Mise en lumière à l’été 2024 parce qu’elle a accueilli les épreuves de tir sportif aux Jeux olympiques, Châteauroux est le prototype d’une ville moyenne. Les enseignants de la conduite y ont différentes façons de travailler, mais ils dispensent tous une formation qualitative.
Grâce à son maire divers droite et éphémère ministre des Sports dans le gouvernement de Michel Barnier (5 septembre-13 décembre 2024), Gil Avérous, qui l’a largement transformée depuis son premier mandat en 2014, Châteauroux n’est plus cette belle endormie plutôt vieillissante qu’elle était encore à l’aube du 21ème siècle. Réhabilité, réaménagé, le centre-ville a repris force et vigueur. Les 15-24 ans qui, représentent un peu plus de 20 % de la population globale, peuvent y étudier dans de bonnes conditions. Les lycées publiques et privés d’enseignement général et technologique comme le lycée agricole Naturapolis leur permettent de poursuivre des études en IUT, à l’université ou dans des écoles reconnues comme Polytech ou HEI situé au cœur du quartier Balsan, sur l’Écocampus, le campus universitaire castelroussin. S’ils ne trouvent pas forcément leur bonheur pour sortir en ville, boire un verre ou passer une partie de la nuit en boîte, ils ont à leur disposition des infrastructures leur permettant de pratiquer de nombreux sports. Comme les 60 000 habitants de Châteauroux Métropole, ils bénéficient de bus gratuits et voient leur mobilité facilitée par les nombreuses pistes cyclables qui se sont largement développées au cours des dernières années. « L’attractivité retrouvée de la ville est certaine, affirme Kenny Lucas, coordinateur de l’enseignement à l’Auto-école castelroussine et déoloise, membre du réseau CER depuis 1996. Je peux en apporter la preuve : pour ma part, après avoir passé mon Bepecaser ici, je suis parti exercer à Limoges pendant 7 ans avant de revenir en 2021… avec femme et enfant ». Pour lui, pas de doute, la préfecture de l’Indre revit et il y fait bon vivre et travailler. « Le CER a deux agences, l’une à Châteauroux même, l’autre à Déols, à 3 kilomètres du centre-ville, explique-t-il. Nous ne formons cependant qu’une seule équipe et travaillons main dans la main sous la supervision de Simon Potillion. » Ce gérant de l’école de conduite a succédé au créateur de l’entreprise, Nicolas Le Flohic, juste après la crise sanitaire en mai 2020. Il n’a pas seulement à cœur d’enseigner la conduite et la sécurité routière. C’est aussi un « fou de moto ». Pilote et stunt rider, Simon Potillion a, en effet, participé à de nombreuses courses d’endurance dont les 24 heures du Mans où, lors des essais libres, il a été victime d’un grave accident en 2021. Rien d’étonnant à ce qu’il soit aujourd’hui responsable de la « Commission moto » du réseau national CER !
Formations DYS et handi conduite
Sur le terrain de l’école de conduite, l’agence de Châteauroux privilégie l’auto, tandis qu’à Déols, Christopher Lamy, le coordonnateur « moto », accueille ceux qui veulent passer les permis « deux roues » ou « remorque ». « J’interviens sur les formations « remorque », explique encore Kenny Lucas qui, d’un tempérament optimiste, n’hésite pas à dire que « tout va bien ». Le CER a la chance de disposer non pas d’une piste privée, mais d’une autorisation d’utiliser pour nos cours pratiques de moto le parking du Mach 36, la salle multi-activités de la Communauté Châteauroux Métropole. Il se trouve à proximité immédiate de l’école de conduite, le lycée Pierre et Marie Curie, et un peu plus loin le lycée agricole ». Si les élèves de ces établissements sont nos meilleurs agents de recrutement, il ne faudrait pas croire que c’est là notre seule clientèle », ajoute Kenny Lucas. Grâce à son l’équipe de 11 personnes dont 8 enseignants, le CER Castelroussine & Déoloise forme entre 600 et 700 élèves par an et parmi elles, des personnes à mobilité réduite. L’une des voitures de sa flotte est équipée du matériel spécifique permettant aux personnes paraplégiques ou hémiplégiques de conduire. « Plusieurs enseignants ont de plus suivi des formations sur les « DYS » et peuvent accompagner des élèves atteints de troubles des apprentissages dans leur formation à la conduite automobile, insiste Kenny Lucas. C’est une spécialisation qui nous tient à cœur et qui nous permet de nous différencier. »
Une équipe soudée
Cette façon de travailler en empathie avec des personnes en difficulté est également un ciment entre tous les membres de l’équipe. Est-ce ce qui a séduit Axel Kocanski qui vient de la rejoindre au terme d’une année de formation professionnelle en contrat pro ? Peut-être. Ce qui est certain en tous les cas, c’est qu’il a trouvé au CER castelroussin des conditions idéales pour commencer à exercer son métier. « Nous l’avons accueilli et accompagné pendant sa formation en centre, explique encore Kenny Lucas. Maintenant qu’il a son titre Pro ECSR en poche, nous allons encore travailler avec lui en binôme. Durant cette courte période, nous aurons pour objectif qu’il soit parfaitement intégré et qu’il ait les mêmes façons d’enseigner que nous. » Il devra, comme tous les autres, répondre à une demande qui, d’après Kenny Lucas, évolue. « Les demandes de permis AM sont en nette croissance, dit-il, et de plus en plus d’élèves choisissent la boîte automatique, 80 % d’entre eux souhaitant ensuite passer la passerelle. » Et qu’en est-il de la voiture électrique ? « Nous sommes prêts », répond Kenny Lucas. « Et d’ailleurs, ajoute-t-il, si Renault avait pu nous livrer au moment du renouvellement de nos dernières voitures des Renault 5 E-Tech électrique, nous aurions déjà franchi le pas. » À Châteauroux, l’infrastructure existe. Des bornes ont été installées dans la ville et dans la périphérie en particulier sur l’immense parking (30 000 m2) de l’Escale Village, le plus grand restaurant routier de France.
