend le mieux. Et pour nous, il est plus facile de former quelqu’un que l’on connaît bien. Mais il ne faut pas non plus que l’élève change trop souvent de moniteur. On a vraiment des élèves issus de toutes les classes sociales. Le métier n’est pas monotone et est très enrichissant. »
Bref, cette auto-école conviviale s’efforce avant tout de bien connaître les élèves et d’effectuer un travail d’équipe. « On s’entend tous très bien. Je prendrais toujours la défense de mes moniteurs, c’est un plaisir de travailler avec eux. Il faut dire que je les ai déjà eus en tant que stagiaires, et maintenant ils sont quasiment meilleurs que moi ! », avoue avec malice Fabienne. « Pour la moto, deux moniteurs se partagent le travail, continue Fabienne. Michel Petit, le gérant, s’occupe aussi du Code, de la partie administrative et des examens. Quant à Séverine, c’est une monitrice qui sait se faire respecter et est très appréciée des élèves ». En moto, les clients nous connaissent grâce au bouche-à-oreille. Pour l’auto, c’est davantage la proximité et l’emplacement qui influent.
Bref, l’auto-école Petit est une auto-école où les moniteurs et monitrices sont si enthousiastes que l’on regretterait presque d’avoir déjà son permis de conduire pour pouvoir suivre leurs conseils avisés !
UN ÉTABLISSEMENT RÉCENTAvec sa décoration moderne, le troisième établissement visité a fière allure, même si les travaux du tramway, très proches, ne facilitent ni la visibilité de l’auto-école ni son accès. L’auto-école de la Gare, est l’une des dernières écoles de conduite apparues à Reims, en septembre 2006. Le co-gérant, Dris Bejawi, qui gère l’école de conduite avec son associé Stéphane Godard, n’est pourtant pas un novice en matière d’apprentissage de la conduite. Il a 17 ans d’auto-école derrière lui et fût notamment moniteur au sein de la « fameuse » auto-école CRC, à l’origine de la féroce guerre des prix évoquée précédemment. « Les auto-écoles liées à CRC ont subi une liquidation judiciaire et ont donc arrêté leur activité début 2006. Stéphane et moi nous nous sommes retrouvés au chômage. Alors, plutôt que de se morfondre, nous avons décidé de créer une toute nouvelle auto-école, dont les propriétaires. Nous avons trouvé un emplacement particulièrement stratégique : juste devant la gare de Reims. Pour le moment, nous sommes certes gênés par les travaux, mais quand le tramway sera devenu réalité, l’emplacement sera royal, puisque ce sera en grande partie une zone piétonne. Nous dirigeons en fait deux bureaux. En plus de celui de la gare, nous possédons l’auto-école Mediatech située à quelques centaines de mètres. Ce sont deux entités séparées, mais dirigées par les mêmes personnes.
La guerre des prix est-elle vraiment finie ? « Nous n’essayons pas de voir ce que proposent les autres auto-écoles. L’ex gérant des auto-écoles CRC, qui proposait des forfaits extrêmement bas, encaissait l’argent tout de suite, et cela posait des problèmes de trésorerie. C’est pour cela que son auto-école a fermé, et par enchaînement celle où je travaillais. Nous, on ne fait pas de forfait. Nous n’avons pas souhaité être moins chers que les autres. »
Comme la plupart des gérants d’écoles de conduite, Dris Bejawi attend de voir ce qu’il va concrètement ressortir de la réforme du permis… Mais la tolérance « accrue » à l’examen lui reste un peu en travers de la gorge. « Plus de souplesse, pourquoi pas, mais pas sur des choses où la sécurité est mise en jeu : stop coulé, ligne blanche dépassée… Ce n’est pas cohérent car une fois le permis en poche, les jeunes conducteurs ne bénéficieront pas d’un traitement de faveur de la part des forces de l’ordre pour ce type de fautes ! »
MODERNITÉ ET ORIGINALITÉL’auto-école de la Gare mise sur une certaine modernité : des heures d’ouverture assez larges, la création d’un site Internet moderne avec la possibilité de s’entraîner au Code et, cerise sur le gâteau, l’occasion pour les élèves qui le souhaitent de poser fièrement en photo, à la fois sur le site Internet et dans le local même de l’auto-école, sur le mur près de l’entrée de l’établissement. « Avoir le permis, c’est un événement que l’on n’oublie pas, alors pourquoi ne pas l’immortaliser par une photo. C’est également une bonne publicité pour l’auto-école ! »
Autre originalité, l’utilisation d’un Citroën C-Crosser (imposant SUV plutôt inhabituel dans le monde de l’auto-école) en fin de formation, pour permettre aux élèves d’avoir une autre vision de la conduite (véhicule plus imposant, position de conduite qui permet de « dominer »la route). Bref, une école de conduite qui s’efforce d’innover !
Christophe Susung
CARTES D’IDENTITÉ
Auto-école Demonceaux ConduiteGérant/moniteur : Frédéric Demonceaux
Bureau : 1
Formations : A, B, AAC, BSR, EB
Employés : 1 second moniteur, 1 secrétaire
Véhicules : 2 Citroën C4 ; motos : 4 Yamaha XTX 660, 1 Yamaha MT03, 1 Yamaha 125, 1 Yamaha R6
Inscriptions 2008 : 172 en B, 138 en A
Tarifs permis B : 20 h : 1 046 euros, 36 euros l’heure
Auto-école Petit Gérant : Michel Petit
Bureau : 1
Formations : A, B, AAC
Employés : 5 moniteurs auto, 2 moniteurs moto
Véhicules : 4 Citroën C3, 1 Renault Scénic, 6 Kawasaki ER6, 2 Yamaha 125
Inscriptions 2008 : 119 en B, 221 en A
Tarifs permis B : entre 1 000 et 1 060 euros les 20 h avec la formation au code
Auto-école de la GareGérants : Dris Bejawi et Stéphane Godard
Bureau : 2
Formations : B, AAC, A, A1, BSR
Employés : 5 moniteurs, 2 secrétaires
Véhicules : 7 Citroën C3, 1 Citroën C-Crosser, 2 Kawasaki ER6, 1 Yamaha YBR, 2 MBK Spirit
Inscriptions 2008 : 224 en B, 40 en AAC, 45 en A, 52 BSR
Tarifs permis B : 20 h : 1 320 euros, 39 euros l’heure