Louis Sarkozy, candidat aux municipales à Menton dans les Alpes-Maritimes veut réformer le Code de la route en appliquant le principe des « naked roads ». De quoi parle-t-on exactement ?
Le principe de « naked roads » ou « routes nues » en français consiste à supprimer en partie ou en totalité la signalisation routière (feux tricolores, panneaux, voire marquage au sol). Objectif : créer un espace partagé entre tous les usagers de la route et responsabiliser chacun d’entre eux à respecter les autres usagers, afin de réduire les accidents de la route.
Une réduction des accidents ?
Ce concept a été développé dans les années 1970 par l’ingénieur néerlandais, Hans Monderman. Une première expérience a été menée à Makkinga, aux Pays-Bas. La ville qui compte environ 1 000 habitants a fait le choix de supprimer tous les panneaux de signalisation, ainsi que les marquages au sol. Seul reste un panneau à l’entrée de la ville indiquant « Verkeersbordvrij », ce qui signifie ville « sans signalisation routière ». Résultat, les véhicules circulant dans la ville ont réduit leur vitesse et les accidents de la route ont diminué.
L’expérience a aussi été menée dans une ville plus grande, à Drachten qui compte 45 000 habitants. Les feux tricolores ont été supprimés à seize des dix-huit carrefours de la ville, pour laisser les automobilistes s'arranger entre eux, en appliquant les principes élémentaires du Code de la route. Résultat : les conducteurs ont appliqué les règles de priorité prévues par le Code de la route. Comme à Makkinga, on a pu constater une baisse du nombre d’accidents de la route. En 2004 et 2005, on a déploré seulement deux accidents ayant fait des blessés, au lieu de dix en 2002, quatre en 2001 et neuf en 2000.
Une meilleure fluidité du trafic
De plus, le trafic a été fluidifié. Ainsi, au niveau de la place Laweiplein à Drachten qui est empruntée par 22 000 véhicules par jour, dont des dizaines de bus, les autorités ont constaté que les véhicules mettent aujourd'hui entre 24 à 36 secondes pour traverser le carrefour contre en moyenne 53 secondes auparavant.
Le programme européen Shared Space
À la suite de ces expérimentations concluantes, un programme européen baptisé « Shared space » (espace partagé) a été lancé en 2004. Plusieurs villes, souvent situées dans le nord de l’Europe, ont appliqué le concept : Ejby (Danemark), Bohmte (Allemagne), Ipswich et Londres (Royaume-Uni), Ostende (Belgique) ou Emmen (Pays-Bas). À Londres, par exemple, la signalisation a été considérablement réduite sur Kensington High Street et les barrières de sécurité pour piétons ont été enlevées. Cette restructuration de la signalisation routière et de l’aménagement urbain a permis de réduire de 60 % les accidents.
Alors faut-il supprimer toute signalisation routière pour réduire les accidents ? Le concept de route nue est globalement probant dans les zones résidentielles ou en centre-ville. On observe effectivement une baisse de la vitesse moyenne des véhicules et parfois du nombre d'accidents. En revanche, l’absence de signalisation pose problème aux piétons âgés, handicapés ou mal-voyants qui n’osent pas s’imposer pour traverser la rue. Enfin, le modèle de route nue se révèle peu adapté dans les axes de forte densité de circulation et où la vitesse est élevée.