Une affaire de famille
L’électrique ? Xavier Lambert veut bien en entendre parler. Cependant, il s’insurge contre le fait que l’on puisse obtenir avec certitude au bout de 7 heures seulement son permis pour conduire en boîte manuelle alors que l’examen pratique passé sanctionne la conduite en boîte automatique. Gérant de l’auto-école Saint-Luc, une institution du centre de la ville, il a succédé en 2019, à Nadine Lambert, sa mère, tandis que son frère, Christophe, s’installait dans l’autre bureau, en milieu rural, à Vendœuvres, en « Grande Brenne », à 25 kilomètres de Châteauroux. « Après avoir passé un DUT « Gestion des entreprises et des administrations », j’ai fait plein de petits boulots, de l’intérim, dans le déménagement ou comme chauffeur dans une maison de retraite. Finalement, en 2001, j’ai passé mon Bepecaser et ma mère m’a engagé en 2002 », raconte Xavier Lambert. « Je suis assez fier de pouvoir travailler à la façon d’une auto-école de proximité très traditionnelle comme on le fait depuis les années 1990 dans la famille, poursuit Xavier Lambert. Notre école est connue et reconnue. Aussi accueillons-nous les enfants et maintenant les petits-enfants de nos élèves et leurs amis. Le bouche-à-oreille est un formidable outil de communication et de promotion. » On l’aura compris : Xavier et Christophe sont « tombés dedans » quand ils étaient tout petits et s’ils ne travaillent plus ensemble, c’est simplement parce qu’ils ont des caractères assez différents. « Je suis très organisé, j’essaie de tout maîtriser ; mon frère est comme notre mère, et travaille de façon de plus intuitive. » Pas de fâcherie dans la fratrie et même une certaine complicité, voire des collaborations, quand c’est pour le bien d’un élève.
Le goût de la transmission
« Chez moi, chez nous, c’est ce qui prime, dit Xavier Lambert. Nous sommes là pour nos gamins. C’est ce que notre mère nous a transmis et c’est bien comme cela que je conçois mon métier : beaucoup aider et dormir sur ses deux oreilles ! ». Sans jamais oublier l’essentiel : enseigner la conduite et la sécurité routière, aurait-il pu ajouter. Xavier Lambert, en effet, se rappelle avoir organisé des remises à niveau pour le seniors deux lundis par mois dans les années 2000-2020 et regrette qu’il n’y ait plus d’interventions, en collaboration avec la Prévention Routière – une autre tradition familiale ! –, auprès des plus jeunes. « Pour moi, dit encore Xavier Lambert, les bases du Code doivent être enseignées à l’école pour avoir un véritable impact. Comme ce n’est pas le cas, j’insiste pour que ceux qui viennent s’inscrire chez moi, suivent les cours que ma mère, même si elle est à la retraite, dispense toujours à notre bureau. Elle adore ce contact avec les jeunes et c’est une très bonne pédagogue. Cet enseignement est essentiel pour mettre sur la route des enfants qui savent ce que sécurité veut dire. C’est loin d’être le cas aujourd’hui ! ».
Une moyenne de 27 heures d’apprentissage de la conduite
Xavier Lambert n’en démord pas : il y a beaucoup à faire pour que les nouveaux conducteurs prennent conscience du risque routier. C’est un message qu’il aime à faire passer… pas toujours avec succès. « Je ne suis pas un magicien », se plaît-il à dire. Jamais entièrement satisfait de son enseignement, il se remet en question quand l’un de ses élèves n’obtient pas son permis au premier passage. « Leur échec est mon échec et il faut rebosser, analyse-t-il. La plus grande difficulté que nous avons à affronter, c’est que les jeunes sont de plus en plus fragiles et qu’il faut leur apprendre la gestion de leurs émotions et la coordination de leur corps. Je me pose la question de savoir si l’on va dans le bon sens quand les pouvoirs publics souhaitent que nous enseignants de la conduite, nous soyons le plus performant possible avec le moins d’heures possible ». À l’auto-école Saint-Luc, en 2025, avec 27 heures d’apprentissage de la conduite en moyenne, 65 % des candidats ont été reçus au premier passage et même 95 % quand ils ont choisi la conduite accompagnée qui, depuis l’instauration du permis à 17 ans, se fait plutôt sur un an que sur deux. « Ce n’est pas l’avenir de notre métier qui me fait peur, dit avec grand sérieux Xavier Lambert, ce sont les réformes administratives. En nous les imposant, l’État veut abaisser le coût du permis de conduire d’une part, et pense pouvoir gérer la sécurité sur la route d’autre part. Il me semble qu’il a perdu sur les deux tableaux ». Le constat est sévère et assumé.
Un métier d’échanges et de passion
Numéro 3 de la première organisation syndicale de la profession, Mobilians-ESR, Boris Grabowski partage avec son collègue Xavier Lambert d’avoir toujours entendu parler « auto-école » à la maison. Son père, aujourd’hui à la retraite, avait monté son entreprise avec un associé dans les années 1980. « Il a tout fait pour fait pour me dissuader d’embrasser la même profession, mais j’en rêvais depuis mon premier scooter, à l’âge de 14 ans », raconte Boris Grabowski. Après son baccalauréat, il s’inscrit en DUT à Châteauroux, mais il n’obtient jamais le moindre diplôme. Pour le Bepecaser, c’est une autre histoire ! Il le passe sans problème et rejoint son père dans la nouvelle auto-école, A2G, qu’il vient de créer. En mars 2009, il en prend les commandes même s’il n’en deviendra gérant que quelques années plus tard. « J’ai développé l’entreprise à mon rythme et selon mon propre modèle avec un impératif : prendre mon temps et voir mes enfants grandir », philosophe Boris Grabowski. A2G fonctionne aux mêmes heures que le lycée Jean Giraudoux qui est juste en face, du lundi au vendredi de 8 à 18 heures. Les élèves y viennent entre deux cours, à l’heure du déjeuner ou en fin de journée. « C’est un métier dans lequel il est sans doute impossible de devenir riche. Je ne l’ai fait pas pour cela. En revanche, c’est un métier d’échanges et c’est cela notre grande richesse ». Plutôt que de multiplier les agences et les enseignants, Boris Grabowski qu’accompagne sa conjointe, Elisabeth Moszkowicz, secrétaire à mi-temps, il a fait le choix d’augmenter les prix et de limiter le nombre d’inscriptions. « En fait, j’ai réorganisé le fonctionnement de mon entreprise afin de pouvoir prendre le temps nécessaire à la défense de la profession et m’investir pleinement dans mes engagements municipaux », affirme-t-il non sans mettre l’accent sur ce qui compte à ses yeux pour l’enseignement de la conduite. « Pour moi, dit-il, la formation en groupe n’est pas assez qualitative. C’est pourquoi j’ai abandonné les formations AM et moto pour lesquelles je n’étais pas compétitif, pour me recentrer sur le permis B. A2G, c’est d’abord une formation individualisée et de qualité. »
Du syndicalisme à la politique locale
En filigrane dans les propos de Boris Grabowski, on peut entendre que si son école de conduite est son centre d’intérêt premier, il a quelques autres cordes à son arc. Il y a d’abord Mobilians-ESR dont il est président départemental, président régional et secrétaire national aux côtés de Patrice Bessone et Lorenzo Lefebvre. « Cet engagement fait un peu partie aussi de l’histoire familiale, confie encore Boris Grabowski. Certes, je n’ai pas pris la succession de mon père quand il a quitté ses fonctions de président départemental, mais quelques années après, comme personne n’assumait plus cette mission, des responsables du CNPA à l’époque sont venus vers moi pour me demander si j’acceptais de les rejoindre. J’ai répondu « oui » sans trop me poser de questions. » En réalité, Boris Grabowski se passionne pour tout ce qui est politique. Le syndicalisme lui a mis le pied à l’étrier et aujourd’hui, il a rejoint l’équipe municipale de Gil Averous avec des projets pleins la tête. Dans le cadre du programme « L’audace d’agir », il souhaite faire de Châteauroux une ville plus sûre au sens de la « sécurité routière ». Sera-t-elle comme il l’a proposé au premier magistrat de la ville, la première ville sans feux tricolores ? Il y croit dur comme fer et pourra pour mettre en place son projet, s’appuyer sur l’expérience de plus de vingt ans, de la ville néerlandaise de Drachten, dans le nord des Pays-Bas. Boris, comme il se l’est promis, verra-t-il vraiment grandir ses enfants qui ont aujourd’hui 6 et 4 ans. « Oui », dit-il ajoutant pourtant, en prenant la chose avec un grand sourire, que même s’il n’a pas beaucoup vu son père durant les premières années de sa vie, il s’en est plutôt bien sorti en empruntant les mêmes chemins que lui. L’histoire (familiale) serait-elle un perpétuel recommencement ?
Marc Horwitz